Ouverte par une amie d’amie avec sa prime de licenciement, on y allait par soutien, par militantisme, du moins la première fois. C’était quelque part dans le quartier du ministère de l’Éducation nationale à Paris. On s’y attachait et on y revenait, même en soirée, car elle invitait des auteurs. On la privilégiait pour les livres couteux et les cadeaux de Noël ou d’anniversaires. Pas suffisamment pourtant pour qu’elle évite le dépôt de bilan et la fermeture. Elle avait tout pourtant le joli local repeint de frais par la libraire, l’accueil chaleureux, le choix de livres, les animations régulières. Les librairies, c’est un peu comme les salles de sport, il faut qu’elles soient sur votre trajet, pas trop loin d’un lieu où l’on a des obligations pour qu’on s’en fasse une habitude. Si cela devient une contrainte, on y va moins souvent, on pratique moins ou ailleurs. La librairie ouverte avec la prime de licenciement n’a tenu que deux ans; elle nous a laĉhés avant même qu’on la lâche. C’était pourtant bien avant internet, les livres de seconde main et les rayons librairie des grandes surfaces.