[numer’île] Ouessant|Gracq|face mer

face à la mer, un des passages les plus étonnants de l’oeuvre de Julien Gracq


Troisième atelier d’écriture dans le cadre du Festival du livre insulaire, et droit au but, contexte pour face mer :
- d’abord, Iroshi Sugimoto, photographe. Connu pour Theater, photographies de salles de spectacle (l’appareil au fond de la salle dans le noir, et la seule lumière qui impressionnera la pellicule, ce qui revient depuis l’écran par le film projeté) – Sugimoto a proposé aussi, avec Seascape, une oeuvre essentielle : photographies format carré, un tiers d’eau, deux tiers de ciel, en noir et blanc, rien d’autre (mais un accompagnement de fax aux commanditaires spécifiant le lieu, l’hébergement, les trajets, les repas, le contexte), et peut-être pas de plus belle oeuvre photographiant la mer
- mais on se souvient aussi, au temps de La vague de Courbet, des photographies de mer en mouvement par Le Gray, un des fondateurs pionniers de la photographie, voir photographier la mer et ci-dessus

Maintenant, Gracq :
- la mer est présente, avec déjà des passages face mer dans Le beau ténébreux, son deuxième livre, comme la forêt hante son Balcon en forêt... les cahiers manuscrits de Gracq ont été légués à la BNF, on espère donc que d’ici 10 à 15 ans quelqu’un nous dira ce qu’il y a dans les cartons, en attendant la promesse de les numériser d’ici un petit quart de siècle si tout va bien... Corti, en publiant les Carnets de guerre ce printemps ont aiguisé l’attente... les Lettrines 1 et 2 sont issues de ces cahiers – fragments à risque, survoler Montréal, atterrir à Chicago, revenir de New York par le France, parler du roman, ouvrir à des notes autobiographiques, et puis, dans Lettrines 2, quelques pages intitulées Marines
- Gracq à cette époque possède un studio sur ce front de mer de Vendée, à Sion, que personnellement je trouve bien triste : béton face mer, mais face mer quand même – étonnant rejointement avec Marguerite Duras, qui utilise la vue sur plage et mer depuis son appartement des Roches Noires à Trouville dans L’homme atlantique, L’amour, L’été 80 et La mer écrite...

Et ma consigne :
- d’abord le cadre – prendre le carré de Sugimoto, ne plus rien avoir que le face mer... il s’en induit quoi pour l’écriture : quel défi ? Duras, Gracq nous donnent les pistes et formelles et pour la phrase, qui va devenir elle-même liquide
- et si, par exemple, on décrivait le mouvement du regard et comment il s’y prend – et si on décrivait l’attente, le jeu du temps
- il n’y a rien qui concerne le narrateur, mais le poste d’observation peut être saisi par le texte, où on est, comment c’est fait, ce qu’on voit
- l’important, c’est la récurrence : on a peu à dire, couleurs, masses, mouvements, consistances, donc explorer les variations, les variantes, partir sur le pluriel
- à vous de choisir : 5 fois face mer en 5 endroits différents, mais la même technique de récit pour se saisir du carré, du cadre, ou bien 5 fois le même lieu, le même poste d’observation, et simplement, comme le fait Gracq, faire varier les jours, les années, les heures
- penser que ce qui sauve, et le texte, et l’entreprise, c’est la brièveté – cartes postales immobiles : rien qui passe les 8 lignes, mieux vaut 3 fois 8 lignes ou 5 fois 5 lignes...

À vous...

Et premier à mettre en ligne, depuis l’atelier même, et avec photo : Philippe Diaz / Pierre Ménard de liminaire.fr : haut perché au-dessus de la mer.

FB

 

Julien Gracq | marines (Lettrines II, extrait)


À Sion, dans le petit appartement haut perché au-dessus de la mer qui me rappelle le retour de New York sur France, et que j’ai envie d’appeler le paquebot. Quand on pousse la porte, devant soi, par toutes les baies on ne voit que l’eau et les vagues ; c’est en avançant jusqu’au balcon seulement, à marée haute, qu’on découvre à ses pieds une étroite lisière de terre qui plonge vers l’eau en falaise courte. Devant soi, on a l’île d’Yeu, qu’on aperçoit à l’horizon par temps très clair, un jour sur trois. À droite, la longue plage et les falaises habitées lointaines de Saint-Jean de Monts.

[...]

Rien n’égale, au petit matin, la fraîcheur lavée des platures à marée basse, cloisonnées, déchiquetées de larges bras d’eau claire, où bouge et tournoie l’odeur d’un monde naissant l’eau et la nuit en même temps se retirent, une respiration neuve et inconnue, pour quelques instants, nous habite, qui se souvient encore de la branchie – l’eau-mère de nouveau directement nous irrigue : plus native que tous les souvenirs d’enfance, plus pénétrante que tous les flacons de Baudelaire, la fraîcheur, la succulence ténébreuse et iodée que libère une coquille ouverte explose sur la narine comme une humide et profonde patrie.

[...]

Brume d’orage à Sion et calme plat. Quand l’après-midi décline, le disque du soleil rouge-feu, offusqué, privé de tout rayonnement, se suspend – on dirait à quelques encâblures à peine – contre la muraille d’un gris onctueux et gras. Aucune ligne d’horizon n’est en vue nulle part ; à l’aplomb du disque, un semis dansant, un grésillement de paillettes dorées, pareilles à la pluie d’or du feu d’artifice, brasille immobile sur l’eau huileuse qu’on devine à peine sous la pellicule de brouillard. Le sentiment de la distance et de la profondeur s’abolit : les courtines floconneuses s’entr !ouvrent pour une heure sous les fugaces et inquiétantes intimités de la mer.

[...]

Un fort coup de vent d’ouest a bousculé le beau temps ces jours-ci, et la mer, saboulée et secouée sur ses fonds médiocres, presque jusqu’à l’horizon, où persiste une mince bande glauque, est devenue glaiseuse, couleur des flaques qui comblent les fouilles des marnières. Sous un rayon de soleil qui brille ce matin quelques minutes entre deux grains, un jaune argileux la souille tout entière. Rêche, encore furieuse, hérissée de vagues courtes qui la guillochent comme une peinture au couteau, chaque vague beurrée à sa crête d’un rebordé d’écume crémeuse qui semble la bavure d’un excédent de matière, elle paraît moins frôlée par l’aile des vents que plutôt sculptée rudement, en pleine pâte, par le pouce, la lame et le râcloir.

[..]

La brume tombe longtemps avant le crépuscule, dès le déclin de l’après-midi. Un soleil japonais, rouge et rétréci – no bigger than the moon – se suspend tout proche de la courtine ouatée, couleur de lilas, qui matelasse et cache l’horizon ; sous ce rideau coule une mer huileuse et alourdie qui en approchant du rivage se plisse comme un brocart en longues et lisses ondulations soyeuses. Le vent de terre les écrête à l’instant de déferler et leur arrache comme à une dune une crinière crissante. Huileux aussi sont les maillons de lumière grasse qui se nouent et se dénouent pesamment sur l’eau, comme si elle était nappée de pétrole. Il est rare que le paysage de mer présente des reflets, une lumière, une consistance aussi louche ; on dirait que la matière aqueuse tourne comme un vin atteint de la casse.

[...]

Procession lente des grains qui coulissent l’un après l’autre sur l’horizon de mer. De l’arche gris-noir des nuages bas, comme d’un manteau d’Arlequin, les rayures de la pluie tombent verticales et épaisses, à la manière des plis d’un rideau de scène. Un liseré gris-violet borde l’horizon, en deçà de la mer la mer est d’un vert vitreux de bouteille. À un kilomètre de la côte, le vert tourne à un jaune de bourbe, qui doit correspondre à l’affleurement des platures. Ennui et tristesse : tout comme son bleu nous apparaît plus profond que le bleu du zénith que pourtant elle reflète, la mer amplifie et renforce la tonalité affective du temps qu’il fait et de l’heure qu’il est ; aucun matin de printemps de la terre, même musical et fleuri, n’est gai, vibrant et frais comme un calme matn de mer.

[...]

Mer matinale sous un ciel bleu pommelé de légers nuages blancs, striée horizontalement de bandes bleues et vertes, avec des mouchetures d’écume dont on croit éprouver le relief du doigt comme les empâtements d’un peintre. Un unique petit voilier aventureux cingle vers le large sous la forte brise ; tout est mouvement, animation, alacrité joyeuse et joueuse. Il est dix heures : à côté de la jeunesse de la lumière sur la mer, la lumière sur les arbres et les maisons de la côte semble déjà mûre et comme vieillie ; les royaumes du matin se refaîchissent et se prolongent sur les vagues ; on est presque surpris de ne pas voir marsouins et dauphins s’ébattre et matérialiser une si exaltante jubilation.

[...]

La plage entièrement déserte de l’heure du dîner, au moment où le crépuscule s’assombrit. Très grande, élancée, très bien faite, les cheveux dénoués, les bras nus, la taille serrée dans une de ces longues jupes de gitane aux bandes biaises qui sont à la mode cette année et qui traînent fastueusement sur le sable, une femme toute seule, faisant jouer avec ostentation ses hanches l’une après l’autre et renversant parfois le visage d’un mouvement voluptueux du cou, s’avance vers la mer à pas très lents, avec la démarche théâtralissime d’une cantatrice qui marche vers la rampe pour l’aria du troisième acte. Il y avait dans ce jeu du seul mimé devant l’étendue vide une impudeur tellement déployée qu’elle en devenait envoûtante ; aucun miroir au monde, on le sentait, aucun amant n’eût pu suffire à une telle gloutonnerie narcissique : elle marchait pour la mer.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 24 août 2011
merci aux 5347 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page


Messages

  • oreiller salé au réveil, par la baie de visée agrandie du blockaus la rade frissonnante dans le petit jour, mer qui prend couleur en même temps que montent les odeurs du chemin des douaniers – Saint Mandrier au fond, mufle sombre couché

    les soirs sur le balcon du boulevard Jules Michelet, au dessus des pins de la terrasse une bande de mer noire sous un immense ciel de flammèches, murmures de voix, musiques qui s’effacent, le chantonnement des pins et de l’eau, la chaleur du jour qui sort de la peau, le quartier et la rade qui s’endorment

    les vitres qui tremblent un peu comme celles d’un bateau dans les chassis métalliques de la vieille véranda et le mistral sur l’eau, risées furieuses qui traversent, une branche qui fouette, la coulée d’or du soleil décolorant le froissement de l’eau juste en face

    porte ouverte de la maison de pêche, le talus avec les racines des arbres, la plage qui se prolonge infiniment sous l’eau, verte très pale, presque jaune, dans le calme plat de la reverse entre brise de terre et brise de mer – la fuite des yeux sur l’eau qui gagne en bleu jusqu’aux îles

    entre les deux pins au sommet du petit cap, le large où se perdent la crique et la longue plage, rousseur du sol, odeur des pommes de pin chauffées au sol, odeur forte des rochers, chanson des petits tourbillons, l’infini variation des couleurs de la mer

  • Entendre la plainte venue de l’horizon, tendre l’oreille jusqu’à saisir les milliers de mugissements, les vagissements peut-être, assister à l’accouchement et se croire mère, se vivre mer, en creux, à l’intérieur.

    Sentir tout ce qui vibre, tout ce qui vit juste en dessous, caché mais présent, pétrole, écume et poussières d’algues, tout ce qui nage et respire, ce qui tapisse le fond et remonte, pêcher les odeurs des couilles d’ânes, des castagnettes et des crêtes de coq, refaire une basse-cour marine, en creux, à l’intérieur.

    Voir la mer le ciel, le ciel la mer, fixer l’horizon et ne savoir jamais si c’est le ciel qui commence ou la mer qui finit, suivre la vague, au loin qui avance, enfle, troupeau de taureaux enragés les naseaux fument, suivre la vague jusqu’à l’explosion, la dissolution peut-être, ligne de fuite éphémère sur le sable et survivre étonné au fantôme de la vague, en creux, à l’intérieur.

    Toucher le point de non retour, poser sa main sur l’effervescence, sentir les bulles apprivoisées venir vous grignoter la paume, pour disparaître, toucher le point de non retour où la main disparaît, où l’on ne sait jamais si c’est la main qui commence ou la mer qui finit, en creux, à l’intérieur.

    Goûter la vague qui s’échoue sur le sable, retrouver jusqu’à la rouille et le charbon des épaves échouées, laisser affluer les souvenirs d’enfance, boire une tasse de tasse, boire jusqu’à encore soif, toujours plus soif parce que saler les larmes en creux, à l’intérieur.

    Voir en ligne : L’impassibilité du Chaos

    • J’aime bien le creux et surtout le dernier paragraphe... je sens la mer, oui, elle existe pour moi dans ce texte.

      Voir en ligne : http://lebaiserdelamouche.tumblr.com/

    • ( résonances ; j’ai écrit ce poème non avec Gracq, mais avec Giono "Fragments d’un paradis")

      Quelquefois on est la mer

      Le dé a roulé sur la houle

      On est la couleur irisée

      le plomb des eaux

      les voix du ressac

      les flancs écumeux

      et même l’illusion de l’azur

      Cela peut-être un petit grain

      la fleur de sel ou la sal gorda

      le ventre blanc qui roule dans les grands calmes

      Cela peut-être un dandinement

      un filet sans mailles

      une odeur du grand-large

      Cela peut-être du métal glacé

      de l’huile des nausées de goudrons

      l’écaille d’un fossile

      une étendue qui disparaît

      La brise adonne

      On est de la mer ces choses inconnues...

      sans commune mesure avec l’homme*

      Jean-Jacques Dorio

      * Jean Giono Fragments d’un paradis

      Voir en ligne : QUAND LA BRISE ADONNE

  • La baie vitrée et le petit balcon derrière, la rambarde en aluminium toujours poisseuse de sel. Deuxième étage, au-dessus de la crêperie en rez-de-chaussée sur la plage.

    Le môle en béton du port, et les navettes de Belle-île : Acadie, deux cheminées noires. Guerveur, une grosse blanche. Celles de Houat et Hoëdic : Vindilis, Dravanteg. La corne en arrivant au port (un jour de vagues, vu le bateau rater l’entrée et faire marche arrière de justesse avant la plage), le bruit du diesel.

    Promeneurs sur la plage. Enfants. Chiens. Châteaux et inscriptions sur le sable, que la marée efface imperturbablement. Amoureux. Vieux couples. Solitaires. Goémons. L’été les enfants plongent depuis le môle, mais on n’y va jamais l’été.

    Lumière changeante toujours, souvent un grain au moment de la renverse. Vue claire sur Belle-île, annonciatrice de perturbation.

    Houat Hoëdic on n’est jamais allé.

    Voir en ligne : Cafcom

  • C’était Leningrad en septembre 1978. Moscou est terrienne. Moscou est au-delà de l’ancrage terre qui est nôtre : leurs pommettes, leur façon d’aller lentement dans le temps, les corps dans la pénombre des gares, et les sacs qu’ils emportent. À Leningrad, aujourd’hui de nouveau Petersbourg, il y avait le ciel et les canaux. On était allé le lendemain à ce château, un genre de petit Versailles de là-bas : pas trop de souvenir. Et puis, au bout du parc, le chemin sablé qui butait sur la mer. Grise, horizontale et droite. Ce n’était pas grave qu’elle s’appelle Baltique, je me moquais que ce soit voir pour la première fois la Baltique – j’étais face ouest, et la mer était même.

    C’était Tokyo la première fois. Il n’y a pas de mer. Il y a des endroits où la ville se défait vers le gris. Fleuve, emprises, étangs, ports ou canaux, à mesure qu’on approche tout se dissout. Mais, à cet endroit une balise en haut cerné de vert. Où est cette balise, dans même brume et même eau, on sait que doit être la mer. Ce n’était pas grave qu’elle s’appelle Pacifique (d’ailleurs, Philadelphie, c’était un peu la même chose) et que je sois face est, la mer était même.

    J’ai longtemps pensé que je ne pourrais vivre de longues périodes sans à nouveau accès à la mer – c’est probablement faux : on finit par vivre plus à l’intérieur de soi-même, avec des images, et les mers qu’on a rejointes. Pourtant, il suffit de cela : ce n’est pas grave le nom que porte l’endroit, ce n’est pas grave que le ciel soit même, aussi terne et aussi lourd, et si peu intéressante la mer ardoise, si on est face mer.

    Il y avait eu Juhu Beach, à Bombay : le soir, dans cette tombée si rapide du soleil sur la mer et le ciel qui passe en un instant à l’orange, les chameaux qui se découpaient de profil contre les vagues sales. Il m’a toujours semblé que d’un coup, avant la nuit, on percevait mieux les odeurs et les bruits. Après c’était la nuit : est-ce que face à cette mer là-bas, et même y entrant à Goa, je reconnaissais ce qu’est pour moi la mer ?

    Ou l’absolue immobilité du ferry, vers Corfou ou vers Palerme, et comme au réveil le lendemain il continue, aussi indifférent – ce n’est pas la mer, et pourtant celle-ci, si vieille, la seule à nous apprendre la langue.

    C’était Québec la première fois, et c’était encore les restes de glace de l’hiver – ils tombaient blancs et gelés dans le fleuve (même l’année suivante, quand nous y serions tout l’hiver, je ne reverrais plus cet état blanc du fleuve ce jour-là, pourtant déjà une fin de mars). Un bateau bleu aux superstructures rouillées, qu’ensuite je reverrais longtemps remonter vers ce haut pont où passe en amont l’autoroute, passait lentement dans les glaces. En se tournant vers l’est, à l’ouverture de l’île d’Orléans, je comprenais que ce qui pour moi était comme la mer était encore le fleuve. Cela, nous le chercherions souvent. Ceux de Rimouski, loin de l’embouchure, appellent le fleuve « la mer », mais nous ne sommes pas allés jusqu’à Rimouski. À Québec on n’a pas besoin de la mer : il suffit de regarder le fleuve vers l’est – pour cela qu’ils voyagent si peu ?

    La mer à Fort-de-France. De la galerie à l’étage de l’IUFM où nous avions le stage d’écriture, je l’apercevais, en triangle dans les toits blancs. Une fois nous y sommes allés, je ne me suis pas baigné. Je n’aime pas me baigner, ce n’est pas respecter la mer, je pense, dans ces cas-là. Pendant les temps d’écriture, je venais souvent sur la galerie de ciment du deuxième étage, où on apercevait ce triangle de mer, qui me lestait de tellement de temps clos, fini.

    La rue qui mène à la mer. J’ai compris il y a très peu de jours qu’elle pourrait être pour moi tout un livre. Si on mesure, il doit y avoir cent trente mètres. Il y a le carrefour, puis de l’autre côté ce n’est plus goudronné. À cause de la morsure, des camions ont nourri cette digue de roches, et des palissades de bois pour tenter de stabiliser la dune. C’est étroit, ici, d’arriver face mer. C’est l’air, que je reconnais, son goût, sa force. Au bout, j’ai souvent des rêves, aujourd’hui toujours. Je sais nommer chacun des rêves que j’ai eu dans le bout de cette rue. Quand j’y marche aujourd’hui (il y a longtemps que je n’y suis pas allé marcher, cette rue a pour moi nom des morts, elle mène à un cimetière pourtant invisible) je sais parfaitement me remémorer les rêves successifs qu’elle a provoqués : ce ne sont pas des rêves confortables. Ce serait cela, le livre.

    • en fait ce n’était pas Philadelphie, c’était Atlantic City survolée avant d’y atterrir – donc il faudrait remplacer le mot, par exemple dire Montauk (ce jour-là Montauk

    • J’aime bien la nostalgie que ces bribes dégagent, mieux qu’un regret. Merci.

    • la mèmeté l’ipséité : soi comme un autre
      Paul Ricœur

      dans les plis agités de la méditerranée
      encore hier à cinq heures du soir
      je récitais "Homme libre toujours tu chériras la mer"

      Pour lire ce texte il faut fermer les yeux c’est ainsi que je l’écris d’ailleurs à l’instant, écoutant la mer en cette fin d’octobre
      Pour lire ce texte qui est entrain de s’écrire il faut s’asseoir sur un tronc à demi-calciné, échoué là, sur les pierres qui prolongent, en léger surplomb, la langue de sable

      Pour lire ce texte il faut, en effet, fermer les yeux et s’écouter…

      enfin un peu, assez suffisamment, jusqu’à ne plus s’entendre,

      s’oublier dans la mer qui bruit et joue son éternelle symphonie

      Pour lire ce texte, qui à présent, bon gré mal gré, s’est inscrit, il faut avoir marché longtemps sur les petites pierres posées, sur la longue plage, comme autant de lettres

      Pour lire ce texte il faut se souvenir qu’un trente et un octobre on a été la mer et son oreille, les cailloux de sa plage, son arbre à demi-calciné…

      et la douceur des mots silencieux.

      Voir en ligne : PETIT CARNET DES BORDS DE MER

    • " Le RHUMB est une direction définie par l’angle que fait dans le plan de l’horizon une droite quelconque avec la trace du méridien sur ce plan. RHUMB est français depuis fort longtemps. Voiture a employé ce mot. Il existe même un verbe ARRUMER, car RHUMB s’est écrit parfois RUMB et parfois RUM. "
      Paul Valéry

      AUTRES RHUMBS

      "Et la mer était même" *
      Et la mer était l’autre
      La douceur de ses cendres
      Et sa verdeur de miel

      Et la mer était même
      Ses amers et ses rhumbs
      Que crayonnaient poètes
      celui né à Cète- l’Académicien -,
      Et, plus tard dans le siècle,
      le troubadour sétois
      qui y chanta sa Supplique.

      La mer n’est jamais même
      Même si souvent elle cède
      l’initiative au sel des mots,
      Compte tenu des vagues, des marées,
      et des caprices de la plume,
      incidents de l’esprit et de nos émotions...
      qui nous arrument.

      * François Bon

      Voir en ligne : AUTRES RHUMBS

  • Un de ces après-midis où, au pays inconnu, nous descendons dans ce petit bus blanc jusqu’à la B… beach. C’est l’hiver austral, la plage est déserte et froide, la promenade qui la longe juste parcourue par quelques silhouettes sombres sous le ciel foncé. Les arbres – je reconnais un banyan – encadre la baie presque close à l’horizon. Là-bas ce n’est pas l’océan, non, c’est une baie plus vaste encore sur plusieurs kilomètres, mais invisible, située de l’autre côté de ce petit univers marin où nous nous tenons, avec sa jetée, son ponton, ses deux ou trois restaurants peu fréquentés en semaine, – le rythme hivernal en bord de mer.

    Sur la jetée, un banc, le plus souvent désert. Aujourd’hui, le soleil et l’air chaud ont conduit deux personnes à aller s’y asseoir, et je ne sais si d’un seul coup je vois bel et bien ces deux personnes assises sur le banc ou si plutôt je me les représente dans mon désir récurrent d’aller nous y asseoir nous-mêmes, ne pouvant pas les autres jours à cause du froid, obligés de passer devant la jetée et le banc en ressentant si fortement le désir d’aller nous y asseoir, ce que nous n’avons jamais fait pendant toutes ces semaines, contraints donc de nous contenter de cette image de deux inconnus assis sur le banc, que nous rêvons d’être.

    L’ennui qui naît de la contemplation de la mer, surtout quand elle est calme, mais un ennui plein, puissant, chargé d’énergie au bout de quelques heures –on est comme envahi tout entier par le moindre nuage, par les mouvements de l’eau, on se laisse aller à l’ennui qui dans une chambre serait insupportable, on se laisse même submerger par cet ennui marin, au point qu’on irait bien le figurer, cet ennui, sur une toile, à la façon de cet aquarelliste toujours placé au même endroit et scrutant sans cesse le ciel et l’eau devant lui, aquarelliste dont je n’ai jamais vu le visage mais simplement observé la posture, toute de lenteur et de pénétration par ce qui lui fait face quotidiennement, son pinceau renouvelant toile après toile sa vision de la mer.

    Depuis cette table de café à côté d’une haute fenêtre enclose dans un mur épais, je fixe de brefs instants la baie, mon regard naviguant entre la page d’un livre et l’espace dehors, puis je laisse le livre pour suivre la venue d’une file de voiliers qui, à certains instants, ne sont que traits secs saisissant la lumière, – immobiles ils filent pourtant, dans l’objectif je peux discerner des hommes à la manœuvre, jusqu’au point où les bateaux basculent totalement et partent vers la gauche, visions brèves, impossibles à saisir, même muni d’un œil plus puissant je ne peux qu’être dépassé par cette vie maritime, en apparence si calme.

    Le dernier jour à cette plage fut débâcle, comme sur une scène de théâtre : vent fort, mer sombre comme le ciel, un vert profond dans les vagues que je n’avais jamais vu ici (jamais vu ailleurs ?), nos corps penchés sous la bourrasque semblables à des ombres avançant à toute allure sur la scène à la recherche d’un abri, juste un temps d’arrêt pour fixer ce petit îlot où je n’aurais jamais mis les pieds, où je ne mettrai pas les pieds aujourd’hui, comme chassé de cette plage, exclu de ce tableau où je n’aurais été qu’un figurant parmi tant d’autres.

    Voir en ligne : Pays inconnu (101) avec les photos

    • " L’ennui qui naît de la contemplation de la mer...mais un ennui plein...chargé d’énergie.."

      Extravaguer, chaque jour que mer fait

      Au-delà de la vague, de la raison.

      Chaque artiste, à condition qu’il poursuive son œuvre sa vie durant,

      Extravague, à sa manière, va-et-vient dans les choses humaines.

      Le vide et l’énergie, la ressource, le rebond incessants.

      Flottements des mots, de la couleur, de la matière.

      Sur le fleuve du temps qui va, comme chacun sait, nous perdre
      dans la mer...

      Voir en ligne : EXTRAVAGUER

  • Rien n’aurait bougé depuis des siècles hormis peut-être quelques récifs, à voir si cela pouvait se vérifier, et la peau de l’océan qu’on croyait lacérée jusqu’à ce que, les yeux s’habituant, l’on remarque qu’il s’agissait seulement des reflets des nuages (alors et eux, qui les griffait ?) ;

    Rien n’aurait bougé et nous non plus assis-là depuis tellement de temps que ça faisait de lourds paquets sur lesquels nous nous couchions pour dormir quand la fatigue devenait plus haute que nous ;

    Rien n’aurait bougé : on aurait voulu d’ailleurs remuer un peu que la crainte de rater quelque chose aurait été largement suffisante pour nous faire demeurer là, presque immobiles, tellement fondus dans le paysage que peut-être, quelque marin sur quelque navire passant au large nous aurait pris pour des rochers ;

    Ce qu’on guettait, personne ne le savait, personne n’y pensait, cela n’importait pas plus que le nom du vent ;

    Et donc rien ne bougeait et même pas nous, même pas lorsque nous nous demandions parfois si ce que nous regardions, ce n’était pas nous, seulement nous, à même ce miroir décalqués.

    Voir en ligne : Face Terres

      • J’aime bien la sensation d’un temps immuable ! merci.
    • " Ce qu’on guettait personne ne le savait, personne n’y pensait, cela n’importait pas plus que le nom du vent."

      Ou bien en admirant les cimes des livres et leurs océans, leurs vagues, clapotis, rochers, plages et leurs montagnes de rêves et d’illusions,du volume imposant au plus petit format, du chaos de leurs feuilles froissées, perdues, jusqu’au bâton d’écriture fine qui trace son carré cosmique -

      On s’oubliait heureusement soi-même, comme si l’on était de l’autre côté de la page, traçant cimes, abîmes, collines et petites mers internes,

      Dessinant, ce faisant, son portrait bigarré mais unique, que d’autres peut-être dévoileraient, longtemps après...

      Voir en ligne : DE L’AUTRE CÔTÉ DE LA PAGE

  • 24.8.11, 19:12

    Ce n’est pas la mer puisque celle-ci c’était avant, à Nice, et la rambarde de la promenade des Anglais avec, accrochée à elle, une reproduction de la Baie des Anges par Raoul Dufy. Les avions décollent dans la nuit à peu près toutes les minutes, il paraît que cet aéroport est l’un des plus dangereux de France, leurs lumières clignotent pour nous rassurer.

    J’imagine que je survole la Méditerranée, par le hublot j’aperçois Le Negresco, j’y ai bu une bière pas plus chère qu’à Paris.

    Non, ce n’était plus la mer mais, quelques jours plus tard (31 juillet) un lac, en Italie, et la minuscule ville de Sirmione avec son château surveillé par des escadrilles d’oiseaux noirs.

    Le lac de Garde est-il un coffre-fort mystérieux, un lieu perdu au milieu des terres, là où l’improbable pousse sans raison ? Les vagues sont petites, la marée restreinte au strict minimum, des cygnes jouent les figures de proue de vaisseaux invisibles.

    Je flotte paisiblement en faisant la planche mentale.

    Voir en ligne : Le Tourne-à-gauche

  • 1.
    ce jour devant le vent
    la face mer
    l’attente tendue sur l’eau

    2.
    devant le lendemain la phrase fuit
    matin ou soir faciles
    où la face s’efface

    3.
    encore le blanc s’enfonce
    le temps fonce
    dans l’eau les cris du récit

    4.
    la face mer haute dehors
    au fond de l’eau dedans
    les sillons haut et bas et sous c’est l’hier

    5.
    là devant l’horizon rhizome
    qui plante sans pluie ses racines
    le calme bruit encore ici

    Voir en ligne : http://marge-autofictive.blogspot.com/

  • grande impasse, face mer, horizon voilé, minéralité aussi, avec lune opposée, hérissement des rochers, rochers engloutis, horizon noir, voile noire sur horizon noir, l’Islande, fleuve qui s’inverse, baie nacrée, côte émeraude, iroise, mouvements de l’oiseau pélagique, du grand cormoran, fixité du souvenir, montée de la mer jaune, jusqu’à Aytré, camping déchiqueté, l’île dépecée en trois, mer immobile depuis hublot haut perché à 10000 mètres, vagues blanches qui ne retombent, nuit et loupiotes vert falotant des pêcheurs de la mer de Chine.

  • 1.Il y a quelques heures : dedans, mer côte de Moguerriec. Houle lente, gros dos des ondes comme animaux marins : cycle des vagues, cinq ou sept, les dangereuses, et répit de courte durée pour nager plus loin, vers le rocher où s’éternisent deux cormorans, et depuis l’eau saisie dans l’immensité, regarder jusqu’à devenir regard : là, ce roc dressé, angles aigus d’un immense visage, le guetteur de l’île de Pâques, on l’appelle. Plus loin, les figures serpentines de Creac’h Zu, et puis les éboulis sans nom : dessaisie des carriers, ou transport inabouti des peuples d’avant :Il faut la nage d’endurance et l’éloignement pour que la question rayonne à nouveau, à sa place. Reviens, ils disent.

    2.Même endroit, autre fois. Embrasser l’espace longuement avant de faire descendre la température du corps pour retrouver l’eau salée originelle. Perdre pied, longuement. Reconnaître le seuil intime. Jusque là, le ciel est bleu, on ne prend pas garde au changement, si rapide ici. Le rêve et l’immersion longue se fondent. Dans l’intervalle, la brume de mer s’est formée. On devine à peine les anciens contours mais toutes les parois glissent et ce qu’on nomme esprit s’élargit, flotte au bord. On continue mais le guetteur apparaît dans l’embrasure et soudain le froid, forme de l’inquiétude, prend les pieds, si doucement. On reconnaît chaque figure du chaos dans la côte prise par la brume. On devine le sable du bord : ils attendent, tous. Reviens, ils disent.

    3. On ne franchit pas la barre. Une leçon. Fracas, coups dans le dos, blancheur violente. Assommoir. Un bateau rentre vite au port. Sortir de là. Nom du lieu : la mauvaise grève. Plus personne. Là, c’est de justesse.

    4. Derniers jours : avec les enfants cette fois-là. Corps humide d’après. La mer en contrebas : ressac du coeur et penser.Les uns courent, les autres s’allongent. Ils ne savent pas qu’un jour j’ai trouvé à la lisière des vagues une bague avec au centre une pierre noire. Sauf le petit qui a dit : tu ne vas pas te marier avec la mer, quand même.

    5. C’est le chemin côtier : aller vers le guetteur. Mer : fracas d’émeraude tenu à distance. En marchant : la scabieuse, la mauve, les haies de tamaris et de fusain, les murets de granit, les champs d’artichauts romans et la broderie des choux à peine repiqués. Puis la fougère aigle, les mûres et le chèvrefeuille dans le carquois. Les linaires, le serpolet, le chaos métamorphique. S’asseoir au pied du guetteur, enfin atteint. Regarder la mer, infiniment. Avant de reprendre. Revenir.

  • La mer, je ne peux plus la regarder en face. Je ferme les yeux. Elle saura que je l’entends.

    Pour cadre, mes paupières. La mer est incolore. Tissée fibre par fibre avec chaque morceau de chair, elle tire et pousse par en dedans les organes, l’eau, le sang.

    Incolore, ce rythme de planète qui en corps chante. Oh, lune.

    Elle marchait pour la mer en elle, se fondre à ce rythme qu’elle sentait battre. Le cœur lui même enlacé d’elle. Mer en moi fille d’elle aussi fille d’une femme qui a laissé la lune faire de sa chair une petite mer mouvante.

    La lune qui nous dicte de fusionner encore tant que c’est possible avec le ciel noir. Ses poussières d’étoiles. La première chute. Le début de nous. Nage. Oh, mer.

    Voir en ligne : Les portes

  • A Sion-du-Bois
    Coque pourrie
    à marée basse
    Mais les grands jours
    C’est l’île d’Yeux
    Lunettes carrées

    Battue d’eau-mère
    dans les platures
    narines humides
    ce chien de mer
    Homère ! Reviens !

    Soleil couchant
    Courtines brasillent
    leurs semaisons
    La mer adonne
    ad libitum

    Saboulée guillochée
    Vague sculptée
    Coup de tabac
    Le peintre aiguise
    ses couteaux

    Mais l’amoureux dans la nuit blanche
    Ne fait plus bien la différence
    - mâle ou femelle ? -
    La mer gitane aux bandes biaises
    lance son poème

    jjd
    nuit du 24 au 25 août

    Voir en ligne : HOMÈRE ! REVIENS !

  • Southampton, 25 août, 8h30

    1. Alvéoles, multiples, lumineuses et blanches du LED. Alvéoles qui scintillent de désirs. Ville imaginaire, ville radieuse, peuplée d’envies et de secrets. Comme des papiers découpés victoriens, flottent, éparpillés détritus et balises sans but, sans trajectoire
    Rouli des vagues aux sonorités de métal. Vagues libres, charriant sable et coquillages dans les vagues fonds. La foule marine insuffle son odeur : embruns et empreints
    Des petits personnages de caoutchouc noir, luisent arrondis, irisés sur la planche, dos rond comme des chats. Sur la planche et en contre-jour, ils se dressent, bras perpendiculaires au corps sur l’arête de la vague qui déroule un non silence interminable raclant les fonds vagues… Et c’est la chute.

    Southampton, 25 août, 20h18

    2. Une balle orange sombre derrière le mur de la ville gondolée rebondit mollement. Une ville habitée qui ne s’éteint que si les paupières se ferment, qui veillent à ce que les paupières ne se referment jamais sur les yeux, ni sur la balle. Scintillement des lucioles qui apparaissent et disparaissent d’une position à l’autre. Message lumineux que l’heure décode. La balle orange de plus en plus molle, de plus en plus orange pur.
    La balle molle se liquéfie. Une masse noire et épaisse progressivement ronge la ville enténébrée. Les fonds marins grondent dans la fraicheur et l’écume apparaît soudain si blanche dans l’air iodée… Arrêt magique.

    3. Southampton, 25 août, 22h05

    Trou vaste, aspirant. Noir. Nettoyeur. Puits béant, bas fonds, qui aspirent râteaux, ballons, seaux, enfants et petits chiens d’appartements. Volets claquent au vent.
    Nappe noire, grasse, opaque capotant d’une croûte terrestre à l’autre. Ciel couvert sans lune, d’un noir plus clair, délimitant le trou aux fonds grondant plus fort. Trou à l’écho languissant, liquide épais nappant tout, grondant tout.
    Bords de nappe roulent à l’aveugle, viennent lécher tout ce qui se lèche : algues, poulpes, coquilles vides et château de sable s’affaissant. Bras de poulpes s’immiscent dans les tranchées, pourléchant les dunes par le dessous, roulent et se déroulent… La nappe s’épaissit, avance sur l’éphémère.

    Voir en ligne : Le baiser de la mouche

  • 1 - Pêcherie, senteurs de varech et de vase mêlés
    aussi carapaces vides de tourteaux échoués
    Marée basse, petit coeff
    Barques au loin à Trémazan
    Gris pâle de la mer confondu avec l’horizon
    Tout à droite "Les Gabiers" avec des parasols sur la terrasse
    Huitriers -pie sur la vase, cris de goélands

    Pleine mer 7 h 02
    Croix blanche du Guilligui sur l’ardoise du ciel
    Mer glauque, sombre
    recouverts et enveloppés les galets roses et les littorines
    Bordées bleues de l’Avel Mor
    Brutalité des vagues

    Kerviny, grande marée
    Ile Vierge
    Ilets découverts

    Grande cale
    Bateaux-scoubidous pleins d’algues à déborder
    Soleil couchant
    Barque et deux goëmonniers solitaires
    Leur charrette tirée par des chevaux

    Elle est "à la gravette"
    Fourche, seau
    Visage buriné
    Petits tas de sable fraîchement remués
    Traces de la fourche dans le sable mouillé
    Puces de mer et coquillages

  • 1. Mêlée de ciels sur l’horizon. La nuit hésite. Le Pacifique un instant ose des gris bretons.

    2. Les eaux grimpent sur le bleu blanchi par l’heure. Rien sauf l’argent furtif d’un banc d’aiguillettes. Midi bascule.

    3. Brusquement l’or. Un îlot s’avoue. Sable, la brume et les eaux se referment sur à peine la persistance d’une palme.

    4. Irruption sonore quant, piaillement solaire, à l’aube des bandes de perruches arrachent à la nuit son dernier souffle. Serrée, la mer abandonne au ciel le tracé du monde.

    5. Minuit. Un bal flottant glisse à la césure de l’ombre. Le Pacifique plonge ses phosphorescences dans les brèches de la voûte.

  • un banc devant l’estuaire
    face mer ou presque : atlantique garonne et dordogne
    en contrebas un mur
    sur la gauche murs de la citadelle vauban
    nuages lumière bleu gris ciel mer et vert arboré des îles
    une douceur possible de l’ennui

    un banc devant l’estuaire
    face mer avec rivières et lumière en bleu gris
    nuages étirés en bleu gris sur blanc ciel
    à portée de nages les îles et leur vert adouci
    une tendresse probable du bleu

    un banc devant l’estuaire
    face mer métissée fleuves et iles
    soleil avant crépuscule dans nuages gris violet
    liseré lumière sur l’île aux arbres
    un bateau sur le bleu presque nuit
    une esquisse d’infini

    un banc devant l’estuaire
    face mer eaux mêlées d’océan
    lumière matinale en bleu pâle et blanc de traine
    îles en vert poudré entre eau et ciel
    une femme en contrebas avec robe blanc sur bleu
    une fraîcheur sans adjectif et pourtant

    Voir en ligne : http://semenoir.typepad.fr/semenoir...