#été2023 #00 | le prologue

été 2023, un cycle tout entier consacré au roman


 

comédies humaines #00 | prologue, le roman


En choisissant d’enregistrer ce prologue à Saché, là-même où Balzac a écrit le noyau de sa Comédie humaine, et notamment son Le lys dans la vallée (merci aux éditions Les Saints-Pères pour l’envoi de leur fac-simile du manuscrit), se mettre soi-même en condition pour un atelier au thème neuf pour moi : dans le « roman », qu’est-ce qui pousse à continuer de lire ?

Comment se fabrique cette attente, en quoi ce qu’elle pose au-devant nous est extorqué de nous-mêmes et nous le découvrons par le fait même de l’écriture ?

Et paradoxe immédiat : pas de définition commune ou normative du « roman » (en cours de route, on en explorera quelques-unes), mais une constellation d’oeuvres singulières, à principe unique, chacune en elle-même venant comme déni à toute idée générale de ce mot roman pourtant inscrit dès le titre.

En quoi le mot « roman » pourrait d’abord désigner un pacte intérieur d’acceptation du jeu fictionnel, que chaque roman aura précisément à charge de nier comme illusion ?

On pourrait presque imaginer autant d’exercices que chacun aurait lu de titres.

Ce prologue viendrait ici. Et si, de tous les romans auxquels on a dette, ceux qu’on a gardés et sont là tout auprès sur nos étagères, même si on ne les rouvre pas si souvent, ceux qu’on a perdus ou qui ne nous ont laissés qu’une impression désormais impalpable, lacunaire, on s’imposait de n’en garder qu’un et un seul ?

Oh oui, je sais, c’est frustrant. Ce serait tellement plus facile à n’en choisir que trois, par exemple. Ou de lancer une liste, comme on avait pu le faire à partir de la Sentimenthèque de Patrick Chamoiseau.

Et rien ne vous empêche de revenir à cet exercice de la Sentimenthèque comme prologue à votre prologue... Mais c’est précisément cette injonction de choix exclusif, et la frustration à tous les autres possibles, qui va être notre point de départ. La frustration même va ici devenir génératrice.

Et on ajoute, immédiatement, une contrainte : ce roman, seul et unique, que vous avez choisi, vous n’en direz ni le titre, ni l’auteur.

Et il ne s’agit pas d’une mauvaise devinette. Il s’agit d’extraire, en enlevant l’écorce qu’est le titre, le noyau qu’est l’autrice ou l’auteur (désolé de la rusticité de la métaphore), de partir d’emblée à la rencontre d’un certain nombre d’énoncés, voire d’axiomes :

 qu’est-ce qui fait que ce roman, plus que nul autre, nous a autant marqué ?

 quel fonctionnement précis de quel passage illustre cette idée principale ?

 comment ce livre nous est parvenu, cadeau, achat, bibliothèque ou occasion, hasard ?

 que reste-t-il précisément des perceptions sensibles de la première lecture, lieu, heures, saison, souvenir ?

 relecture, ou pas relecture, et ce qu’elles ont changé ?

 qu’est-ce qui a, même obscurément, même impalpablement, émergé du fond de moi que je ne me connaissais pas avant cette lecture ?

Et d’autres pistes adjacentes peuvent s’y greffer :

 ai-je parlé de ce livre à d’autres et comment, l’ai-je offert en retour ?``

 quelles situations de la vie réelle m’ont réimmergé d’un seul coup dans ce qui me semblait être le souvenir même de cette lecture ?

 avez-vous voyagé vers un lieu (maison d’écrivain compris) lié à ce livre seul et unique ?

 le souvenir de textes ou voix menant à, ou reprenant, cette lecture : émissions de télévision même anciennes, radio de nuit, conversation de hasard, article ou reportage, lecture à haute voix ?

Alors, frustration ? Tous les autres livres dont on aurait pu faire le choix vont résonner dans ces pistes pourtant creusées depuis un seul.

Et puis, c’est le vertige de nos ateliers : à chacune et chacun son petit timbre-poste, excluant tous les autres. Mais quand, ces textes, nous les aurons recombinés à plusieurs dizaines, quelle idée du roman alors va surgir, peut-être tout aussi impalpable, mais bien plus concrète et alors perceptible en tant que désir ou invention du livre ?

Bon roman à chacune et chacun !

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 2 juin 2023
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