les nocturnes de la BU Angers | 06, Tarkos : le dictionnaire intérieur

exercice d’accumulation à partir d’"Anachronisme" de Tarkos


Livres apportés :
- Christophe Tarkos, Anachronisme.
- Christophe Tarkos, Écrits poétiques.
- Seî Shonagon, Notes de chevet.
- Baudelaire, Petits poëmes en prose, ébauches et carnets.

Liens supplémentaires :
- Il existe de la musique, une des accumulations centrales d’Anachronisme ;
- groupe Zen de Maisons-Laffite, une autre accumulation centrale, celle des associations loi 1901 ;
- écrire avec Christophe Tarkos, le même exercice que ci-dessous, il y a 3 ans, avec un groupe d’enseignants de l’académie de Versailles (leurs textes sont inclus) ;
- accumulations pour appréhender la ville, la même proposition, mais rédigée pour l’atelier en ligne Écrire la ville de la BNF ;
- un sommaire de vidéos de Christophe Tarkos ;
- la page Christophe Tarkos sur le site de son éditeur principal, POL.

 

Tarkos : le dictionnaire intérieur, proposition d’atelier d’écriture avec Anachronisme


Je pratique cet exercice depuis plusieurs années, et plus ça va plus je le considère comme une clé d’entrée décisive. Je crois que désormais je l’inclus dans chaque cycle d’atelier que je construis.

Et pas trop tôt. Parce qu’a priori c’est un exercice simple (construire des accumulations), mais si on n’y requiert pas tout ce qu’on cherche littérairement, soi-même, si on n’a pas appris déjà à convoquer des fragments du monde réel par l’écriture, la vague n’est pas assez forte pour vous emporter.

Je considère donc cet exercice plutôt comme un amplificateur, une glissade, qui suppose de l’inertie acquise.

D’abord parce que c’est un exercice double, et c’est par là que je vais commencer.

Quand on écrit, on n’a pas le droit de penser. Penser, c’est avant. C’est la tension, la préparation, l’accumulation, l’intuition. Et puis il y a première phrase ou premier mot, on gère la cadence, l’énergie, l’effort, on va jusqu’au bout. Ensuite, ça continue, ça s’assemble, c’est autre chose. Écrivant, on a bien sûr droit à toutes les stratégies, le dictionnaire, le dictionnaire des synonymes, la documentation immédiate – y compris en cliquant sur le même écran qui nous sert à écrire. N’empêche, le dictionnaire est d’abord intérieur.

Le dictionnaire, c’est la masse des possibles pour un mot, dans le temps réel de graphie, à mesure qu’on avance dans le texte. Quand on retravaille un premier jet, on voit souvent s’installer une répétition, une maladresse, et puis à la troisième occurrence de la figure le mot est trouvé, on n’a pas fait de cela un processus volontaire, mais souvent on comprimera les premières occurrences pour laisser sa force à la dernière. On repèrera souvent ce processus aussi dans les textes lus à la fin d’un atelier d’écriture.

On ne peut pas gommer ce processus, cette hésitation ou quête. Ce qu’on peut et doit faire, c’est s’assurer que mentalement nous sommes capables, dans l’inconscient même de l’avancée du texte, de faire marcher à plein rendement, souterrainement, invisiblement, le processus mental qui crée, à chaque instant, le plus large bassin de possibles.

Prenez un dictionnaire de « français langue étrangère », ou le Basic Oxford symétrique pour les anglophones : avec en gros 3000 mots, on est capable que chacun des 3000 mots soit explicable uniquement avec les 2999 autres. Le Petit Larousse ou le Petit Robert doivent présenter entre 30 000 et 40 000 mots, Littré en dénombrait 80 000, et le Grand Robert ou le TLF doivent monter à 120 000 (à vérifier, merci, si vous avez des précisions). Il semble qu’un auteur puisse se définir par le bassin des mots qu’il emploie, et que cela s’établisse entre 15 000 et 18 000 mots en moyenne. Un Proust ou un Saint-John Perse doit être nettement au-dessus, un Beckett ou un Emaz nettement dans une retenue, ce n’est en aucun cas une norme pour l’écriture elle-même.

L’artifice de l’exercice proposé aujourd’hui, c’est de prendre en compte – arbitrairement, artificiellement – ce processus en tant que tel. On est dans l’espace musculation : on choisit un thème, et sur ce thème on part collecter la totalité des mots accessibles. Le texte sera constitué de trois de ces accumulations. Il ne s’agit pas d’établir en tant que tel un défi poétique à la langue, il s’agit de comprendre ce fonctionnement, et d’être conscient de sa présence automatique, souterraine, usante, fonctionnant en permanence dans l’avancée linéaire de l’écriture narrative.

Maintenant, si ce n’était que ça, pas très intéressant. Ça le devient quand on s’interroge sur comment s’effectue l’accumulation elle-même. D’abord, c’est simple : processus d’inventaire. Mots concernant l’électricité, liste des fromages qu’on connaît (deux exemples présents dans Anachronisme de Tarkos), cela suffit pour partir. Mais très vite, on découvre qu’il y a les associations d’ordre analogiques : ce qu’on associe à chacun des mots, et qui ne fait pas partie de la liste (ainsi, dans la liste fromage de Tarkos, les noms d’animaux – brebis, chèvre, vache qui constituent une sorte de ligne fuguée parallèle). Ensuite, les associations d’ordre autobiographique : à tel mot, nous saurons associer une occurrence biographique précise, un souvenir qui va vouloir s’insérer dans le texte. Ensuite, il y a ce qui n’appartient à l’ordre associatif, mais au fait intentionnel du texte : je le mène dans cette direction, le bassin premier des mots va en contenir d’autres, qui sont la relation de ce bassin au monde qu’on décrit.

Et maintenant, Tarkos. Ces procédés accumulatifs sont de toujours dans la langue, ils concernent aussi bien la construction du temps dans Exode que L’Essay sur les merveilles d’Etienne Binet, on en trouve dans les Notes de chevet de Seî Shonagon aussi bien que dans Montaigne, et bien sûr dans le domaine contemporain. Et bien sûr, ces listes accumulatives, dans tous les carnets d’écrivains – par exemple, dans le projet d’un poème en prose sur le thème Chapeaux, et si la liste établie par Baudelaire était ce poème même, qu’il n’aurait su reconnaître comme telle en son temps ?

Anachronisme est le dernier livre publié de Christophe Tarkos. Les conditions de son décès font que probablement, au moment de l’écriture d’Anachronisme, il est parfaitement conscient du caractère testamentaire de son livre. C’est d’ailleurs le plus volumineux, le plus complet. Le plus autobiographique aussi, difficile de lire l’inventaire des noms propres de village, autour de son pays natal, ou l’accumulation concernant les compositeurs de musique, sans que viennent des larmes. D’autres accumulations pourraient relever de la colère, ou du tragique : celle concernant le mot bloc, qui est la tumeur aussi bien que le bloc opératoire.
M’importe que, dans Anachronisme, un certain nombre de textes viennent décrire le monde d’une façon qui ne serait pas atteignable sans le défi accumulatif. Ainsi, la liste des papiers administratifs obligatoires, et ce qui s’en renverse à la fin concernant l’exil et le droit d’asile. Ou bien, je suppose prise telle quelle du Journal officiel, la liste de toutes les associations 1901 créées à telle occurrence de date.

Alors oui, on a oublié toute la fonctionnalité précise qui faisait mon point 1 : le défi de l’accumulation, c’est d’établir une poétique, là où les mots désignant les choses en ont été dépossédés. Non, un nom de fromage ce n’est pas un poème. Oui, la liste scandée d’un inventaire exhaustif de noms de fromages peut dénoter les usages d’un monde, une histoire ancestrale, et un défi à la poétique même.

Je suggère pour ce soir l’établissement de trois accumulations, et qu’on se donne comme défi cette phrase de Baudelaire que j’aie lu hier soir (dans un très mauvais texte, l’éloge posthume de Banville) : « Le peu que je fais, j’y mets une application extrême. » Tenter que l’extrême ait signification dans la liste entreprise. Une liste pourrait même porter sur l’adjectif extrême.

Il y a des points de départ tout simples : les bruits urbains (ou les appareils à écouter la musique), ou bien les mots relevant de nos usages professionnels (vocabulaire ici de la minéralogie, de la botanique). Prenons aussi un thème qui puisse nous amener là où le monde est friction : vocabulaires de la politique, des usages sociaux. Mais j’aimerais qu’une dernière accumulation soit plus personnelle et imprévue – comme si, au terme de l’atelier, la liste des thèmes de l’ensemble des accumulations du groupe devienne elle aussi une liste d’intérêt...

Et bien penser, ensuite, toujours, que l’exercice qu’ici on mène intentionnellement, volontairement, soit un des fonctionnements de la convocation mental, peut-être un des plus essentiels, mais souterrain, mais invisible, dans le temps même de l’écriture.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 janvier 2011
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Messages

  • peugeot renault nissan fiat ford toyota bmw benz il y a un autre nom j’ai oublié berliet non c’est là un camion smart toute petite maintenant un vélo c’est un peugeot aussi comme pour boucler la boucle et lui qui marche sur le parking comme s’il avait perdu ses clefs il n’a nul nom ou seulement humain pas de place dans la liste ;

    ongles poils os cheveux dents phalanges peau chair intestins épiderme derme et puis quoi encore poumons foie sexe veines artères coeur cerveau (ah bon ?) aréoles coudes genoux non pas de cailloux ou alors dans les reins j’arrête là ça va me rendre malade ;

    le bruit des pas de ceux qui marchent des pas de ceux qui ne marchent pas celui de la feuille que l’on tourne celui du clic de souris celui de ce clavier et de cet autre juste à côté le bruit de cette sorte de clim qui souffle tant asthmatique de ceux qui parlent tout bas de ceux qui parlent plus fort de ceux qui ne parlent pas ou alors c’est des signes et donc on n’entend mais rien on devine juste le bruit des dents qui grincent et puis celui de celles qui sourient ces dernières ne font aucun bruit pas plus que la pluie qu’on entend dehors mais c’est peut-être ailleurs le bruit qu’on fait dedans ;

  • Forte densité, ensemble à forte densité, tension, tendue, étirer, étirement, élongation, plainte, plainte sous tension, pliante, pliante sous forte densité, force, écrasement force, creux, pression, creux du creusement creux fouille, excavation, densité dense, creuse, plonger, creuse, arrête trop loin tu creuses, dense, danse, fais semblant, réchappe.

    Actus, faute, coïncidence, plagiat, regrette, justice, espionnage, inévitablement, pauvreté, décret, ironise, dégaine, mort, industriel, président, cartes, mobilité, failles, implant, suicide, encense, explosion, ligne, explosions en ligne, multiplication, multiplier des implants suicident les coïncidences, pauvreté, pauvreté pauvre, inévitable, rien de plus, rien d’autre pauvre, rien d’autre à commenter, pauvre de rien.

    Perdre, perdre liste, papier perdu liste, non finie liste, déchirée liste, liste incomplète, mieux vaut incomplète, meilleure incomplète, voir venir, prête, presque prête, encore un peu.

    • Le maillet, la massette, les ciseaux, les gouges plates, creuses, cuillère, coudées, contre-coudées, les racloirs, les râpes, non les rifloirs c’est vrai, le papier de verre, les guimbardes, mais aussi la pointe sèche, les poinçons, les burins carrés, losanges, les échoppes de toutes formes, les grattoirs, les lunettes

      coques, ormeaux, bigorneaux, moules de bouchot, grosses moules, fond du port de Toulon, huitres de Marennes, claires, portugaises, du parc à huitres de X, palourdes, praires, clovisses, bulots, coquilles Saint Jacques, merveilleuses pétoncles, tellines, clams, oursins violets, violets, chevrettes, petites crevettes, grosses crevettes, gambas, cigales de mer, langoustines, écrevisses, langoustes, homards canadiens, homards bretons, supions, calamars, piste, sèches, poulpes, anémone de mer, petite friture, poissons de roche, serrans, gobies égalent farine, girelles, murène, congre, anguille, rascasse, roussette, vives, vieilles, barbets, grondins, rougets du Sénégal, loup, bar, sar, marbré, dorade royale, pageot, pagre, capélan pour bourse plate, chapon, mérou, lotte, baudroie, mulet, muge à Dieu ne plaise, liche merlan, maquereau, sardine, harengs, anchois frais, anchois en saumure, colin, flétan, lieu, cabillaud, morue fraiche, morue salée, morue séchée, joues de morue, raie, solettes, soles, limandes, plies ignominieusement et injustement classées, carrelet, barbue, turbot, truite de mer, esturgeon, bonite, thon germon, thon rouge, capitaine, espadon, perche de mer pour mémoire.

      L’état des lieux de sortie, le dernier loyer, les remises en état nécessaires ou non, la consultation propriétaire, remise sur loyer pour travaux, la description sommaire, métrage, quartier, état, étage, écoles, métros les plus proches, concierge, son caractère, consultation propriétaire, annonce, appels téléphoniques, visite groupée, questions abruptes, improviser réponses justes, découvrir défauts, louer qualités, ébauches de dossiers de candidature triés dans métro, interrogation, hésitation, mise en évidence pour propriétaire de l’élu souhaité, renseignements complémentaires, risque, ne pas tenir compte impression, être sur autre problème, reprendre, avoir oublié, croire en son flair, emporter décision, rédiger bail, pièces annexes, prendre rendez-vous, fin de journée, assister et guider la lecture et la signature, expliquer loi, faire connaissance, mettre au point règlements, évoquer règles de vie de cet immeuble, saisir noms, nature bail, mode règlement, loyer, sur fichier, fermer le bureau, état des lieux d’entrée, calcul des charges, remboursement dépôt de garantie

    • Phalle membru, non membrane fellée, perforant virolet, non vilbrequin vérolé, bombarde à blanc, non pistoladière enrayée, billouart boute-avant, non courtaud bidouard, balane à feu, non fluette chandelle, pourpre et branchu coural, non verte asperge, prompt dressouer, long poussou
      er, non loqueteuse pendeloque, cheville t’embobinera, non chevillette cherra, rubescente brayette, non braguettes cousues de fil blanc, épervier en bague, non faucon en poignettes, rossignol à besaces, non furtif hochequeu, tribart à mouille, non freluque à gamberge...

      E.S.

  • Courrier, boîte aux lettres, factures, relevés de compte, clé de la boîte aux lettres, noms des voisins, facteurs, colis, timbres, empilement, entassement, encore des enveloppes, rappels, dernier avis avant coupure, catalogues, promotions, fidélité qu’ils disent, parfois lettres, enveloppes longues ou enveloppes courtes, timbre en forme de coeur qui annonce faire-part de mariage, cartes de voeux, cartes postales avec texte à nu, cartes de vacances, cartes « multi-vues » de la ville, j’ai bien reçu votre carte, « est-ce que tu as reçu notre carte ? », « merci pour ta carte », papier, paperasse, enveloppes déchirées, cartes jetées, factures payées.

    Vanité, pouvoir, avidité, ascension, envie, domination, écrasement, ambition, mépris, instrumentalisation, plèbe, masse, cons, manipulation, mensonge, communication, élection piège à cons, mort aux vaches, au suivant, memento mori

    Déménager, faire les cartons, empaqueter, jeter, tasser, caser, empiler, le gros scotch marron, où sont les ciseaux, le marqueur, l’écriture tout de traviole sur le côté du carton, les devis, les camions, les déménageurs, et celui-là surtout dont le nom n’allait pas avec la tête, tu vois ce que je veux dire, les sangles qui tiennent les cartons dans le camion, les couvertures sales pour protéger la commode, ne pas oublier de faire le changement d’adresse, prendre rendez-vous avec EDF et GDF, relever les compteurs, faire fermer le gaz, l’état des lieux, rendre les clés, partir, quitter, courir, laisser derrière, chercher devant, le Voyage de Baudelaire et les vrais voyageurs, « de leur fatalité jamais ils ne s’écartent », tu me dis qu’ils n’essaient même pas, je ne te crois pas, recommencer, visiter, emménager, ailleurs, ici, pourquoi pas, signer le bail, faire l’état des lieux, déballer les cartons, ranger, réessayer, recommencer, ici, ailleurs, pourquoi pas là-bas, repartir, déménager,

  • Liminaire, préfaces, genres et nombres, indéfinis. Précisions, synonymes, expressions, toutes faites, d’ailleurs, origines séculaires.

    Définir, circonscrire, établir, écrire, élargir, réduire, brandir, souscrire, respire. Oubliés, adoptés, à la mode, ôtés, introduits, réputés, dérivés, malmenés, désossés, déminés, piégés, réformés, remplacés, alphabet.

    Furetière Brunetière, mes deux roberts semés à tous vents. Trésor, langue française.

  • laine bouts de laine pelotes de laine finir tous les restes avant de partir tricoter des layettes des pulls des gilets des manteaux des écharpes des bonnets des chaussettes les très vieilles tricotaient les chaussettes l’élastique du haut de la chaussette le sang qui s’arrête le rouge de la peau marquée par l’élastique de la chaussette sous le genoux les chaussettes tricotées par l’arrière grand mère les chaussettes disparues ce qui n’existe plus ce qui n’est même plus au fond des tiroirs des placards des maisons perdues les pelotes de laine mohair les laines beiges pour les pulls irlandais les magasines en couleur avec les modèles les explications des modèles et leurs photos toutes petites en noir et blanc les après midi la table où feuilleter les modèles les échantillons de laines de Bergère de France le choix des couleurs du modèle la liste des modèles à tricoter mais pas en noir non c’est trop triste à faire tu les met les pulls que je te fait ? les manches c’est un problème il faut que tu viennes que je mesure les aiguilles les paires d’aiguilles courtes et longues en acier de toutes les grosseurs les fines à force tordues pour les cotes les cols le dos les manches le devant les bouchons de liège au bout des aiguilles les mailles glissées les points ajourés le crochet pour les finitions les mains qui travaillent indépendamment des yeux les ouvrages pour le soir et ceux pour la journée les tricots rayés pour la fille la petite fille la belle fille la plaisanterie du serpent les vacances dans un pays chaud, la perruque, les photos, les trois pulls, un gris un bleu un rose le gilet Bordeaux trainé comme une seconde peau pour un mot apeurée celui là tu me l’avais donné c’était il y a longtemps 

  • bout du pain dans fond de l’assiette à soupe à proximité d’extrême fond de fromage arrivé à fond cale à gauche de bouteille plastique brune et vide défoncée dans le haut du visage puits sans fond des yeux de la soupe maintenant mangés parvenus à l’extrémité du corps à l’anneau central noyau de pêche sèche et d’abricot soudainement en panne délaissé dans le bas-côté de la route on dirait pour toujours

    tandis qu’ailleurs et aujourd’hui mou sous le couvercle et lignes rouges balisant le débat et liberté de presse s’apparentant à panier de dim sums et journalisme phénoménal et contraintes à ouverture et autres lignes rouges et permis de constater et retenues aux frontières et balises molles associées à causes perdues et autres lignes rouges à traverser et agitations droit devant et drapeaux et calicots et s’ébattre dans le débat et s’abattre comme une casserole à pression dans la chine profonde et aujourd’hui

    tandis qu’ailleurs et aujourd’hui j’entre et je sors du sommeil, j’entre et je sors du magasin de chaussures, j’entre et je sors du train, j’entre et je sors du bureau, j’entre et je sors du bistrot, j’entre et je sors de chez moi, j’entre et je sors du magasin de journaux, j’entre et je sors de la conversation, j’entre et je sors du flux continu et ténu des pensées, j’entre et je sors de la cuisine interne et externe, j’entre et je sors une cuiller de la casserole, j’entre et je sors les chats dans le jardin, j’entre et je sors un livre très ancien de ma bibliothèque, j’entre et je sors du chapelet de mots d’un livre en papier bible, j’entre et je sors de chez le voisin, j’entre et je sors la pâtée pour chat avec une petite cuiller tordue, j’entre et je sors le téléphone portable de mon sac à dos, j’entre et je sors un paquet à la poste, j’entre et je sors le bord de la tasse de ma bouche, j’entre et je sors une saucisse de campagne d’une boucherie bio, j’entre et je sors quinze petits sacs en plastique d’un grand sac en toile

  • le dimanche 16 janvier 2011, nous avons écrit dans le cadre de l’atelier "Jetons l’encre"
    Nous avons tenté d’écrire à la manière de Christophe TARKOS.
    Nous étions 7 et avons passé une journée dans un autre monde, celui des mots.
    Merci à Isabelle, Judith, Francis, Benoît, Gilbert, Jean-Luc.
    Merci de ce partage.
    Je vous joins nos mots en espérant qu’ils vous plaisent.

    signé 32 Octobre

    • « les 10 mots de la Semaine de la langue française et de la Francophonie », animation qui se déroulera entre les 13 et 20 mars 2011.
      Sont les suivants
      « Accueillant, agapes, avec, chœur, complice, cordée,
      fil, harmonieusement, main, réseauter »
      qui illustrent chacun à leur manière le thème de la solidarité.

      À la façon de Christophe TARKOS

      Harmonieusement  : avec équilibre, en accord avec le Grand Tout, l’Univers.
      Être en harmonie avec la nature, avec SA nature, s’accorder avec le Grand Tout, vibrer de bien être.
      Harmonica, Musique Céleste, se sentir équilibrée, une dose suffisante de ce qui nous est nécessaire, ni trop, ni trop peu.
      Une musique qui élève l’âme, l’allège de tout ce qui lui pèse, le superflu.
      Harmonie : une douce évidence, de la légèreté, un ballon qui s’élève dans le ciel, un regard détaché, une vue d’ensemble, à perte de vue, être ici et là, partout, de la clairvoyance, voir à travers les choses, arbre, rocher, animal, être le sang qui coule et nourrit chaque infime partie de notre corps.

      Isabelle A

      Complice : entente tacite de deux ou plusieurs. Personnes agissant ensemble.

      Complicité, collaboration ou concordance, acte prémédité ou non, compère non seulement dans l’acte mais dans l’idée.

      Francis A

      Avec : avec le temps, avec pas contre, avec comme ensemble, avec pas sans.
      Avec le temps tout s‘en va, avec le soleil il fait chaud, avec ta main dans la mienne j’avance, avec, sans, contre, avec un pied que peut-on faire, avec deux pieds on avance plus vite qu’’à cloche pied, avec quatre pattes le chien détale, avec ses deux pattes le coq prend la tête du cortège de ses poules, avec, contre, deux mots contraire, avec, ensemble, deux mots synonymes, beaucoup plus sympathique, avec le temps tout s’en va, un point final, qu’’à la fin, avec complicité les mots s’écrivent les uns après les autres, avec une force incroyable ils se poussent les uns les autres et veulent déborder de la feuille, avec Ave Caesar dans la verte prairie il prend son élan, cassure, avec, sans, avec, ensemble, avec, contre, avec, pour, aucun rapport, avec, combien d’avec sont écrits, une succession d’avec pour faire avancer les choses, avec un brin de muguet, rien à voir, nous ne sommes pas encore le 1er mai, avec un sourire, avec un parapluie, pas besoin aujourd’hui, avec un paquet de bonbons, n’est pas Brel qui veut, avec le temps tout s’en va.

      32 Octobre

      Fil
      Fil, une bobine, qui se déroule, et s’enroule, ou s’embrouille, tu perds le fil, le fil du destin, entre les mains des Parques, qui déroulent et enroulent ou embrouillent, le fil de l’histoire, et l’histoire qui file, le fil qui casse, et le nœud, le nœud plat, le nœud de choix, le nœud de vache gansé, le nœud des problèmes, le problème d’Ariane, qui déroule son fil et l’enroule ou l’embrouille, si tu perds le fil, une bobine de problèmes.

      Benoît d’A.

    • Chaque accumulation, chez C. Tarkos, se constitue progressivement en texte autonome.
      Suite à différentes lectures de textes de Christophe TARKOS, nos accumulations autour de notre mot du moment.

      Panier
      Petit panier, petit mercier, panier d’osier, panier tressé, osier coupé, osier trempé, panier vendu, au bord des rues
      Quelques paniers à acheter, un petit billet c’est pour manger, la caravane à réparer, tous les cousins à régaler, venez m’acheter mes petits paniers, panier d’osier, panier tressé, panier vendu au bord des rues
      Paniers jetés, paniers perdus, vendeurs placés en garde à vue, panier de crabe de la politique
      À chaque été sa polémique, paniers gitans, paniers roumains, pas né ici, pas comme tout le monde, vends des paniers au bord des rues,
      Entassés dans les paniers à salade, expédiés dans les paniers charter
      Benoît d’A.

      Minute
      Minute papillon, une seconde pour déployer tes ailes, papillon employé pour butiner sur le bitume des heures durant lesquelles le temps passe, mille fleurs à trouver en ces rues parallèles, le temps passe, je me meurs, je trépasse, que mes sœurs les abeilles me relaient et m’enlacent et m’emportent au soleil, le temps presse, dépêchons mesdemoiselles, voguons sur les traces de ce monde sans horaire aux aiguilles éternelles.
      Francis A

      Soleil
      Le soleil, la lune, se sont-ils rencontrés un jour, leur rendez-vous une fois tous les… je en sais pas, je ne sait plus, le soleil fait pousser les graines dans le potager, le potager a été retourné par les sangliers, les sangliers ont mangé la montagne de pain, le pain était sec et dur, la pluie le ramollira, les poules mangent le pain qui n’est plus sec, sec est le climat dans le désert, dans le désert, il y a vingt-cinq ans l’hélicoptère s’écrase, les pompes continuent d’amener l’eau dans les villages, les villages vivent autour, les enfants courent après les motos, attention mets ton chapeau, le soleil frappe, il est minuit Docteur Schweitzer, le soleil tuera le microbe, le microbe enfermé dans son éprouvette, l’éprouvette se fracasse au sol, le soleil est haut dans le ciel, il n’y a pas de nuage, si un seul nuage blanc gros comme une barbe à papa, miam miam.

      32 Octobre

      Lotus
      Boite de mouchoirs. Douceur qui console des petits chagrins. Kleenex qui jette les vilains chagrins, les lourdes peines.
      « Tu ne jetteras pas ton mouchoir par terre, ça pollue la nature, vilain garnement ! »
      La boite de mouchoirs lotus. Une belle fleur de lotus qui flotte dans un ciel à la Matisse. Foutue société de consommation. Tu salis tout, tu dénatures tout. Tu détournes les choses de leur sens, tu les dépouilles de leur valeur, tu les uses jusqu’à la moelle et tu les jettes.
      Fleur de lotus. La sagesse orientale. Est-ce qu’un Bouddha boude ?
      Est-ce qu’un Bouddha pleure ?
      Un Bouddha n’a donc pas besoin de mouchoir.
      Une boite de mouchoir Lotus, c’est donc n’importe quoi !
      A moins que…
      A moins que ce soit moi qui n’aie rien compris.
      A moins que le mouchoir Lotus, ce soit le Bouddha en personne qui vienne m’apporter son aide, qui m’apporte de la douceur lorsque mon pauvre nez saigne ou souffre d’un gros rhume.
      En somme le mouchoir lotus serait un clin d’œil de Bouddha !
      Maintenant que je regarde la boite de mouchoir lotus, c’est ce que je vois !
      Merci Bouddha !

      Isabelle A

    • Accumulation commençant par « Dans les huit minutes exactes qui suivent je … »
      À la façon de celle de C. TARKOS qui a été lu après l’écriture et la lecture des textes des participants

      Dans les huit minutes exactes qui suivent je peux être dans une cage, une grille, dans un car de police, dans une camionnette de police, dans la rue les menottes au poignet, sur une table d’opération, sur un chariot, dans le coffre d’une voiture de police, allongé dans un camion de pompiers, sur une chaise roulante, sous une couverture de survie, fermé dans un sac, sur un chariot dans la morgue, dans une chambre d’hôpital, sur un lit d’hôpital [!] assis dans l’entrée d’un immeuble, sous perfusion, sur le fauteuil d’un dentiste, chez un fleuriste [!] je compte les minutes, une seconde, quatre secondes, dix secondes, quinze secondes [!] il me reste six minutes et quatorze secondes, j’attends que cela vienne.
      pp. 156-157.

      Dans les huit minutes exactes qui suivent je peux aller faire un tour à la Mosquée bleue à Istanbul, au pied de l’arbre de cette forêt magique en Corse, je peux aller rendre visite à ma grand-mère confortablement assise sur des coussins de nuages, je peux faire de la balançoire par-dessus une vallée accrochée au soleil, je peux faire naître un sourire sur un visage de pierre, je peux être un cheval qui court éperdument dans une prairie, je peux être l’aigle qui s’élève dans le ciel en tournoyant, je peux être une feuille qui tombe d’un arbre gigantesque et millénaire.
      Je peux sentir le goût de ces tendres pousses de printemps tant prisées par le cerf, je peux goûter la vie.

      Isabelle A

      Dans les huit minutes exactes qui suivent je peux être moins con, prendre le pli et citer les problèmes de ma cité, s’y t’es des nôtres c’est bien, sinon t’es mort, plus que trois minutes, alors dégage, si t’es un homme ne sois pas complice de ta lâcheté, arrête de pleurer, plus qu’’une minute alors cours, cours, cours.

      Francis A

      Dans les huit minutes exactes qui suivent je peux m’imaginer en train de voler, je n’ai pas oublié mon parachute, mais je en suis pas un oiseau, heureusement j’ai deux L (ailes !!!) à mon prénom, cela aide, dans les sept minutes exactes qui restent, je me verrais bien en princesse des mille et une nuits, je raconterais une histoire sans queue ni tête qui ne finirait jamais, dans les six minutes exactes qui restent, il ne faut pas que je lambine, il faut que je trouve les mots avec lesquels je vais écrire une histoire, impossible de s’y soustraire, dans les cinq minutes exactes qui restent je suis devenue le nuage qui se gratte au pic de la montagne enneigée, cela fait du bien, je surplombe tout, je vois tout, dans les quatre minutes exactes qui suivent, je réfléchis, plus que trois minutes, plus que deux minutes, plus qu’’une minute, STOP.

      32 Octobre

      Dans les huit minutes exactes qui suivent je peux être quelqu’un d’autre ou personne, je peux être sans mémoire, vulnérable et léger, n’être qu’’un fil qu’’on déroule, entre qu’’une vie qui passe, un vol silencieux, une chanson oubliée.

      Benoît d’A.

    • Course
      Course, essoufflé, éperdu, fuite en avant, urgence, foulée, vitesse. (Isabelle A)
      Course à pied, piédestal, talon d’Achille chilien. (Francis A)
      Course effrénée, couse du temps, courses de Noël. (Benoît d’A.)
      Course, élan sur la piste, triple saut, un javelot dans le dos, vainqueur, les jeux olympiques, l’hymne à la joie. (32 Octobre)

      Midi
      Midi : il est midi, Docteur Schweitzer !, midi moins une, en plein Midi, Midnight-express (il est l’heure de moi !) (Isabelle A)
      Midi, Pyrénées, née sous X, X files, faillite sans suite. (Francis A)
      Midi à la grande horloge, midi sur nos vies et dans nos cœurs, midi qui rayonne et égaille. (Benoît d’A.) Midi, j’ai faim, les grenouilles coassent, la mare au diable, il pleut des hallebardes. (32 Octobre)

      Impermanence
      Impermanence : effervescence, éphémère, Amer, mer d’huile. (Isabelle A)
      Impermanence, Nans les Pins, pain de mie, mi-temps, température du four. (Francis A)
      Impermanence, de tout, condamné à l’impermanence, file et s’efface. (Benoît d’A.)
      Impermanence, il mettait son imperméable, le soleil pleurait, il dansait sous la pluie, il s’appelait Gene Kelly. (32 Octobre)

      Joie
      Joie : explosion de soleil, Joyeux Noël, jurons maquillés, Sourire intérieur. (Isabelle A)
      Joie, joyeux, yeux qui pleurent, et encore, et encore pleurent de faim. (Francis A)
      Joie de midi, course à la joie, comme un secret que l’on répand, la joie du soir. (Benoît d’A.)
      Joie, joyeux, grincheux, dormeur, Blanche Neige, le loup mangea le petit Poucet, le Chaperon rouge embrassa le prince charmant et s’endormit pour mille ans. (32 Octobre)

      L’heure
      L’heure : L’heure H, hachoir qui tranche les heures, l’heure de qui ?, l’heure de quoi ? Quoi faire de ce temps qui passe ?, arrêter le temps, mais pour quoi faire ? Pour prendre le temps de ne rien faire. (Isabelle A)
      L’heure, l’Eure et Loir, Loiret, réticence sans plomb. (Francis A)
      L’heure sonne pour rassembler autour d‘elle toutes ses minutes, pour les mettre en rang et les faire marcher au pas, une minute s’échappe et court en liberté, (Benoît d’A.)
      L’heure, cinq heures et demie de plus à Madras, nous manger, vous marcher. (32 Octobre)

      Trèfle
      Trèfle : le coq de Danielle. Pourquoi l’a-t’elle appelé ainsi ? Est-ce qu’il porte bonheur ? Pour l’heure, elle l’appelle mais il ne vient pas. Il viendra, c’est sûr, mais patience ! Il est Aphone ! (Isabelle A)
      Trèfle, fric, tune, oseille, et surtout du beurre dans les épinards. (Francis A)
      Trèfle, dans l’herbe écrasée où nous nous sommes roulés, j’ai trouvé un trèfle, il n’avait que trois feuilles, amis il me rappelait toi, je ne ‘lai pas gardé. (Benoît d’A.)
      Trèfle, roi ou valet, as ou dame, peu importe, il vaque à ses occupations, surveillant d’un œil son harem. (32 Octobre)

      Cloche
      Cloche : La cloche de Pâques est aveugle. Elle balance des œufs et des lièvres sur la tête des gens. Elle a même posé un lapin à certains bambins. Certains humains sont trop cloches, se dit-elle ! (Isabelle A)
      Cloche, être à la cloche, quelle misère, on ne mange pas tous les jours. (Francis A)
      La cloche sonne midi, c’est la joie de l’heure, faisons une course au trèfle, départ de l’impermanence ou pas. (Benoît d’A.)
      Cloche, il s’appelait Arthur et souvent y déménagea. (32 Octobre)