#enfances #04 | Walter Benjamin, un petit 38

un cycle sur le monde vu à hauteur d’enfance


 

#04 | Walter Benjamin, un petit 38


C’est un rendez-vous auquel je pensais depuis longtemps.

Ce qui est important, dans ce chapitre « La fièvre » qui est le plus long des 32 textes indépendants constituant son Enfance berlinoise, c’est comment, le lisant, on retrouve à chaque ligne une nuance renvoyant à l’expérience la plus commune, la plus partagée, même si chacune et chacun trouvera, pour cette nuance ou cette composante (quasi prismatique) l’équivalent dans sa propre expérience.

Et j’y insiste encore et encore, non pas tant pour l’enjeu autobiographique de ce qu’une telle reconstitution ou reconstruction représente, mais pour littéralement rajeunir notre rapport au monde, cet ensemble complexe de sensations qu’est, en chaque instant, la perception générale des sensations du monde.

Pour Walter Benjamin, bien sûr lui-même une construction en écho direct à sa lecture de Proust, un monde d’emboîtements de lecture écriture qui probablement vaut aussi pour Nathalie Sarraute (même si, en son cas, l’enracinement s’est initialement fait par les romancières anglaises, au point de s’être sérieusement posé la question, dans ses années Oxford, d’écrire en anglais). Une pensée donc, strate réfléchissante, pour Proust alité en lisant le texte de Walter Benjamin (extrait à télécharger, comme d’ordinaire) : ah bon, au petit Marcel fiévreux d’une bronchite qui couve on propose une tisane et une madeleine ?

Prendre donc tranquillement le temps de lire ces 5 pages (mais en aucun cas ne négliger de). Autre indication discrète : oui, il s’agit bien d’un texte nettement plus long que les autres séquences d’Enfance berlinoise, et de ma part il y a pression discrète mais insistante –- et si, en écrivant, on se posait effectivement la question d’aller vers l’épuisement de ce que potentiellement on a, pour chaque contribution, à écrire, et donc de veiller, dans le temps même de l’écriture, à accueillir de la potentielle longueur ?

Autres réflexions : dans ce cycle, contrairement à bien des précédents, je ne m’attache pas d’abord à des contraintes formelles, plutôt ce souhait de retrouver quelques terres apaisées, et que l’écriture soit témoin de ce pacte retrouvé.

Par exemple, ou néanmoins : le texte de Walter Benjamin s’écrit au plus simple, via un locuteur qui s’exprime à la première personne de l’indicatif. Et si, nous écrivions plutôt le texte à la troisième personne, un elle ou un il, ou encore, suivant la leçon de Proust qui induit celle de Benjamin, on posait un narrateur susceptible de dire effectivement je, mais chaque fois construisant explicitement sa séparation d’avec l’auteur ? Ou bien encore : et si on en profitait pour plus du tout de je tu il elle, mais en revenant à ce que proposait par contre l’ami Thierry Beinstingel dans son premier livre, Central : uniquement des infinitifs ? Vous n’avez jamais tenté, c’est peut-être l’occasion ?

Par exemple, ou néanmoins : on est simplement et seulement dans le souvenir d’enfance, vous pensez ? Mais s’il s’agissait plutôt d’une distension dans le rapport aux objets ? d’un rapport différent à la durée et aux variations de lumière ? et encore plus, de l’importance d’une suspension du corps ?

Et que tout cela mérite d’être scruté.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 13 novembre 2023
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