le roman de Chantal Tran
Anime des ateliers d’écriture (Provence). www.itinerances-ateliers.fr pour le DU Aix-Marseille.

Le père


proposition de départ

La clé est dans sa poche, elle s’étonne, elle ouvre la porte, à l’intérieur maintenant le silence s’installe à ses côtés — ensemble, une même promenade, se cogner sans bruit au meuble de l’entrée, bois noir, encombrant et laid, à hauteur de hanche — leurs pas semblent glisser sur le parquet ancien — des lames se soulèvent ou s’affaissent sans grincher — qui traverse quatre pièces au moins — salle à manger un rien exotique, table et chaises en rotin années 70, fauteuil Emmanuelle dans un coin, un verre sur la table qui demande Qui j’attends ? il est plein, liquide vert, deux/trois miroirs aux murs, encadrements dorés, taille portrait, ils reflètent les peintures gris éteint, lesquelles appellent un coup de blanc en vain, salon pourpre, couleur des rideaux qui assombrissent la pièce, retiennent la lumière prisonnière hors les vitres, bibliothèque en faux noyer, s’y empilent des objets, de ceux dont on ignore l’utilité, offerts un soir d’anniversaire et qu’on n’ose jeter, on oublie d’où ils viennent et qui les a donnés, peut-être ceux qu’on ne voit plus depuis des années, qu’on a fini par détester — tandis qu’un air frais tout à coup les prévient de la présence du père et du fils — une croisée que l’on tire, une porte que l’on pousse — ils se trouvent maintenant sur leur chemin — le silence et la morte s’écartent — ils parlent avec les mains, s’interpellent vivement, le père, petit, maigre, les jambes courtes et le buste un peu long, mal fringué, un pan de la chemise bleu nuit sort du pantalon grège passé — ce n’est pas qu’il manque d’argent, il s’achèterait bien un costume par an mais il refuse la dépense, ce qu’il gagne, pas si durement, il est commerçant, quincailler-droguiste, le magasin a ses habitués, c’est pour son fils, il l’encourage à finir ses études — il n’a pas pu, lui, à treize ans derrière le comptoir, à peine s’il sait lire et écrire, quand on est italien les mots viennent plus vite dans la langue maternelle qu’on parle à la maison sur les pages des cahiers, il les remplit de son écriture fine, fine comme ses mains le sont, des mains de fille disait sa mère qui croyait le flatter mais n’émerveillait qu’elle, des mains d’artiste, de violoniste, elle eut la peine de toute une vie quand il quitta l’école sans certificat d’études, commis du voisin de palier, le quincailler du quartier, elle mourut sans certitude qu’il pourrait avancer, gagner des échelons, devenir patron — l’argent c’est pour son fils, lui, avec ses maigres dons d’enfant italien immigré, il a réussi au mieux de ce qu’il pouvait, il a eu un fils — il remercie la Madone et sa femme aussi de lui avoir donné cet enfant qu’il couve de son regard noisette, qu’il a soulevé du berceau de ses mains fines, porté longtemps sur ses bras maigres, ce fils de trente ans à qui la mort vient d’enlever la mère et qui n’a plus que lui — et jusqu’à sa retraite, dans deux/trois ans au plus, il travaillera chaque heure que Dieu fait afin que l’immigré qu’il est ait élevé un grand homme, et il vit pour le voir, après il se reposera, au cimetière, à côté de sa femme.

Codicille : je tente de rattraper mon retard. Me voilà au premier exercice de l’atelier, Faire parler le mort est passé par là, du coup celui-là est dans la continuité. C’est le risque du retour en arrière, je suppose, les textes vont se porter les uns les autres et sans doute s’écarter des consignes. A voir.

14. La mère


proposition de départ

Seuls les mots qui blessent d’un côté de la rive sont restés, les autres avec moi — je suis celle qui a traversé — ont pris le bac pour échouer, cendres d’une maison — de la brûlure il reste la trace, les flammes ne gomment pas, n’achèvent pas leur travail d’oubli — sur le bitume de l’Ailleurs sur les poubelles des rues de l’Ailleurs sur les pelouses des parcs, diluées dans l’eau des étangs, neige noire qui ne colore le sol qu’un instant s’éparpille jusqu’à son anéantissement — je l’ai traînée cette nasse lourde des mots pourtant inconsistants, je l’ai traînée derrière moi jusqu’à ce que je pose le pied sur la rive d’en face — ils m’ont quitté. Les voix qui les avaient prononcés bruissaient encore, il me semblait que je les entendais et puis me devançant, elles ont gagné les rues, les parcs, les étangs, je suis devenue sourde à leur frémissement, elles se sont tues.

Je sais quel est mon héritage. J’ai laissé quelques phrases jetées avec violence au front des personnages qui partageaient ma vie. D’ici, j’ose dire personnages. D’ici, je ne les vois que traversants, funambules, ils passaient, arrogante je restais. Je savais mieux que quiconque pour eux, ils mangeaient dans ma main. J’ai cassé leurs désirs, j’ai piétiné leurs choix s’ils n’étaient pas les miens. Avec le mot Amour, j’ai acheté leurs souffrances, j’ai habillé leurs vies de mes desseins.

J’ai hâte que ma mémoire se vide entièrement, que je meurs vraiment, que j’enterre mon passé afin qu’il n’en réchappe, me ramène encore et encore là-bas, je ne veux plus savoir même s’ils ont compté pour moi, je les ai étouffés, suffit de ressasser, que le hamster qui trotte dans ma tête meurt, que l’Ailleurs où je suis soit vierge de celle qui fut, que Robinson m’embarque dans son île.
Je m’assois sur un banc et je les reconnais, l’ombre du marronnier, le trottoir, la place, l’immeuble où j’habitais, je me tiens juste en face. Mon mari et mon fils en sortent. Ils sont las, je le vois à leurs épaules tombantes, à leurs têtes penchées. Mon fils jette un regard sur le banc et fait signe à son père. L’arbre les appelle, l’oiseau qui vient de s’y poser.

C’est maman ! dit l’enfant de trente ans, j’en suis sûr, écoute son Bonjour ! L’oiseau a chanté. Pour elle, il dit encore, et son père se redresse, il a maigri, il flotte dans sa veste, crois-moi, pas question de nous abandonner.

Codicille : une vraie difficulté à faire parler le mort ! Ce fut même impossible. Je reprends les ateliers à rebours — toujours en retard, incapable de m’assoir devant la page — et là, je tombe sur le mort, j’ai traversé l’Achéron et me suis noyée dans les clichés. Il faut que je me débarrasse du mort. Vite, reculer, pleine d’espoir aller à la consigne d’avant.

7. Le voyage en Provence


proposition de départ

Il l’entraîna à Baumanière. Lieu à la mode, coûteux chic — elle est éblouie par le service d’hôtellerie, soubrettes en noir tablier blanc, discrètes, révérencieuses, rien ne bruit (pas même dans la majestueuse cour les feuilles des arbres, le soleil les vernit en vert clair) mots assourdis, pointe des pieds — elle est une fille simple elle pense ça pue le fric, jeans délavé, tee-shirt blanc, sandales achetées l’été dernier, mieux vaut ignorer le luxe qu’elle traverse — en attendant la nuit, l’amoureuse se gomme de l’histoire — qu’il lui offre — d’où lui vient cet argent qu’il dépense avec aisance, il est étudiant, gardien de nuit il dit — comprend que ce n’est pas la première fois qu’il vient dormir là, l’observe — dos droit, épaules ouvertes, rire léger complice adressé sans flirter aux furtives soubrettes — songe que c’est elle, elle seule qui l’occupe, qu’il veut séduire encore alors qu’elle est blette, recuite, liquide, bonne à mettre en bouteille avec dessus le millésime écrit de sa main brune experte en caresses — été 72 — qu’il prend soin d’elle comme d’un papillon rare traqué pour l’épingler sur une plaque de liège, qu’il est en chasse tandis qu’elle s’est déjà glissée dans le filet mais ne désire pas — ne sait pas qu’elle désire — la fatale piqûre.

Le lendemain, ils visitèrent Montmajour. Le gardien de la tour qu’elle reconnait comme son frère, son voisin d’HLM — plaisanterie grasse, regards qui révèlent l’attrait sexuel — lui indique le nombre de marches pour atteindre le sommet, elle secoue la tête, queue de cheval qui danse, le gardien la saisit, rit, elle sait qu’elle lui plaît, elle laisse faire, heureuse de montrer à Juan — qu’il en soit le témoin — que quelqu’un d’autre chavire et qu’elle pourrait partir loin, qu’elle s’appartient — se ment — se retourne mais Juan ne la suit pas, s’est attardé plus bas, elle grimpe l’escalier de pierres grises, joie éteinte elle arrache l’élastique qui retient ses cheveux, frémit, rage — un autre que Juan les a touchés — arrive tout au bout de la vis, alors la chaleur la gifle, elle pénètre dans le bleu du ciel, la lumière la happe, mais une main surgit qui lui saisit le cou, l’empêche d’échapper.

Ils montèrent dans la voiture et firent quelques kilomètres sans se parler. Tandis qu’il s’arrête sur le bas-côté d’une route — le soleil cogne et l’endroit est désert, midi en plein été — il dit je refuse de continuer et aussi je ne vais pas bien être en vacances m’oppresse, sort de la voiture — le sol est en une terre sèche poussiéreuse sous son pas — s’écarte et va s’assoir sur le rebord en béton d’une ancienne pile, vestige d’une station-service désaffectée, prend sa tête dans ses mains tandis qu’elle s’approche — lumière blanche, crue, du ciel et de la terre, c’est ce qu’elle retiendra — lui commande n’avance pas, retourne à la voiture, tintement d’une canette rouge bosselée qui roule jusqu’à ses pieds, il a shooté dedans, il vient de se lever, elle la regarde, la pousse maladroitement du bout de sa sandale, tête vide, pas de souffle, bruit saccadé du cœur qui se débat.

Codicille : le choix d’être près des personnages m’éloigne des lieux, j’aurais préféré plus descriptif. J’y reviendrai peut-être, trois flashs — lumière crue — alors que j’aurais pu privilégier les nuances. Je m’aperçois que dans ce que j’écris il est question de couleur.

5. narratrice soulevant le rideau


proposition de départ
1

Silhouette de profil — qui pourrait la voir — appuyée au chambranle de la fenêtre, l’épaule à hauteur de poignée, le bras qui soulève légèrement le rideau paraitrait immobile si un frémissement ne l’avait traversé, remontant jusqu’aux lèvres très rouges maquillées entrouvertes, né d’un vague chagrin que la vitre à peine dévoilée retient côté chambre.

2

Une chambre-salon, grand-pièce d’un studio d’étudiante, sombre parce qu’en rez-de-chaussée d’une ruelle qui porte cependant le nom de rue et elle qui se dirige — on voit l’hésitation dans la lenteur des pas — vers l’unique fenêtre (six carreaux), la main tremble quand elle saisit le rideau (voile blanc qui recouvre l’espace vitré du mur peint en un rouge violent) dégage un coin de vitre — le triangle de verre ne révèle que quelques pavés nus lavés par la pluie fine — espère la traversée d’un bout de pantalon bleu jeans, des baskets usagées, attend en vain le bruit de clés qui tournent dans la serrure de la porte d’entrée.

4

L’attente installée définitive qui se veut immobile de peur d’échouer — si elle détournait le regard des pavés bosselés, si le rideau échappait aux doigts qui le soutiennent et retombait, masquait l’angle de vue — l’attente renouvelle sa foi dans le désir d’attendre.

4

Voile blanc léger mou que la main gauche froisse en plis, carreau de verre fin sans reflet nettoyé pour mieux voir, les doigts dessinent des formes sur la buée (froid dehors pluie d’hiver souveraine) que le plat de la main efface en coulures mouillées (autres formes inachevées, un pan du rideau servira à les sécher).

5

Elle tremble d’impuissance s’imagine qu’elle frissonne resserre les épaules bute sur le carreau qu’elle tient découvert se penche y dépose un baiser couleur rouge à lèvres.

Codicille : Suis à la bourre, seulement à la moitié des consignes, n’arrive pas à prendre le temps de finir celle-là. Il me semble que je pourrais continuer longtemps et que ce serait de plus en plus dans le grain de la trame du rideau et que j’adorerais y aller mais qu’un ailleurs m’attend (la 7ème consigne, la 8ème ). Prétexte pour laisser derrière soi le désir et la difficulté ?

4. Caprice


proposition de départ

Le nom du chat — Caprice — au tout début du roman s’impose — justement le nom du chat — avoir un animal chez soi, faire un caprice pour l’avoir — devenu un nom qui désigne un sujet, il n’est plus le nom masculin singulier qui peut s’offrir un synonyme, nom qui porte sens, qui dit l’enfance — au-delà le caprice déchoit en immaturité — à l’heure où lampadaire est un prénom — un procureur que je connais l’assure — qui donnerait naissance à un Caprice, qui avouerait au monde qui la reçoit que cette chair, vibrante d’inconnu, a été engendrée par une capricieuse légèreté (possible nom du chat, impensable nom d’un garçon, terrible aveu de faiblesse) alors que pour l’homme, Juan — sans conteste peut-être pendant quelques éternités qui le sait — est du séducteur le nom et si un Don l’habille ou le précède — ceci dépend de l’importance que l’on accorde au Don — il est un nom entier et non pas un prénom et quand l’homme en amour est traître sans questionner sans même rechercher le cerveau le désigne Juan et ne se trompe pas — Jules pour l’exemple ne peut pas faire l’affaire, Mon Jules, c’est Mon Jules, personne n’oserait dire c’est Mon Juan, justement parce que Juan ne s’associe pas au possessif même quand c’est un pronom — alors Juan sans fléchir, l’unique, le Juan qui retient contre lui toutes chairs avides de jouir d’aimer, tout un essaim de chairs qu’au cours du roman il faudra bien nommer se succèdent ou cohabitent dans une même liaison, la seule aventure de Juan, celle dont il est le personnage au centre — peut-être que pour lui elles sont elle, femme multiple (un thème dans le thème du roman) mais par le narrateur, pour le lecteur, elles seront prénommées — pas de nom de famille, Emma épouse Bovary mais qui épouserait Juan l’obligerait à prendre nom et ce n’est pas dans les détours du roman, non — Mathilde ou Madeleine (salut Brel) et c’est déjà un plongeon dans l’histoire je m’appelle Brigitte Martine je m’appelle Valérie et moi Odile et moi qui suis la narratrice je n’ai pas de nom mais les autres — il faut bien que je cours aux souvenirs, à la mémoire des listes à la mode des années soixante-dix — toujours verront poindre un i quelque part dans la suite des lettres qui les constituent, les désignent, se forment dans leur bouche cerise à croquer quand elles lancent comme une balle que Juan saisirait je m’appelle je m’appelle, toujours un i qui les illuminera de son soleil jaune de son point son spot — le i po-i-nt G du nom, le spot que Juan allume éteint, c’est dans le scénario — le i qui rencontre le a rouge pique, M-a-rtine et V-a-lérie (elle, elle arrive plus tard dans la vie-aventure de Juan, au début des années 80) sont pimp-a-ntes, gr-a-cieuses, avec O-dile, c’est le o de l’orange qui rend la liais-o-n paisible mais elle dure peu, avec Br-i-g-i-tte, double ii l’amour est i-nf-i-rmé, mais de cela personne depuis BB n’en doute. Les autres restent encore à nommer.

Codicille : je me suis servie des noms de Début roman/nouvelle et j’ai tiré le fil, les autres sont venus avec puis la couleur s’est imposée, celle lumineuse du i qui contraste avec le mot amour qui ne le contient pas mais qu’on retrouve dans a-i-mer, le/un thème tournant autour de qui a-i-me/est a-i-mé.

3. quitter la ville


proposition de départ
un début de roman ?

Des amours de Caprice et Câline deux chatons étaient nés, et je ne m’empêchais pas de faire le parallèle, j’entretenais une union charnelle, stérile, qu’il me fallait fuir tandis que mon couple de chats — Juan me les avait offerts ce qui rajoutait un poids bien inutile à la fin de l’idylle, les chats lui survivraient comme les témoins de ce qu’elle avait été, un filet aux mailles trop larges qui laissaient s’écouler des monceaux de désillusions entremêlés d’extases, accouplements miraculeux, splendides dont la jouissance insatiable avait épousé ma chair, l’avait colonisée, s’y incrustant farouchement — ronronnait d’une allégresse juvénile en s’attardant auprès de leurs petits, allégresse que mon départ allait mater puisque je quittais la ville en emmenant au loin Câline et ses chatons et que j’avais confié la garde du mâle Caprice à mes parents pour une durée dont j’ignorais à cet instant qu’elle serait longue même si je la désirais ainsi, la craignais et la haïssais déjà avec une égale ferveur — il fut décidé que le chat resterait dans mon appartement (mes parents et Juan en avaient la clé) et quel plaisir malsain et douloureux d’imaginer leur tête-à-tête quand Juan ouvrirait la porte, saisi aussitôt par l’odeur acide de la litière, accueilli par une pénombre couleur d’échec et de rupture inattendue, et que Caprice, malheureux sans doute de ces multiples séparations, hérisserait son poil de colère et cracherait au nez de ses baskets car ils ne s’aimaient pas, affaire de territoire (j’appartenais aux deux) rien d’étonnant que ce soit eux, en même temps, que j’abandonnais — alors que j’entamais à peine mon périple, premier pas sur le trottoir de gauche, rue Bayard — cette rue même où j’avais avec Juan découvert la soupe à l’oignon dans un troquet assez minable mais réputé, au temps de la rencontre heureuse quand l’union de nos corps était une fête et pas encore une vile addiction, je la jugeais vile parce que l’amour, le bel amour, celui du prince charmant et de sa reine, manquait — le sac de voyage trop lourd laissait glisser sa bandoulière de l’épaule au poignet et au bout de quelques avancées, il fallait s’arrêter, poser au sol le panier que les chats ne manquaient pas de faire osciller en s’agitant à l’intérieur (Câline griffait l’osier et s’acharnait à soulever à coups de patte et de front l’ouverture fragile que la poignée attachée sur le dessus, par le poids des trois chats, entrebâillait), remonter la lanière en cuir et tenter bien inutilement de la caler, avancer à nouveau, s’arrêter, s’inquiéter de l’heure du train — la gare était en bout de rue — avec le sentiment que peut-être je n’atteindrais pas son parvis, pas davantage pour monter dans un wagon qui me conduirait au Sud que pour échapper à la terreur que cette fuite (dont Juan ignorait que depuis plusieurs semaines le désir m’avait saisi au ventre, espace étroit dans mon corps menu, pas encore développé — par-delà la maternité mes formes s’arrondiraient —dans lequel tourments et vertiges amoureux occupaient de conserve la place) provoquait, la secrète échappée ne serait pas sans conséquence et il me semblait que l’obligation d’arrêter mes pas donnait à la rue Bayard, artère tranquille d’un quartier mal famé comme pouvaient l’être ceux des gares et des ports — le ciel était au bleu d’hiver, le vent ne soufflait pas, il était encore tôt et seuls quelques commerces de bouche venaient à peine de lever leurs rideaux — un air de chemin de croix, et si quitter la ville c’était briser l’emprise plutôt que l’écarter pour creuser un passage dans lequel me glisser— le film d’Oshima m’avait confondue, c’était moi sur la toile, dans l’Empire des sens — j’en serais incapable, les miaulements plaintifs de Câline me labouraient l’esprit comme un triste refrain.

un début de nouvelle ?

La gare Matabiau était en bout de rue — le ciel était au bleu d’hiver, le vent ne soufflait pas, il était encore tôt et seuls quelques commerces de bouche venaient à peine de lever leurs rideaux — en cette heure tranquille une jeune fille corps menu pas encore développé, épaule droite un sac de voyage lourd main gauche un panier en osier — en s’approchant un peu on aurait entendu les miaulement plaintifs d’un chat qui gigotait dedans, mais l’endroit très fréquenté la nuit était à ce moment désert — stationnait à chaque dix pas franchi, remontait la lanière de cuir du sac sur son épaule, grondait tendrement le chat, attendait qu’il s’apaise, repartait, s’arrêtait, soupirait, regardait en arrière Comme si c’était possible qu’il sache où je suis, ce que je suis en train de faire ! suffoquait, du bas-ventre lui venait une douleur violente elle en aurait crié Comme dans l’Empire des sens j’aurais dû le tuer.

Codicille : écrire (des mots à la file) comme jouer à la balle, quand tu ne l’attrapes pas, que tu lui coures après, que tu te repositionnes et que ça recommence.

 



page proposée par François Bon, pour Tiers Livre
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1ère mise en ligne 4 juillet 2020 et dernière modification le 29 septembre 2020.
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