ateliers d’écriture : Angers, Poitiers, Sciences-Po

on se recolle aux mots inouïs


Les ateliers d’écriture c’est pour moi un poumon nécessaire, aller faire cogner la langue aux fissures du monde, par des locuteurs neufs. Juste être en appui, aider à définir les territoires, installer les formes qui permettront de s’y établir.

Ce dernier vendredi, pour le début du cycle Poitiers, j’avais apporté avec moi Anachronisme de Tarkos, et encore une fois le miracle s’accomplissait, textes de haute teneur, fragments de monde charriés noirs – et peut-être, à sédimenter, à donner confiance, à faire entendre l’importance, le goût d’aller respirer de plus près les contrées d’écriture déjà sédimentées – le même mardi, phrase de Tarkos dans le film projeté à Pantin, la poésie est la chose la plus importante au monde.

Comme si, à mesure des années, ne restait qu’une idée à l’expression de plus en plus simple : on n’installe pas ces cycles pour mener à la littérature, on les installe pour prescrire à la littérature là où, dans la nécessité des voix d’aujourd’hui, elle a à s’établir et se reconstruire. Et ça n’empêche pas, amis de Poitiers et d’ailleurs, que ça passera par Lautréamont (et les autres) quand même...!

Après l’expérience Montréal et Québec [1] de l’an passé, reprise du territoire : Angers et Poitiers sont à moins d’une heure de voiture de Tours où j’habite, deux villes qui me sont proches autobiographiquement, d’autres – comme Antoine Emaz – parcourent le même triangle... Dans une des expériences, belle mobilisation des enseignants, mais reste à greffer mieux le web et de créer l’appui sur la bibliothèque, dans l’autre expérience, appui sur la BU et magistral travail réseau, mais défiance visible des autres secteurs de l’université, on fera sans. À Poitiers (merci Stéphane Bikialo), les étudiants que je reçois 3 heures le jeudi matin en atelier me retrouvent pour 2 heures l’après-midi pour une exploration littérature du point de vue de l’histoire des supports, diffusion, formes, cette convergence de deux approches c’est défi personnel à relever. À Angers (merci Daniel Bourrion et Olivier Tacheau), on commence le 14 octobre, jonction avec les heures de service du soir de la nouvelle BU en plein centre, pleine curiosité et attente aussi.

Pour le second semestre, boussole TGV : début janvier reprise d’un week-end Normale Sup, 2 jours à la station biologique de Foljuif (près Nemours), en forêt de Fontainebleau, mais ce sera première fois en hiver. Puis à partir de fin janvier lancement à Sciences Po Paris d’une unité artistique écriture créative obligatoire premier cycle, suis extrêmement heureux dimension neuve d’expérience, littérature au contact d’autres préoccupations du monde, d’autres approches de pensée concrète du présent. D’autant que le projet serait de prolonger cette UV sur les 3 ans du 1er cycle, auquel cas on arriverait en 3ème année à vrai accompagnement personnel d’un projet littéraire complexe – là aussi modèle québécois bonne piste.

Dire aussi, et ce n’est pas rien pour moi qui ai commencé ateliers en 1993, que je prends à honneur que cette démarche soit enfin prise en compte organiquement par les facs – et Sciences Po là inaugure un signe fort. L’expérience québécoise alors une bonne préparation pour évaluer, et construire une posture à long terme de lecteur. Ça compense la nouvelle appellation administrative officielle, so delightly french, d’agent culturel extérieur.

Autre enjeu personnel, tout au long de ces sessions : en 2005 nous avions proposé chez Fayard une réédition révisée et augmentée de ma méthode d’atelier d’écriture, Tous les mots sont adultes, initialement parue en 2000. Je souhaite boucler l’année avec 3ème version, même si les fondamentaux ne changent pas, on les relit, on s’avance plus loin, c’est ce que reçoit l’animateur de tous ceux qui avec lui se risquent...

Désolé pour autres sollicitations auxquelles pas donné suite : jamais considéré atelier d’écriture comme profession, n’a sens qu’en tant que dialogue avec recherche personnelle, et à vraie taille de rencontre – sur la durée, sur la confiance, et je dirais : pleine confiance –, en privilégiant partenariats qui puissent s’établir sur le long terme. Assez dégusté avec la fin brutale et méprisante des stages de formation enseignants de l’éducation nationale, ou avec les 2 ans si enthousiasmants aux Beaux Arts Paris et puis au revoir très cher, on veut des exams et pas des ateliers, ainsi de suite. Manquera cette année : ateliers à l’étranger, comme j’ai pu mener à la Sapienza de Rome ou à Naples, à Tokyo Waseda, à Kiel ou Heidelberg en Allemagne, à Tramelan ou Fribourg en Suisse ou l’an passé à la New York / NYU... mais confiance, ça peut venir ?!

Photo : fac de Poitiers, semaine dernière.

[1Bizarre de se retrouver à un Atlantique de distance en sachant comment chacun continue, me hante toujours l’envie de pousser la porte des bureaux amis, comme s’il suffisait de ça pour qu’on se remette à discuter, celles de René Audet, de Benoît Mélançon, d’Alain Beaulieu, le creusement continue de s’effectuer...


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 5 octobre 2010
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