vers un écrire/film #01 | une heure de ta vie – les liserons

Les bouts déchiquetés de la viande, pâle par endroits et presque brune, suintante à d’autres, au milieu d’un fouillis de sauce blanche, de légumes mâchés et la galette qui entoure tout ça au bout de la main. L’herbe rase aux pieds, verte parfois jaune comme brûlée. Le petit endroit où les pieds se posent, sous la chaise et où il n’y en a presque plus, de l’herbe. Plan resserré sur des baskets toujours portés, les mêmes, noirs avec ces petites formes de plastiques qui ressortent, brillantes sur le tissus mat et tâché. Le blanc cassé et sale des deux tours devant. Des balcons rouillés et des bâches dépareillées, parfois trouées, rapiécées. La petite rue en bas, étroite qui ne mène sur rien. Un homme suivi d’un petit chien remonte l’allée. Deux ou trois gars en capuches sont juste là au coin et ne bougent pas.  L’image pivote et derrière, il y a un grillage vert, des tiges de métal croisent d’autre tiges de métal et ça se répète comme ça, à l’infini le long de la bretelle d’autoroute qui monte. Le panneau indique Italie. Une voiture passe, grise et compacte. Une autre du genre SUV, carrosserie marron foncé. Une autre, encore une, tu peux les compter. En bas le McDonald ne bouge pas. Les lattes de bois du bâtiment plat, le vert et le jaune de l’enseigne. Un groupe de filles chahute sur le parking. C’est loin. On voit des bas de pyjama fuchsia, une veste kaki, le reflet doré de la bretelle d’un petit sac porté, des cheveux de toutes les manières, des tresses plaquées qui tressautent, des boucles brunes faussement disciplinés, des pointes roses asséchés, un chignon blond en retrait. Le chignon blond en retrait ne bouge pas, a l’air de se regarder dans un miroir ou un téléphone ; les cheveux rouges et les boucles plaquées d’un côté s’allument une cigarette. Une d’entre elle, bonnet noir et veste kaki se met à courir derrière une autre. L’image se fixe sur les mains, le pouce glisse sur la surface lisse du téléphone. Les petites cases vertes et bleus se répondent. Tu fé koi. T où mon sang. Appel en absence – maman <3 <3 (60). Une petite fenêtre noire avec un carré rouge au milieu s’ouvre sur la surface lisse. Pas de son. Un mec s’agite et ouvre la bouche rapidement, en bas à gauche de l’écran, à droite un plateau de jeu où tout bouge beaucoup trop vite. En bas quelque chose se passe qui attire l’œil. Un homme et une femme des paquets plein les bras. Poignée de main au coin avec les gars. Une voiture stationnée à l’entrée de l’impasse noir avec des jantes toute neuve, moteur allumé. Derrière, d’autres voitures continuent toujours à monter. La bretelle d’autoroute s’éclaire maintenant, dans le ciel les nuages ont comme un peu bougé. En face, plus loin il y a la ville qui s’étale et se répand : ponts de béton aérien, passages recouverts et souterrains, couleur des feux qui passe du vert au rouge, lumière de phares et de clignotants. Image resserrée sur des mains petites et lisses, qui fouillent dans les poches du jogging noir, une cigarette saisie entre deux doigts se rapproche. Une petite flamme et c’est la fumée qui en sort. Il y a un gars qui a pris le sentier en bas, pour monter et se rapproche doucement. On ne distingue pas le visage qui est capuché. D’un coup les autres s’agitent en bas, celui qui montait se ravise et repars d’où il vient. Les lumières bleues débarquent de rien et envahissent la ruelle. L’image saccadée longe le grillage vert, au ras du sol trouve là où il est éventré, et glisse dessous. Les barrières grises de la bretelle d’autoroute. Le soleil qui a encore changé. Le SUV qu’on n’a pas vu arrivé.

A propos de Line

De métier éducatrice auprès d'adolescents en difficulté. Depuis un an animatrice en atelier d'écriture ( DU animateur en atelier d'écriture Université AIx-Marseille 2019-2020) et porosité entre ces deux espaces là qui se mélangent quelque fois, parfois plus que je ne le crois.

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