indisponibles : les éditeurs entrent dans la danse

ça sent le roussi pour l’opération de spoliation, édition d’État avec le soutien du SNE, et la BNF embauchée contre son gré pour les basses oeuvres


actu, lundi 8 avril
- des lecteurs qui refusent de devenir des relecteurs, lire cette analyse importante, placée du point de vue lecteur et droits du lecteur, accompagnée d’une pétition – elle s’appuie cependant sur notion de droit d’auteur inaliénable : dans mes 2 billets sur les indisponibles, j’ai fait référence à la loi sur la propriété intellectuelle, mais jamais à la notion même de droit d’auteur – on n’en serait pas là si la France n’avait pas créé pour le contrat d’édition, à cette époque c’était une avancée, une exception au droit commercial limité à 10 ans, et l’alignant sur la durée de la propriété intellectuelle – cette non-limitation à 10 ans renouvelables par tacite reconduction du contrat d’édition, qui n’existe ni en Allemagne, Italie, US ou CA, il y a longtemps que les agents littéraires la refusent, et de plus en plus d’auteurs ;
- hold-up sur les écrivains, point de vue de Georges Moréas, auteur dont les ouvrages se retrouvent dans le registre de réquisition d’État – le ton monte, et c’est justifié...
- ci-dessous, commentaires 17 à 26, un échange avec Alain Pierrot, ami que je considère comme haute référence dans les questions du livre et du numérique, au sujet de la question « vol ou pas vol » – une métaphore que j’ai employée, du livre comme éclair au chocolat, pour mettre en avant cette référence au texte dans son goût et son travail, notre artisanat d’auteur qui fait que je considère mes textes comme bien privé, a braqué Alain et je le regrette : je pense rétrospectivement, ce matin, que dans cette métaphore il y avait aussi, de mon côté, la non-pérennité éventuelle d’un texte, en tout cas pour ce qui concerne les 4 textes miens dont j’ai demandé le retrait. En tout cas, il n’y avait aucune volonté d’injure ni de schématisation dans cette métaphore, que je maintiens (suis plus gourmand qu’Alain, probablement). Je maintiens par contre qu’il ne s’agit pas, pour nous auteurs, d’un « débat » sur la réquisition d’État, imposée contre son gré à la BNF, mais d’une protestation où la colère n’est que l’expression de la violence qui nous est faite.

 

 

complément, dimanche 7 avril, les intouchables
- billet repris dans ActuaLitté, merci Nicolas Gary
- je rappelle idée force de ce billet : l’État consacre des centaines de milliers d’euros à la numérisation des fonds des gros éditeurs – mais ce n’est assorti d’aucune condition de commercialisation de ces fichiers, qui restent dans le coffre-fort des éditeurs pour maintenir l’offre légale dans un état d’insuffisance qui la déprécie – pour moi la notion de disponible ce serait d’abord de contraindre Gallimard, Editis et les autres à proposer en librairie les numérisations faites sur fonds publics ;
- autre idée importante : on nous dit qu’il ne tient qu’à nous de sortir du dispositif (« opt-out »), mais la démarche est infiniment contraignante – à nous d’en faire la preuve, et de le faire auteur + éditeur –, et si on ne le fait pas, le prestataire choisi par la BNF (sur nos sous) aura exclusivité de 10 ans sur notre travail ;
- autre chose que je n’avais pas explorée hier en rédigeant ce billet : un autre volet ragoûtant de l’opération #ReLIRE, État + BNF avec soutien SNE + SGDL, c’est qu’on ne touche pas aux auteurs sous droits, qui seraient pourtant les plus importants à libérer compte tenu de l’intérêt pédagogique ou patrimonial : cherchez à Boris Vian, à Pévert, à Henri Michaux, à Louis-Ferdinand Céline, dès lors qu’il s’agit de tire-lire vous ne trouverez RIEN. C’est aux petits qu’on prend, et seulement eux. Et on voudrait nous faire croire que ce n’est pas une histoire de gros sous concertée ?

 

note initiale, samedi 6 avril, 21h
- je rappelle mon billet initial auteurs, contre l’État voleur, réclamez vos droits, la contribution de Didier Daeninckx, je refuse d’être diffusé par un éditeur que je n’ai pas choisi, et la très importante réponse de Lionel Maurel, blog S.I.Lex à François Gèze, membre du soi-disant conseil scientifique nommé à titre rétrospectif, et dirigeant du SNE : ReLIRE : ce processus ne peut maintenant conduire qu’à une catastrophe.
- ce samedi 6 avril, nouvelle escalade, c’est à nous auteurs qu’on s’en prend, avec toutes les invectives possibles, comme s’il aurait fallu se faire voler sans rien dire – mais c’est simplement parce qu’une clé nouvelle advient...

 

indisponibles : les éditeurs entrent dans la danse


Rappelons quelques données de base : il y a un peu plus de 1200 éditeurs déclarés en France, si vous avez des chiffres plus exacts je suis preneur. Les 4 premiers font environ 60% du chiffre global, et les 1000 derniers à peu près 2% de ce chiffre.

Seulement, une large part de la création, la prise de risque, l’exploration, est le fait de cette constellation d’éditeurs artisans – voir là-dessus l’incroyable archive que constitue le Matricule des Anges (qui n’a jamais parlé de publie.net, sigh...), ouvrant mensuellement son journal à l’un d’eux.

Cette situation se reproduit dans la numérisation. Le SNE rassemble 400 éditeurs environ, et réserve sa direction, comme la direction de ses principales commissions (numérique en l’occurrence) à ses plus gros membres. Ils bénéficient déjà, et depuis plusieurs années, d’aides conséquentes (des centaines de milliers d’euros) à la numérisation de leurs fonds, aides attribuées par l’État via canal spécifique du CNL, et bien sûr le SNE est représenté dans cette commission. Ceux-là, ReLire n’y touche pas.

J’ajoute que les plus gros bénéficiaires de ces aides publiques à la numérisation ne se sentent pas pour autant obligés de commercialiser les epubs réalisés : merci de m’aider à préciser les chiffres, mais Gallimard par exemple a déclaré il me semble avoir 20 000 titres numérisés pour 2000 commercialisés – la notion de disponible, lorsque la numérisation est faite sur fonds publics, ça commencerait là. Et chacun dans le métier sourit (vert) au nom de maison parisienne qui a encaissé l’an dernier 300 K€ pour numérisation de ses fonds et n’a rien fait. Cet argent réservé à ce tout petit noyau de gros bénéficiaires des aides CNL, qui n’en font pas bénéficier en retour l’offre publique, il aurait été simple de le diviser en deux, et d’en proposer une des moitiés aux petits éditeurs pillés, en avance sur droits de commercialisation, on n’en serait pas là...

Le projet ReLIRE, c’est la constitution d’un registre inaccessible (même s’il a été piraté et reconstitué en fichier Excel à la diposition publique, mais hors BNF) incluant 60 000 titres, essentiellement des ragnagnas, c’est-à-dire des titres relevant de productions secondaires, travaux de commandes, publications ensuite reprises dans d’autres titres, sans l’avis des auteurs, et avec un dispositif inique pour demander le retrait : formulaire avec déclaration sur l’honneur qu’on est bien l’auteur de ses propres textes, carte d’identité, autant de fois qu’il y a de titres, moyennant quoi vous recevez une réponse comme quoi votre dossier est en instruction et sera traité... dans les 3 mois. Un dispositif inique de commercialisation, confiant à l’opaque SOFIA une part des sommes encaissées, sans aucune garantie ni précision quant à ce qui sera reversé aux auteurs en bout de chaîne, avec numérisation à la moulinette et beaucoup de bricolage (par exemple, le registre BNF n’est même pas capable d’intégrer les auteurs de livres collectifs...).

Je reviens sur un point, qui pour moi est très douloureux, encore ce soir après 2 jours à l’Escale du Livre de Bordeaux, croisé plein d’amis auteurs qui tous avaient lu mon point de vue sur les indisponibles mais n’’ont jamais fait un pas, de leur côté, pour une implication numérique que je considère vitale. Si dans ReLIRE nous avons recensé tous les auteurs de notre petite galaxie publie.net, si un des scandales de ReLIRE c’est de voir apparaître dans ce registre des titres que nous avons artisanalement et amoureusement remis nous-même en édition, et donc parfaitement disponibles, des dizaines ou centaines d’auteurs qui restent à l’écart du web ne sauront jamais que leur possession intime, la plus haute, ce qu’ils ont écrit, est bradé au nom de l’édition d’État. J’ai aussi relevé le scandale de ces auteurs majeurs de notre pays, qu’on va contraindre à la même paperasserie : Henri Maldiney, Henri Maldiney lui-même, 99 ans, notre maître des plus respectés, se voit volé de 2 livres, son Ponge, et son Avènement de l’oeuvre. J’ai utilisé le mot de goujaterie, je le maintiens. Deux textes d’Yves Bonnefoy, 94 ans : mais quand, QUAND Yves Bonnefoy aurait manifesté à quiconque qu’il ne décidait pas lui-même du destin de ses textes et à qui il les confie ? C’est rien, pour vous, Bonnefoy ? Moi il m’aide à vivre. Et je peux tenir la liste.

Admirons d’ailleurs l’hypocrisie : ça aurait demandé combien de temps, un script qui examine si les titres spoliés n’étaient pas déjà en circulation numérique ? Réponse : ils se sont servi de la base Électre... qui n’a jamais référencé la production numérique, se met tout juste à ce chantier, en se limitant pour l’instant aux livres simultanément papier et numérique. C’était d’ailleurs un des motifs du coulage (immense gâchis de fonds publics aussi) de 1001Libraires.

J’en viens au motif de ce billet : la non-implication web des auteurs me désole, même si je m’en console parce que du coup c’est place libre à la génération neuve. Mais la situation pour les petits éditeurs est symétrique : ils n’ont pas numérisé leur fonds, n’ont pas accès aux dispositifs de financement lourds mis en place, et, malgré les difficultés et l’érosion, ont choisi une politique de qualité, papier, typo, graphisme que nous rejoindre dans la diffusion epub. Ils savent se servir du web, à longueur de journée, de mails, de bases libraires. Si c’est un choix que je trouve incroyablement dommageable, leur non-engagement dans le numérique est une décision relevant de leur intime choix artistique, parce que ce n’est pas une profession seulement commerciale.

Et c’est là que ReLIRE a fait passer sa moissonneuse-batteuse. Alors ces éditeurs, qui ne se sont pas mobilisés au moment de l’élaboration et du vote de cette loi, opaque et confuse, découvrent quelques jours après nous l’étendue du pillage.

Pour les éditeurs (pas le SNE, les autres), la réaction est la même que celle des auteurs : un, ça nous appartient en propre, parce que c’est le meilleur de notre vie. Et la liberté de diffuser ou pas, nous appartient aussi. On ne vient pas piquer dans vos journaux intimes en disant : c’est écrit, ça doit être diffusé. Deux, le processus d’appropriation, et la lourdeur bureaucratique de l’opt-out est inadmissible. Je ne suis pas militant, j’ai assez donné merci, il y a longtemps. Convaincre est infécond, c’est l’axiome de Walter Benjamin que j’ai fait mien depuis longtemps, mes copains de publie.net me le reprocheraient assez d’ailleurs... C’est eux, les éditeurs, qui sont venus me parler, à l’Escale du Livre : tous venaient de faire, dans les tous derniers jours, la liste de leurs spoliations.

Et ça ne passe pas. Ce samedi soir, la loi sur les indisponibles a du plomb dans l’aile, parce que ce n’est plus une révolte d’auteurs, mais une levée de boucliers de ceux qui font ce métier, les centaines d’éditeurs qui ont en charge la création de littérature.

Moi je passe le relais. Mais je ne m’attendais pas à une réaction aussi forte. M’en a témoigné dans les premiers Jean-Paul Michel, 40 ans d’édition dans le légendaire William Blake : 9 livres spoliés, dont un Kenneth White, et les entretiens avec Pierre Bergounioux, Pierre qui a d’autres soucis que ces bassesses, mais qui m’avait demandé, toutes ces 5 années, de le laisser à l’écart du livre numérique. Eh bien c’est réglé, on va faire 5 titres ensemble, parce que l’amour que William Blake porte à ses ouvrages doit être la règle aussi pour le numérique. M’en a témoigné pareillement Colette Olive, fondatrice de Verdier : 15 livres spoliés, dont Bernard Simeone, ami et grand poète, grand traducteur, décédé il y a une dizaine d’années mais dont le frère, et quelques proches de l’ENS Lyon, préparent livre d’hommage et rééditions – la BNF mâche les morts et les recrache, sans aucun respect à leurs proches. Dont Armand Gatti, notre immense Gatti qui a connu un autre registre, celui d’Auschwitz. Les flics il y a 3 ans, le 11 juillet 2009, ont bousillé au taser l’oeil de son petit-fils Joachim, l’État revient et prend l’oeuvre-centre, La parole errante, comme il lui prend Le chant d’amour des Alphabets d’Auschwitz, comme si cette oeuvre était indisponible alors que les Gatti sont sans cesse à travailler, construire, porter. Et Gatti a 89 ans...

Même réaction pour Michel Valensi de L’Éclat, mais on vole un titre de James Sacré à un de nos plus fabuleux artisans de la typo manuelle, Djamel Meskache de Tarabuste (et son site), on dépouille farrago, qui depuis une faillite injuste se bat inlassablement pour la reprise d’un catalogue majeur, tant pis pour son môme au collège. Et quelle nullité, quand un de ces titres c’est le Koltès de Christophe Bident, dont une nouvelle édition est en préparation. Sans compter qu’avant farrago il y avait eu Fourbis et là c’est 55 titres dont André du Bouchet, Jean Daive, Calaferte, Emaz encore, Didier Cahen, Jacques Dupin à peine enterré, Esteban, Marmande, Albiach, Juliet, Beck, Collobert, Jabès, Leiris, Risset, Kojève : on bafoue la situation sociale d’un éditeur contraint au chômage par trop de risque pris, on l’écrase en lui marchant sur le corps... Vous n’auriez pas eu l’idée ou la gentillesse, pour le vol par effraction, sur les centaines de milliers d’euros octroyés pour la numérisation des gros du SNE, de faire porter un panier repas à Jean-Pierre ?

Idem on dépouille de 12 livres Cadex, dont la directrice se bat pieds et mains, depuis quelques mois, pour la création d’un café littéraire dans son village du Languedoc, avec des textes de Claude Minière, Lionel Bourg, Serge Pey qui sont le tissu vivant de la création poétique.

Ou plus de 80 titres pris au Dé Bleu, dont Pinson, Piquet, Piccamiglio, Vercey, Josse, Sacré encore, Dreyfus qui depuis que Louis Dubost a pris il y a 2 ans sa retraite d’enseignant et d’éditeur, ont tous repris leurs droits et la liberté de republier ces oeuvres dont ils ont besoin parce qu’elles sont leur vie. Et accessoirement, on mutile le courageux Cadex, qui a repris une part des livres en stock pour assurer la continuité du travail de Louis.

Et pareil pour Deyrolle, alors que François-Marie est en pleine recréation d’une nouvelle structure autour d’art et poésie, à qui on coupe l’herbe sous les pieds (29 titres, dont Emaz, Barnaud, Claude Louis-Combet, Klossowski même, et un texte à moi... depuis longtemps dispo sur mon site).

J’arrête, ça suffit. Chacun maintenant est allé vérifier les siens. Personne, il y a une semaine encore, ne se rendait compte de la portée du hold-up : eh bien c’est fait, et désormais la révolte va être portée par eux, qui savent ce qu’est un sou en fin de mois, le prix d’une rame de papier et d’un envoi de livre à la Poste.

À un éditeur comme POL, propriété Gallimard, en revanche on ne prend que 4 titres seulement, et sans doute vite 3, parce que j’imagine mal Olivier Cadiot accepter la spoliation de son Art Poetic’ – sans compter qu’un epub de l’Art Poetic‘ sera un véritable massacre vu la mise en place typo.

Et conclusion optimiste : dans 3 mois, si cette horreur n’est pas fichue en l’air, ce sera encore 60 000 titres (ils veulent aller à 500 000) et il faudra recommencer la paperasserie. Recommencer de regarder horrifié le pillage des livres d’Henri Maldiney et des autres...



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écrit ou proposé par François Bon _ licence Creative Commons BY-NC-SA (pas de © )
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 avril 2013
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Messages

  • C’est complètement anecdotique, mais pour te consoler (???) que Le Matricule des Anges n’ait jamais parlé de Publie.net, il n’a jamais parlé d’aucun de mes livres non plus... :-)
    Plus sérieusement, je suis content que ce mouvement prenne de l’ampleur et témoigne du poids d’un site comme le tien et de la communauté des lecteurs/internautes !
    Keep up the good work, Man !
    Marc

    Voir en ligne : martinwinckler.com

  • Et ton guide Larousse des séries télé, Marc, plus le Larousse sur la science-fiction...

  •  Ce projet de numérisation des œuvres indisponibles est, avant tout, un projet patrimonial. Il s’agit d’éviter que la plus grande partie des livres publiés au vingtième siècle soit oubliée par la numérisation, que cette production écrite (et déjà publiée, mais devenue introuvable) demeure à l’écart du web, ou plutôt qu’il faille attendre près d’un siècle (le temps que les œuvres concernées tombent dans le domaine public) pour que cette numérisation puisse s’effectuer.
    Ce projet est un projet collectif. Cela exige que chacun de ceux qui le portent n’ait pas uniquement en tête son propre intérêt, mais en premier lieu l’intérêt public. Il est certain qu’il n’a aucune chance de voir le jour autrement. Les auteurs se préoccupent du devenir de leurs œuvres, les éditeurs s’inquiètent de celui de leurs catalogues. Les uns et les autres pourraient cependant se réjouir d’apprendre que certains de leurs titres devenus inaccessibles vont pouvoir trouver une seconde vie, rencontrer de nouvelles générations de lecteurs, être utile à une recherche, apparaître dans les résultats d’une requête, aider un étudiant à comprendre ou découvrir un concept, offrir au curieux la surprise d’une rencontre au détour du web. En effet, si quelques uns des titres connaîtront probablement, une fois numérisés, un nouveau destin individuel, c’est essentiellement le corpus numérique que constitueront ces titres qui représentera le principal intérêt pour le public. Il existe plusieurs raisons à cela, qui toutes tiennent à ce que permet la numérisation d’un livre : pas seulement son stockage sur un serveur, et son acheminement immédiat via le web en n’importe quel point du globe. Numérisé, un livre peut être lu non seulement par des êtres humains, mais aussi visité par des robots. Un livre, aussi obscur soit-il devenu, aussi profondément tombé dans l’oubli soit son auteur, peut apparaître, à partir du moment où il peut être lu par un robot, parmi les résultats d’une recherche sur un moteur. Et cette numérisation d’environ 300 000 ouvrages prend alors la forme d’un territoire d’une extrême richesse, à portée d’exploration de tout individu connecté. Exiger que l’accord préalable de chaque auteur ou ayant-droit soit obtenu avant la numérisation ? Cela aurait été l’idéal, mais cela aurait malheureusement rendu le projet tout simplement irréalisable dans un délai et un coût raisonnables. Tous les éditeurs qui ont numérisé ne serait-ce que quelques dizaines de titres de leur fonds connaissent le temps qu’il faut passer pour chaque titre pour en obtenir les droits numériques, et ce temps s’allonge d’autant plus que l’on remonte dans le temps et que les ayants droit sont difficiles à trouver. ,
    L’objet de ce projet n’est pas, à l’évidence, de créer une activité hautement lucrative à partir des œuvres indisponibles. Alors pourquoi un modèle payant ? D’une part, il importe de rémunérer les auteurs et ayants droit des œuvres qui se trouvent rééditées à travers ce projet. D’autre part, il est nécessaire de financer la numérisation de ces centaines de milliers d’œuvres. Et cette numérisation, concernant des œuvres dont la plupart ne disposent pas d’un fichier numérique destiné à l’imprimeur, exige une phase de scann, puis d’OCR, enfin de correction. Il faut également établir les métadonnées de chaque œuvre, en agrégeant différentes bases, celles-ci étant hétérogènes. Tout cela a un coût très élevé, qu’il convient de multiplier par un nombre lui aussi élevé. Il a fallu d’ailleurs à Google d’autres perspectives que la vente des livres ou des abonnements pour s’intéresser à un projet équivalent : il s’agissait pour la société californienne d’agrandir son « terrain de jeux », d’être en mesure de lancer ses robots à l’attaque de millions de textes en plusieurs langues, augmentant d’autant la pertinence de ses réponses, la valeur de ses espaces publicitaires, et ses recherches en ingénierie linguistique.
    Bien sûr, en l’absence d’un tel projet, quelques uns de ces livres indisponibles auraient certainement un jour ou l’autre été numérisés par leurs éditeurs initiaux. Bien sûr, certains auteurs se seraient avisés de republier eux-mêmes en numérique leurs livres épuisés. D’autres en auraient confié les droits à de nouveaux éditeurs. Des œuvres orphelines, numérisées avec le budget des bibliothèques, seraient également progressivement remises en circulation. Et les visées des auteurs et des éditeurs concernant des titres aujourd’hui indisponibles ne sont pas menacées par le projet, qui prévoit qu’un éditeur ou un auteur qui décident de rééditer par leurs soins une œuvre, puissent l’extraire du dispositif collectif.
    En l’absence d’une démarche globale et d’un processus de numérisation de masse, la grande majorité des titres du XXème siècle ne sera tout simplement jamais numérisée, créant ainsi un « trou » de plus de 70 ans dans la numérisation des œuvres de l’écrit, entre le domaine public dont la numérisation va bon train et les livres toujours commercialisés, qui paraissent aujourd’hui quasi systématiquement au format numérique en même temps que sous une forme imprimée.
    Le projet DPLA initié par Robert Darnton aux USA se confronte, ou va se confronter rapidement, à des problèmes très proches de ceux auxquels doit faire face le projet français, comme l’indique ce récent article de The Verge :

    « Les seules choses que cette nouvelle institution [la DPLA] doit encore régler sont de trouver de l’argent et des développeurs de talent, de sensibiliser le public, de trouver un équilibre entre les intérêts d’une grande quantité de parties, issues du public ou du privé, commerciales et non commerciales. Mais bien que ces obstacles soient considérables, ils sont peu de choses en comparaison de la force d’inertie qui aurait pu empêcher le DPLA d’exister. La chose existe. C’est le point le plus difficile, et c’est ce qui compte. »

    Voir en ligne : http://www.archicampus.net/wordpress

  • merci, Virginie, de ton passage et de ton intervention – je te serais cependant reconnaissant, compte tenu de la disproportion entre un auteur sans ressource et la puissance du syndicat que tu représentes, et des commissions auxquelles tu participes, soit au nom de ce syndicat, soit au nom de ton employeur, de bien vouloir réserver tes analyses au site du SNE, vous disposez de tous les canaux d’intervention possibles, d’un constant lobbying auprès des pouvoirs politiques, alors un minimum de décence : j’ai le droit de m’exprimer chez moi, exprimez-vous chez vous

  • Nous avons ce débat depuis des années, toujours tu me renvoies à mon rôle professionnel, toujours tu m’assignes ce rôle de porte parole. J’ai écrit ici ce que je pensais personnellement de ce projet. Je ne représente personne d’autre que moi quand je viens commenter ici, ou quand j’écris sur mon blog. Si tu me chasses, ce n’est pas le SNE que tu chasses, ni mon employeur. C’est simplement moi. Mais tu en as le droit. Tu es chez toi.

  • dont acte, Virginie, et cela n’enlève rien à l’estime,mais là il s’agit d’une spoliation grave de biens privés, avec des questions précises
    derrière ces décisions, lois,manipulations de fonds publics il y a des commissions, auxquelles participent des gens nommés ès qualités, et c’est facile de se dédouaner de toute responsabilité parce qu’il est 5 h du soir
    il y aurait un minimum de décence à l’assumer, le débat y gagnerait

    Voir en ligne : http://www.tierslivre.net

  • Suis d’accord avec François sur ce dernier point (et pas que là-dessus (et je comprends l’urgence d’écrire mais a posteriori, tu rétabliras « Serve Pey » en « Serge » et « Claude-Louis Combet » en « Louis-Combet »)).
    On ne peut pas à la fois œuvrer dans un cadre professionnel qui produit certaines actions (lois, même !) et s’extraire de ce cadre pour aller causer main dans la main avec ceux que les actions produites professionnellement dérangent ou spolient. C’est comme si des patrons et des cadres d’usine voulaient discuter dans une manif avec les employés qu’ils ont promis de licencier.
    Le web et les réseaux sociaux ont donné l’illusion que tout le monde il est copain, qu’il suffit de quelques bonnes blagues en 140 ou des photos des enfants en vacances et qu’hop on est « amis » à la vie à la mort alors que, tiens prends ça dans la gueule (car), dans le cadre de mon métier je te considère comme une marchandise dans un listing et te spolie par la rafle désordonnée et « légale » de tes « indisponibles » à quoi tu peux dire non si tu veux mais ça va être compliqué parce qu’on t’a mis des chicanes partout...
    On n’a peut-être pas de place dans le virtuel et on joue avec ça mais tant qu’on est vivant on a une place physique réelle, et professionnelle, et sociale, et c’est quand même de là qu’on parle et qu’on doit assumer. Sinon, c’est de la duplicité ou de l’inconséquence.

    Voir en ligne : http://www.berlol.net/jlr2/

  • « Sinon, c’est de la duplicité ou de l’inconséquence. »
    Juste une paranthèse. Sans le contexte complet, je vais peut-être me faire assassiner, mais il y a aussi le steak sur la table. Avoir un métier dans une entreprise ne veut pas dire que l’on soit 100% d’accord avec son employeur. Va être difficile de travailler pour de nombreuses personnes.
    De discuter de la différence d’opinions avec une personne, +1. De coller à une personne son statut dans la face à chaque fois que la personne ouvre sa bouche, pas cool. Débat sur le fond pas la forme.

    Voir en ligne : http://www.la-grange.net/karl/

  • En effet. Récemment, une amie de la BnF m’a écrit qu’elle n’était pas personnellement d’accord avec cette loi. Aussi ne prend-elle pas part au débat, pas même en copiant-collant des avis « corporate » qui ne seraient pas les siens...
    De cette façon, le devoir de réserve ne signifie pas l’obéissance aveugle.

    Voir en ligne : http://www.berlol.net/jlr2/

  • merci Patrick et Karl de la visite
    Karl :
    - exactement pour la même raison que tu ne mets pas de commentaires sur ton blog et demande à tes visiteurs de te répondre sur leur site, je demande aux gens du SNE (ce serait pareil avec SGDL) de répondre via leurs propres canaux et de ne pas venir encombrer mon site
    - il ne s’agit pas d’un « débat » mais d’une protestation contre un vol qualifié, une réquisition d’État, avec un « opt-out » utilisant une paperasserie et un vocabulaire infâmant, donc un peu marre d’être traité de « pas cool » (au moins, toi tu as l’épithète amicale) parce que, spolié de ce que nous avons de meilleur, on ose dire aux voleurs que ça ne nous plaît pas
    ce contexte français de mépris et de bureaucratie me dégoûte de plus en plus, et m’induit de plus en plus à une position de repli – mais il faut bien en désigner les processus et les responsables
    il y a dans mon billet des questions précises, notamment sur les centaines de milliers d’euros attribués aux gros éditeurs pour numérisation de fond, alors que ces textes numérisés restent ensuite dans leurs coffre-forts sans ajouter à l’offre légale
    de même leur politique d’obstruction systématique au développement de la lecture numérique en maintenant artificiellement leurs prix au-dessus du prix de la littérature en poche
    en maintenant une offre légale croupion, ils s’imaginent s’adosser le dos à la porte et trouvent que c’est mieux que de tenter une vraie transition vers le numérique, comme si ce n’était pas irréversible – en attendant, c’est nous, les acteurs neufs, qui en éclusons les frais
    je ne vais pas m’obstiner longtemps dans ce terrain où on nous force sans arrêt, hostilité et agression, à supporter des coups bas et une permanente mise en cause – j’ai mieux à faire, et mon site justement représente cet espace de liberté qui m’est vital pour l’écriture
    mais ce n’est pas pour aller m’incliner et remercier devant le sacro-saint rouleau compresseur du fric : oui il y a des décideurs, oui il y a un nombre restreint de commissions où on retrouve toujours et toujours le même nombre restreint de personnes, oui il s’agit d’argent public et de son utilisation et nous avons quand même notre mot à dire
    pour Patrick/Berlol :
    - la réaction que tu évoques, personnels de la BNF, à tous étages de leur hiérarchie, scandalisés par le rôle qu’on leur fait jouer et la mutation du rôle de cette institution, est en train de faire tache d’huile aussi – je n’ai jamais confondu personnes et institution – mais c’est différent lorsqu’il s’agit d’une institution d’État et d’un Syndicat patronal

  • Bonjour François (& alii)
    Les tenants du camp adverse présentent la particularité de tous répéter les mêmes formules - tout en clamant haut et fort qu’ils « pensent par eux-mêmes ». L’une de ces formules automatiques consiste à déplorer l’aspect passionnel pris pas le débat, et « l’excès » que les floués mettent dans leur réaction. Cette position n’étonnera personne, au vu de la valeur intrinsèque qu’accorde V. Clayssen au fait que les livres puissent être visités / lus par des *robots* (elle a beaucoup insisté là-dessus). Les robots sont des créatures à sang froid, et ceux qui leur rendent un culte... de même.
    Il est bien facile de maintenir le débat au niveau des chiffres, des perspectives financières et technologiques et de tout ce patacaisse numérico-collectiviste, lorsqu’on ne fait pas partie des floués.
    Ils ne voient tout simplement pas que ce nouveau « collectivisme » dont on nous rabat les oreilles n’a pas du tout le même goût, vu du côté de ceux à qui on prélève, de force, la manne. Et encore moins s’ils sont voués (voire obligés !), comme beaucoup d’auteurs, à l’exercice de la pensée, et de la philosophie.
    Je comprends ton dégoût, et ton réflexe légitime de repli, cela prouve que tes systèmes de survie fonctionnent.
    J’espère, toutefois, que tu n’y cèderas pas avant que tout espoir ne soit perdu.
    Ils tenteront de nous culpabiliser, de nous donner ce mauvais rôle « d’enfants attardés opposés au bien public » et de déplacer le débat sur « le numérique et le nouveau monde qu’il fait naître », évidemment. C’est un outil d’usage dans ces cas-là. Et ce n’est pas aisé à vivre, certes, je ne prétendrai pas le contraire. Mais il est capital de résister. Toutes les dictatures, qu’elles soient historiques ou fictionnelles, ont besoin de sabrer le concept d’individualité au profit d’un supposé « intérêt de masse » pour s’établir. Cela passe par la dévalorisation des idées, de la création, et de ceux qui en sont les vecteurs.
    Ce qui est en jeu, alors, ce n’est pas le droit d’auteur, mais la façon dont, demain, on envisagera l’homme (l’individu) par rapport à la collectivité.
    La création n’est pas le seul droit que l’on peut aisément limiter ou abroger, si l’on souscrit à l’idée que « le bien public » a préséance sur les droits fondamentaux des individus qui composent son corps.
    Certains riront et diront que c’est une crainte « excessive », encore. On se souviendra, pourtant, que beaucoup de minorités n’ont pas quitté l’Allemagne, en 39, sur la base d’une telle illusion, et en ont subi les conséquences. C’est toujours ainsi que cela commence. Et c’est maintenant qu’il faut s’en préoccuper.
    A quoi bon jeter sur le web des milliers de livres, alors que les gens lisent si peu, et si mal ?
    J’ai ambition, pour ma part, (ni Nerd que je puisse être, comme beaucoup d’adeptes de Science Fiction), d’être « visitée par des êtres humains » (ou toute espèce extraterrestre douée d’intelligence et de sentiment) et pas de leur substituer, à mon détriment comme au leur, les Spiders des moteurs de recherche. La lecture par snipets, générée par cet overfux d’information, nuit à la lecture tout court, et à la compréhension plus encore (comme brillamment démontré par Jaron Lanier, figure de premier plan de l’univers informatique). encore un cas où la quantité nuit à la qualité.
    Continue à « beugler », François, quoi qu’ils en disent. Et garde espoir. Regarde, même dans les discours robotiques que l’on vient te servir jusque dans ta chambre il y a matière... Car ne t’a t-elle pas dit :
    « Ce projet est un projet collectif. Cela exige que chacun de ceux qui le portent n’ait pas uniquement en tête son propre intérêt, mais en premier lieu l’intérêt public. ***Il est certain qu’il n’a aucune chance de voir le jour autrement.*** »
    « Aucune chance » ? Douce perspective. :-)
    *NOUS* avons en tête cet intérêt public, et pas eux. Voilà ce qui n’est pas compris. Qu’il n’est pas question d’un cas d’espèce, ou d’une niche, mais des bases d’un virus qui,si on lui ouvre droit, pourra se diffuser dans beaucoup d’autres sphères, puis dans l’intégralité du corps social.
    Je ne sais pas si le « public » verra à la fin que ceux qui le défendent ne sont pas ceux que l’on crois. Que son meilleur intérêt n’est pas ce déversement chaotique de données,- comme s’il fallait à TOUT PRIX sur-gonfler cette grenouille webbienne pour en faire un boeuf, vite, vite *vite*. Mais au contraire de parvenir à un résultat similaire de façon réfléchie, cohérente, soucieuse de l’intérêt non d’une « masse » (car un peuple n’est jamais un tissu homogène) mais de chacune des parties qui la constitue. En commençant par ceux qui, concrètement, ont *seuls* fourni cette matière.
    Tandis qu’ils se préoccupent du « trou noir » du XXeme siècle, ces mal-pensants et mal-penseurs ne voient pas qu’ils sont en train de bâtir celui des siècles à venir. Le premier n’existait qu’en partie, dans la niche du numérique. Le second avalera le monde de la pensée, et ce qu’il reste de notre humanité.
    Heureusement, François, il reste encore pas mal de gens qui pensent droit, dans ce pays comme ailleurs. Et tout un vivier, encore, prêt à entendre la vérité sur cette situation, si on la lui donne à entendre. Si ceux là finissent par voir à quel point ils sont en train de se faire berner... nous pourrons faire prévaloir la Convention de Berne. ;-)
    Dans l’intervalle, de grâce, reste vivant, passionné, et passionnel. Si la passion ne valait rien, on n’en ferait pas des best-sellers.
    Good night and good Luck
    Léa S.

    Voir en ligne : https://twitter.com/Eless_Maneeganz

  • Est-ce cette habitude de lire des dystopies qui m’a rendu (ainsi que Lea ;-) ) si méfiant envers l’homme et la technique ? Envers le « bien public » qui justifierait tout ?
    Je ne sais.
    A la fois une méfiance, mais aussi un espoir d’autre, et un émerveillement de la technique qui nous pousse malgré tout à y voir les bons côtés, sans toutefois abandonner notre esprit critique.
    Je me surprend donc à être un fervent vecteur du livre numérique, à critiquer ou moquer gentiment les gens qui rechignent à s’y engager. Mais il faut raison garder et garder l’humain comme priorité, et non l’humanité ou un moins large « public ».
    Il me semble que c’est également cette position que tu prends, François, à pousser l’aventure numérique, tout en protégeant ces racines et tout le passé « papier ».
    Un bien bel hommage que les partisans de ReLire donnent là aux « géants » sur les épaules desquels ils hissés. Était-il nécessaire d’y faire dégouliner un seau de sangsues ?
    Je suis le premier à militer pour une conservation des livres, et c’est en son nom que je hurle à la mort à chaque DRM que je croise. Mais faut-il en son nom spolier les auteurs ? Je ne crois pas.

    Voir en ligne : readingandraytracing.blogspot.fr

  • @Virginie Clayssen : avoir en tête « en premier lieu l’intérêt public », c’est très beau, mais lorsque l’Etat exproprie pour tracer une ligne de TGV, dans l’intérêt public, il en informe l’exproprié avant l’arrivée des bulldozers, qu’il puisse au moins réunir ses affaires avant de partir. Que les droits des auteurs non connectés au web, donc tout simplement pas au courant, passent à la trappe et soient récupérés par d’autres, est intellectuellement indéfendable. Et contraire à l’intérêt public, c’est à dire le respect de tous.

    Voir en ligne : http://christinejeanney.net/

  • François,
    Je trouve comme toi qu’il y a beaucoup d’anomalies
    1. la loi elle-même
    2. la gestion du projet ReLIRE
    Pour mieux comprendre là où sont les ratés, je préfère le faire en identifiant les points douloureux et problématiques et sans les mélanger. Tu me connais je ne travaille ni pour la BNF, le SNE, etc. Je n’ai rien à gagner ou à perdre, juste mon désir de mieux comprendre.
    Le danger à propos du numérique n’est pas celui de la numérisation mais des empires comme Apple et Amazon sur les circuits de vente. Le vrai danger de capture et de pouvoir est là, ceux qui gagneront dans tout ce débat sur la littérature numérique. Et puis la numérisation, ce n’est pas là que se passe l’acte créatif (on the Web vs of the Web), mais c’est un autre débat.
    Pour ma part, je n’ai aucun émerveillement pour la technique, en revanche je trouve formidable les objets qui permettent la création. Les rêveries se trouvent partout pas plus, pas moins sur le papier, la radio, le cinéma, le Web.
    Dénoncé les mécanismes de l’état, y être opposé, etc. Personne n’a le droit de t’enlever ce droit, et la mobilisation que tu réalises afin d’aider ceux qui ne savent pas afin de les informer et de pouvoir prendre leur décisions par eux-même, c’est excellent.
    Note que dans mon commentaire je ne réagissais pas sur l’attaque de fond (sur laquelle j’ai une opinion différente bien que pas pour ce qui se passe en ce moment), je réagis uniquement sur la confusion entre personne et institution. On transforme vite cela en chasse aux sorcières. En revanche on peut tout à fait décider de bannir une personne d’une conversation dans un blog, cela ne me pose aucun problème puisque le Web offre cette possibilité justement de liberté de publication. Ceci donc pour éclairer ou donner du contexte au commentaire précédent qui était d’ailleurs une réaction à Berlol. :)

    Voir en ligne : http://www.la-grange.net/karl/

  • François, merci pour les articles au sujet de ce projet des indisponibles. J’ai écrit cette semaine à la BNF pour m’opposer à la republication d’un roman, L’alouette lulu, qui se trouvait sur la liste. La perspective d’avoir un texte republié par on ne sait qui ou on ne sait quoi sans en être avertie auparavant est stupéfiante. Oui, sensation d’une dépossession de grande violence. L’auteur comme celui ou celle qu’on peut finalement écarter d’un coup de robot, laisser de côté comme quantité négligeable. DD

    Voir en ligne : http://remue.net

  • merci, Karl, de recentrer ça sur le terrain de la rêverie : c’est précisément parce qu’il s’agit de nos rêves que l’État ne peut venir ratisser nos fonds de tiroirs et s’approprier ce qui est pour nous le lieu et la matière de ces rêves
    le seul enjeu qui me fasse tenir (pour l’instant, parce que de plus en plus de fatigue) dans ce concept d’édition numérique, c’est précisément l’effort qu’existe notre démarche littéraire « dans » ces lieux de médiation contrainte que sont iTunes ou le KindleStore
    le lieu de liberté et d’écriture, c’est ici, dans le site – mais une démarche d’État qui nous dépossède de cette liberté même, pas question – c’est le symbole moral qui est en cause, en dehors de ces immenses gâchis de fonds publics dans d’obscures usines à gaz toujours au service des mêmes gros, alors que pour nous tous la précarité est devenue la constante

  • « si on ne le fait pas, le prestataire choisi par la BNF (sur nos sous, et donc payé 2 fois) aura exclusivité de 10 ans sur notre travail ; »


    Inexact :
    1° La BnF, si je lis bien le dispositif, sera en charge, le cas échéant, de la numérisation, donc du choix du prestataire technique. (Cela soulève des questions intéressantes sur le contrôle de qualité… encore à examiner ;-) )
    2° La Sofia (ou toute autre SGCD agréée) sera en charge de trouver le nouvel éditeur/distributeur qui commandera la numérisation et exploitera l’ouvrage numérique. Le texte de loi fixe une durée d’exclusivité de 10 ans, renouvelable par tacite reconduction, pour l’éditeur initial — et uniquement lui. (À titre personnel, je trouve ça particulièrement contestable — et cela aurait dû être relevé dès le 1er mars 2012 !
    http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025422700&categorieLien=id ).
    Les éditeurs tiers qui se porteraient (porteront ?) candidats recevront de la Sofia (ou toute autre, etc.) un droit de publication non exclusif, pour cinq ans. (À titre personnel, je trouve ça assez injuste, pour un éditeur qui va assumer le risque de rembourser en cinq ans les frais de numérisation.)
    En tout état de cause, la Sofia (ou toute autre, etc.), sera garante de la perception des droits d’auteur et de leur répartition aux ayants droit, sur la base de 50% à l’auteur ou ses héritiers, et 50% à l’éditeur initial. (À titre personnel, je trouve ça particulièrement contestable — et cela aurait dû être relevé dès le 1er mars 2012 ! http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000025422700&categorieLien=id ).
    On peut essayer de réordonner la discussion, en évitant d’invalider de justes questions par des diatribes trop aisément démontables ?

  • merci de ton intervention, Alain –
    prouve bien l’opacité du dispositif, leur impossibilité à l’expliquer clairement, et la multiplication d’intermédiaires encore plus obscurs comme la SOFIA
    en tout cas ces procédés sont déplorables, et le racket de l’État ce n’est pas une diatribe, juste un constat
    marres des gâcheurs, marre des gâchis (marre de la misère aussi : disons qu’on s’en débrouille, mais quand on vient nous dépouiller de ce qui reste, pas se plaindre qu’on réagisse)

  • Justement, il faut bien préciser les termes ! Il n’y a pas, à mon avis, spoliation de part de l’État, dans la mesure où le dispositif instaure la prolongation de l’exploitation des ouvrages indûment bloqués par l’éditeur initial (pour quelque raison que ce soit) et la désignation d’une instance de répartition des revenus. Et le dispositif n’implique que la délégation du transfert de décision sur les droits de numérisation à une SGCD.
    Le débat ne peut porter là que sur l’abus de pouvoir pour la délégation d’édition (de l’ordre du droit moral) et la procédure d’acceptation tacite.

  • aucun problème, Alain
    l’important c’est que ça puisse se faire sans nous
    moi je ne m’occupe que de mes 4 titres spoliés, j’ai demandé leur retrait
    j’ai constaté hier que la réaction des petits éditeurs spoliés tendait à s’étendre comme tache d’huile, avec grande virulence – tant mieux mais je n’y suis pour rien
    par contre ces conditions de « l’opt-out » sont méprisantes et insultantes, plus cette « instruction » qui est le monde à l’envers : c’est le volé qui doit faire la preuve pour le voleur
    et ça c’est impardonnable
    de même que j’ai honte qu’on fasse supporter ce traitement à des gens comme Gatti, Maldiney, Bonnefoy (et ils ne doivent pas être les seuls) qui ont respectivement 89, 94, 99 ans – c’est encore plus honteux de s’en prendre à eux, qui sont l’honneur de notre pays, que tous ces morts à peine refroidis, Simeone, Metz, Esteban, Dupin et plein d’autres, à qui on pique leur travail dans cette machine bureaucratique, dans un pays où les lois sur la propriété intellectuelle avaient jusqu’ici été respectées
    là c’est pas du juridique, c’est juste de la honte

  • Attention aux termes ! Où y a-t-il ’vol’ ?
    Là où une exploitation était bloquée, par carence de l’éditeur initial (pour quelque raison que ce soit, à nouveau), le dispositif donne une chance de remise en exploitation et instaure un responsable du versement des droits. Il n’y a pas ’vol’, ou je ne mets pas le même sens sous le terme !
    Je suis d’accord avec toi, la mise en tutelle automatique des auteurs concernés est une atteinte à votre liberté de décision en tant qu’auteurs et que citoyens, jusqu’à, éventuellement, un droit de retrait.
    Cela dit, droits des lecteurs (je passe là à une position qui devrait être celle des bibliothécaires, tant de lecture publique que de recherche), et, - à mon sens — droits des citoyens méritent considération sur la garantie d’accès à ce qui a été ’publié’, conformément à la volonté momentanée d’un auteur.

  • si, Alain, et il ne sert à rien d’ergoter, la BNF a déjà perdu la bataille là-dessus
    ces 4 textes m’appartiennent, et m’appartient aussi en plein le droit de choisir comment je les diffuse
    pour rappel : « Limite » en accès intégral, édition commentée et révisée, sur ce site dans la partie Premium, « 30 rue de la Poste », texte d’intervention lié à des ateliers d’écriture avec jeunes adultes, qui ont droit aujourd’hui, dans leur chemin de vie, de ne pas être confrontés avec cette logique qui a été la nôtre à l’époque, « Le Solitaire », texte d’accompagnement des gravures d’un ami artiste, repris ensuite dans autre livre, + 1 étude sur Aragon ds 1 livre collectif et dispo en accès libre depuis longtemps ici
    ces textes ont été saisis sans nulle sollicitation ni autorisation par la BNF, c’est une appropriation abusive, et totalement injuste la situation qui m’est faite d’avoir à justifier « sur l’honneur » d’en être l’auteur, plus envoi de 4 formulaires avec copie de carte d’identité, pour une « instruction » qui durera 3 mois
    oui, vol, intrusion dans ma maison d’écriture, fouille de fonds de tiroir
    et pour ce qui est de publie.net, reprise indue de textes édités par nous-mêmes, dont « A louer sans commission » de Daeninckx pour lequel tu nous avais toi-même donné un fameux coup de main ! c’est une volonté de sabotage qui est inacceptable, quand des outils techniques simples auraient permis ces vérifications élémentaires
    c’est tout ça qui me dégoûte, l’arrogance d’un monde en cravate qui n’a jamais ouvert un bouquin de littérature et qui traite ça comme un genre de bétail en masse
    de toute façon le débat n’est plus ici

  • « ces textes ont été saisis »
    Non, leur avatar FRBR en tant qu’« œuvre » a été proposé comme œuvre indisponible, à partir de l’indisponibilité des versions imprimées.
    On peut reprocher au dispositif d’être négligent quant à la recherche des versions numériques (mais la BnF a été explicite sur sa difficulté et sur ses sources actuelles d’information).
    On peut reprocher au législateur de s’emmêler les concepts entre œuvre et ouvrage, propriété intellectuelle, etc.
    On ne peut pas dire que ces textes (ou leur[s] avatar[s] imprimé[s]) ont été ’saisis’. Ce n’est pas le cas, factuellement, et le dispositif, tel qu’il est actuellement, propose uniquement le transfert de décision quant à la saisie (numérisation) et l’exploitation, à une instance de tutelle, à condition que celle-ci gère ces opérations et l’exploitation en rémunérant les ayants droit (au sens large du terme) selon des conditions définies légalement, à défaut d’un accord de gré à gré entre auteur et éditeur actifs.

  • désolé, Alain, tu entres dans des pinailleries inacceptables
    fais ça chez ta boulangère, prends un éclair au chocolat et récite lui ton précédent commentaire pour lui expliquer que tu pars sans payer
    c’est vraiment à ce niveau que se passe la goujaterie d’État
    et en l’occurrence c’est moi la victime, moi le volé – donc venir m’expliquer le droit de l’État à ces réquisitions, non merci, ou alors il aurait au moins fallu avoir la politesse de nous le dire avant, pas après, et d’aller aussi le dire aux morts, et aussi le dire à Gatti, Maldiney, Bonnefoy etc
    cessons la, je t’en prie pour cette discussion – ces justifications ce sera la daube qui sera servie au Conseil constitutionnel, en attendant la voie de fait est là, sinon on ne serait pas dans leur « registre »

  • désolé, François :
    je n’accepte pas tes injures (« fais ça chez ta boulangère… »), quelle que soit mon affection, mon estime et mon respect pour tout ce que tu es.
    Cela dit, je respecte ton refus de discussion sur ton site.
    À nous retrouver dans un contexte ouvert.
    Avec l’assurance de ma fidèlité.
    Alain

  • Nulle injure, cher Alain, loin de moi l’idée... J’ai toujours aimé le travail de boulangerie, j’aurais pu le faire.
    Mais précisément là l’enjeu : l’éclair au chocolat, c’est des ingrédients, du façonnage, de la cuisson, une présentation, un dispositif pour l’offrir commercialement, et c’est ça, pour nous, le texte...
    Dans ce monde d’épiciers en cravates, faiseurs de lois, fabriqueurs de niches administratives à leur seul profit, nos textes c’est une vague matière morte, tout juste bonne à traiter en masse, déshumanisée, et l’auteur dehors.
    C’est bien ça qui m’indispose dans cette réquisition d’État, et pour cela que j’appelle ça du vol : la négation de notre travail dans l’intérieur du texte, le déni symbolique, l’éviction.
    Regarde Claude Simon, né en 1913, deux guerres, pris Nobel en 1986 : il a toujours refusé la réédition de « Le Sacre du printemps », son livre paru chez Calmann-Lévy. Même pour un prix Nobel (on en a tant que ça ?) s’effectue le ratissage.
    Donc, vol. Mais ce n’est plus à nous d’en discuter. Cela dépendra simplement de du caractère massif de la protestation. Moi ça m’est égal, mes livres sont retirés. Je le répète encore et encore, c’est la honte du procédé.

  • Débat très intéressant, merci à vous deux.
    François, je comprends ta colère et je la partage, mais je crois important de nommer « correctement » les choses, les faits, en particulier avec leur véritable « sens juridique » (ça se dit, ça ?), si on veut que nos protestations soient entendues et nos actions efficaces.
    (pour info ou présentation, suis auteur mais à partir du XXIe, membre du Droit du Serf et syndiquée au SELF, concernée par cette loi en tant qu’ayant droit, et citoyenne révoltée ; je suis désolée, ça fait très pompeux :-) )

    Voir en ligne : http://les-humeurs-de-svetambre.ove...

  • tout à fait d’accord, chère Lucie, nous appellerons donc ce procédé un vol de sac à l’arraché, et une goujaterie de l’État

  •  :-D
    A propos (de vol à l’arraché, de termes juridiques, et tout ça), tu as vu passer l’avis du commissaire de police à propos de ReLIRE ? http://moreas.blog.lemonde.fr/2013/04/06/projet-relire-hold-up-sur-les-ecrivains/

    Voir en ligne : http://les-humeurs-de-svetambre.ove...