C’est lavabo | 002567
shave. Non seulement il se rase depuis peu, mais celui-là a adopté son after-shave. Dès qu’il peut il s’en va promener « son » after-shave : dans les bois, car il n’a pas autour d’endroit mieux indiqué où le sortir, et le sentir : son after-shave est « sauvage ».
Distraitement son regard glisse sur les sous-bois, les bords du chemin. « Bien souvent je me penche en avant, prends le temps d’observer — je plonge alors en plein after-shave. Ses effluves sont comme des couleurs ravivées dans mes mouvements sans cesse brasseurs d’air. »
« — Au milieu de mon chemin dans les bois une flaque au soleil s’étale. Elle est bleue, verte et or. Elle est énorme. C’est la plus belle flaque que j’aie jamais vue. Mon chemin y mène tout droit. Je m’arrête et tiens au bord. La flaque est longue et large et reflète tout le ciel et les bois alentour, qu’elle tient suspendus comme moi. Je m’apprête à me pencher — encore… À ce moment — est-ce la lumière qui bouge ? un souffle d’air ? j’aurais juré avoir vu une salle d’eau au fond… »
« Quelque chose dépassait de la flaque, qui se reflétait à la surface. Soudain ça ressort de l’eau. »
— « Sèche-moi », ça lance, et ça retombe dans l’eau. — Comme un éclat de faïence.
— « Sèche-moi ! Sors-moi de là ! » J’ai cru y reconnaître, le temps qu’il retombe à nouveau, un fragment de vasque de lavabo brisée. Éclaboussé, j’ai reculé de quelques pas. Le lavabo cassé ça lui faisait à cet endroit comme une bouche. La voix y est blanche, nasillarde, fêlée :
— « Prends-moi sur toi, je te promets que tu t’en trouveras bien. »
Lui ne voit pas comment elle articule, juste que cela lui flotte maintenant