#livre #02 | Il semait à tout vent

Un atlas parmi les livres ? Eh bien non !
Pourquoi y-aurait-il systématiquement un atlas dans l’enfance ? Il y eut bien ce grand livre toilé noir comportant des cartes, sans doute un atlas incomplet car assez mince, ce livre faisant partie d’une collection (une sélection du Reader’s Digest ?) dont les autres volumes m’échappent, peut-être n’étant jamais arrivés dans l’appartement faute d’une commande suivie de la série. Mais ce livre avait les pages collées par l’humidité, les couleurs se mêlaient les unes aux autres si on voulait le consulter, des morceaux de montagnes collés sur des océans ou sur des petites villes noires et des mégapoles signalées par des cercles jaunes, collés sur des flèches gondolées de courants marins ou bien signalant autre chose qu’on ne comprenait pas encore (mouvements de marchandises ou de populations ?), ou des vents se déplaçant d’un continent à l’autre se décalquant d’une page sur l’autre. Ce livre sentait le moisi, on ne l’ouvrait plus, perdant ainsi la curiosité de la géographie, sauf parfois en s’immergeant dans le petit Larousse où l’on s’attardait par hasard sur une carte en noir et blanc dessinée à la plume et à l’encre de Chine.
Là on ne s’arrêtait pas plus sur les terres et les mers que sur la coupe de moteur d’automobile ou sur les minuscules photos en noir et blanc des météores, soient la trombe, le brouillard, la foudre, l’arc-en-ciel, l’aurore boréale, la tempête, la neige, l’étoile filante-Aérolithe, le halo et l’aurore boréale. Il y avait la page quasi vivante des oiseaux avec leurs justes proportions leurs formes de corps et de becs, vautour cacatoès aigrette paradisier toucan, toujours en noir et blanc, ce nouveau petit Larousse illustré n’ayant que sept planches en couleurs et datant de 1950 ce qui était déjà très vieux, mais une édition ayant subi un remaniement total de façon à relater les événements de la seconde guerre mondiale et de la libération. Jamais il n’y eut dans l’enfance d’autres dictionnaires ou atlas, le mot même d’atlas étant inconnu. Il y avait des couronnes, des châteaux, des départements détaillés où l’on reconnaissait les noms de nos villages, beaucoup de portraits d’hommes en uniformes (peu intéressants), des cathédrales leurs colonnes et leurs rosaces, des planches d’animaux, d’objets, de styles de meubles, de coiffures depuis l’antiquité jusqu’à 1946 et de polyèdres irréguliers, l’alphabet grec et toutes les techniques de pêche, toutes les formes d’encrier, c’était cela la géographie du monde. C’était grand, immense, infini mais on s’y retrouvait, on avait nos repères.

A propos de Valèrie Mondamert

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

7 commentaires à propos de “#livre #02 | Il semait à tout vent”

  1. …clin d’oeil pour les  » repères » et la référence au Petit Larousse, plein d’images qui remontent en moi à te lire, merci!

  2. Le livre sentait le moisi, j’adore et tout de suite l’odeur m’atteint. Merci pour vos mots Valérie, à bientôt.

  3. « perdant ainsi la curiosité de la géographie »
    cette perte m’interpelle et me donne espoir… alors il suffisait de peu pour ressusciter à l’inverse le désir de terres et de voyages
    je me souviens aussi de ce petit Larousse qui nous offrait tant d’illustrations et de planches en couleurs
    à te suivre, Valérie…

  4. Merci de ta lecture, et vu par ton retour que le mot géographie n’appartient pas à mon vocabulaire courant.

  5. Incroyable dictionnaire, vos mots sont si juste : « grand, immense, infini » où l’on a ses repères. Comme ça me parle ! Merci !