2016.01.08 | à la bousille


On ne sait pas pourquoi, dans la masse de paroles circulantes qui vous traversent en permanence, certaines viennent comme se fixer sur un recoin d’ombre et s’installent, ou restent en tout cas longtemps, assez pour le souhait de s’en expliquer, ou d’en lier ici, par le journal, une trace pérenne. Ce n’est pas un flux indifférent de paroles comme on en capte dans le métro ou la rue, les mardis en tout cas c’est une parole collective et construite, chaque fois mis collectivement en vis-à-vis d’un travail : exercer le travail de parole devant objet qui la contraint à réflexivité. Est passée cette expression : à la bousille. Beaucoup d’étudiants portent des tatouages, c’est un univers qui me reste étranger et n’intervient dans la sphère scolaire que si lui-même entre dans une réflexivité (par exemple le blog du chercheur lyonnais Philippe Liotard – ou sa plateforme d’images corps en chantier). Savoir en permanence, dans la relation pédagogique qui suppose cette interférence, quelles sont les bornes aval et amont de cette interférence. Donc parole d’élève apostrophant un de ses camarades sur le statut du brut dans un travail présenté, et montrant à son copain les marques discrètement tatouées sur les phalanges : – C’est comme un tatouage à la bousille. C’est tout, pas plus à développer. Google répond à la requête image tatouage bousille, mais ce n’est plus ce qui m’importe. Plutôt ce statut du définitif, le risque pris dont la marque sera dans l’objet même. Ce qu’on conquiert ainsi qui passe au travers l’intention ou la maîtrise, et qu’il faudra assumer pour faire naître la suite. Le statut dans l’écriture non pas de l’improvisation, mais de cette trace définitive, comme inscrite sur soi-même, sans qu’on en ait maîtrisé l’instant même de construction. Littérature à la bousille. Il se trouve que cette semaine c’est de Lautréamont que je leur ai parlé, et on ne choisit pas impunément pour soi-même le thème hebdomadaire. Mieux comprendre ce qui peu à peu m’indiffère dans la littérature-commerce, l’affinage ou l’achevé d’un projet (lutté contre moi-même deux semaines durant pour finalisation des trads Lovecraft à paraître en mars, dont Montagnes de la folie), ou ce qui nous retient dans le goût de la publication web, parce que c’est ce brut même qu’on installe dans la publication. Ou penser à soi-même, et dans quel état on arrive au bout de la route. Ce qu’on aurait pratiqué sur 30 ans, ainsi, à la bousille. Images : béton, gare RER Cergy.

LE CARNET DU SITE
- nouvelle vidéo : Cergy, rap sur nuit
- lu sur le web : Dominique Viart, Écrire le travail
- nouveau ou actualisé sur Tiers Livre : Morsure (nouvelle).


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 janvier 2016
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