Le respect de la tranche. Depuis toujours. Que le livre se referme, une fois la dernière page lue, indemne de notre passage. Vierge de nous. Les poches, plus dociles que les autres éditions, tenant ouverts dans une seule main. A cause d’une finesse de page sans doute. Les doigts ne forcent pas. Absente la douleur dans le poignet, absente même si la lecture s’étire. D’une générosité bon enfant, ils s’offrent des deux pages jusqu’à la marge du milieu. Rien ne s’y dérobe. Il ne faudra pas y aller en force pour accéder au cœur et lire la ligne jusqu’au bout ou son tout début sur la page en face, d’une conception ratée du livre, d’une bande de colle trop large, qui déborde, les mots du centre tout en rétractation comme effarouchés et il faudra passer outre. Un agacement qui grimpe en puissance, l’envie dans les doigts de briser d’un coup sec la tranche, de la maintenir écartelée, qu’elle tienne ouverte bon dieu, y résister est de plus en plus difficile. Ça détourne des mots, de leur sens, de l’histoire, une autre s’écrit par-dessus, comme des acouphènes dans les muscles. On ne cèdera pas. On ira jusqu’au bout. On poussera des soupirs. On frottera ses doigts meurtris. Mais on lui évitera l’outrage et les dommages qui en résulteraient, visibles à jamais comme une ligne médiane pâle tracée dans le rectangle pur. Abîmée par manque de respect.
Un commentaire à propos de “# le livre comme fiction #01bis | La tranche.”
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Excellent Anne ce petit voyage dans la tranche du livre. Qu’il est bon de lire chez les autres, des sensations que l’on ressent soi-même. Merci, bises.