Désiré, approché sur l’étagère de la librairie, attirée par la couverture bleue, un bleu paquet-gauloise bordé d’un filet blanc, caressé par la pulpe des doigts découvrant le papier grammé, comme une lecture en braille, les fines rayures en transparence du grain, le même qu’on utilise pour le dessin et la peinture, puis retourné sur le dos avec l’accroche précisant qu’enfin paraissait en France la première version intégrale, y compris les textes censurés, y compris les retranchés. Cette édition indispensable pour ceux qui aiment les livres. Un livre, non, deux livres, une encyclopédie dans les mains, parce qu’ils étaient deux, une intégrale en deux volumes où il est aussi mentionné sur le dos que les deux volumes ne pouvaient être vendus séparément. Un livre qui a vraiment du poids, le poids de la gravité, un kilo peut-être, une livre chacun, mais à chaque fois reposé, avec ses paires, avec la promesse silencieuse de revenir le chercher, les chercher, à la fin du mois. C’est que ce n’était pas un livre de poche mais une belle édition, de celle qu’on consulte en bibliothèque : José Corti, un nom qui sonne comme la promesse d’un nouveau monde mais c’est peut-être le logo ? Il y a une toute petite rose des vents avec une minuscule devise : rien de commun.. Sur le dos, il s’agit du n°40 de la collection Merveilleux, ce qui n’empêche pas la présence du code barre de nous ramener au concret. Le titre du livre intrigue parce qu’il est générique, avec l’indication de son genre et de sa destination. Un livre se présentant par le genre littéraire auquel il appartient. Mais s’agit-il vraiment de littérature puis qu’un des commentateurs de la quatrième de couverture parle d’un genre presque inhumain, appartenant autant au domaine des songes où les animaux et les objets parlent, un monde où il ne fait pas bon vivre ? Un livre désigné par sa destination, pour les enfants et la maison, dont les auteurs sont doubles, deux frères, désignés par leur nom de famille. Ouvrez le livre, et vous y verrez leurs têtes en médaillon, l’une dans l’autre imbriquées, leurs prénoms enchâssés comme des anneaux olympiques sur chaque page gauche. Jacob & Wilhelm. Sont-ils vraiment les auteurs ? peut-être des traducteurs . Contes pour les enfants et la maison collectés par les frères Grimm. Ces livres sont rentrés dans la maison avec les enfants et nous nous en sommes nourris. Comme un livre de recettes, ils portent maintenant des traces d’usure, des taches sur la tranche, souvent sur les contes les plus consultés, ils sont hérissés de signets, de marque-page de fortune, de bout de papier avec juste quelques mots, la table des matières est cochée au crayon et en suivant les encoches on y retrouve les pensées, les obsessions qui ont traversées les années, qui pourraient être retrouvées dans les contes. Un rituel avait été installé. Un des enfants lisait la table des titres jusqu’à ce qu’il pointe celui qu’il voulait découvrir, intrigué, ou parfois, comme le jeu du dictionnaire, on pointait le doigt sur un intitulé. Ou alors on ouvrait le livre au hasard. Chaque conte est suivi des différentes versions trouvées dans les régions. Un livre avec des portes d’entrée multiples, des perrons, des portes de cuisine, des portes de service, des fenêtres, des portes dérobées, des caves et des greniers, des mansardes, des terriers, des grottes, un livre avec un index thématique à lui seul intriguant. A : Arbres poussant sur la tombe, Animaux parlant, lunette Astronomique, B : Bain, se baigner, D : Dernier, Doigt, G : Goûter le fromage, Manger les yeux, le coeur, le foie, le poumon d’un animal. Lire l’inventaire de l’index ou les titres de contes, suffit.
Un commentaire à propos de “Livre# 01| collection Merveilleux n°40”
Laisser un commentaire
Vous devez vous connecter pour publier un commentaire.
Merci pour ce texte qui se lit comme un conte. Et qui sait, peut-être avec les doigts tachés de confiture…