2019.08.08 | du trop photographiable (galets de Natashquan)

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C’est presque comme s’ils étaient devenus le mot Natashquan lui-même. La moindre recherche sur le nom Natashquan, et c’est eux qui apparaissent. Reprenons quelques points documentaires : un rocher plat dans l’ouverture du havre, c’est lui qu’on nomme « galet », et les pêcheurs y construisent ces baraques pour y déposer agrès, filets, ou bien, au retour, dépecer (on dit ici « dépercer ») les cabillauds. Il n’y a plus de cabillauds, épuisement des mers, et tour à tour j’ai entendu accuser Brigitte Bardot, responsable de la recrudescence des phoques qui ont mangé les bancs, et puis les Portugais (comme j’étais français, on n’évoquait pas les miens, je suis pourtant arrière petit-fils de pêcheurs d’Islande, du côté Tréguier Perros-Guirec). Il paraît qu’autrefois il y en avait plus de trente, de ces cabanes, la pêche donnait à plein, et s’exportait. Celles qui restent sont soigneusement entretenues, mais closes. Les jeux de lumière, sur ces cubes abstraits touchant la mer, séparés de terre par leur langue de sable, sont évidemment hypnotiques. Photographier ce qu’on ne songe pas à photographier est une récompense permanente. Mais photographier ce que tout le monde a photographié, comment cela pourrait être personnel ? Il faudrait détourner, conjurer, distordre, happer. Le premier matin, en position vidéo, j’y suis plus ou moins arrivé. Je voulais aussi des photos fixes, et c’est Ista Pouss qui m’y provoque : — Alors, des photos des galets ? Eh bien ce sera ça, on essayera de faire mieux demain, pour une une photographie des galets qui échappe à la photographie des galets. Peut-être que c’est ce texte, et non pas les photos à suivre, qui légitime que je propose ici mes propres cartes postales (comme disait Breton de Balzac, à tort).

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 août 2019
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