1
Un monde qui aurait en son centre noir un creux lumineux, des respirations, aux étouffés.
2
Il y a des travaux ça circule mal, dans la montée il y a les ambulances, un taxi, un homme qui dit à tout le monde où aller quoi faire. Une femme sort d’un immeuble elle a un bandage sur le nez, c’est impressionnant, elle monte dans une voiture, elle est accompagnée la voiture s’en va, a-t-elle encore un nez ? L’homme au milieu de la route demande au taxi : tu peux aller là, chef ? Le taxi dit oui, il y va. Au sommet du carrefour, à la sortie du parc, un homme en short tient une gourde noire dont la bandoulière est enroulée autour de son poignet. Une femme le suit, en jean et sandales. Un camion va de gauche à droite, il transporte une voiture. Un camion de chantier descend, il va d’où je viens. Une femme traverse avec un très grand papillon noir imprimé sur son tee shirt blanc. Sous le pont, la vieille voie ferrée et les tentes des sans-abris, les couleurs sont précises : une verte, une grise, une bleue. Le bus descend il roule trop vite. Les gens s’énervent. Les vélos ne s’arrêtent plus.
3
Je n’allume pas. Ça va revenir le sommeil, je ne dois pas bouger dehors ça bouge. Les pattes des pigeons dans les gouttières. La pluie ne m’a pas réveillée. Les lumières d’en face sont éteintes, les rideaux sont tirés, je ne regarde pas l’heure il n’est peut-être pas vraiment la nuit. Une lumière sur le côté. Un bruit de poubelle tout en bas, le restaurant, il n’est pas minuit. Des échos de voix très loin. Le silence. Le bruit du silence. Le coussin que je retourne. La fenêtre que j’ouvre encore plus. La nuit n’est pas noire. Elle est bleue. Par la fenêtre d’autres lumières qui n’ont aucun écho ici. Une étoile dans le ciel aperçue. Des nuages. Une télé très loin. Un bruit de pluie qui ruisselle. Je me rallonge. Je suis totalement réveillée. Une ambulance. Un froissement d’ailes un pigeon est revenu. Un courant d’air qui vient jusqu’à moi. Je dois commencer ma nuit. Je reste immobile. Je ferme les yeux. J’écoute tout. Un bruit de fond quelqu’un crie. Je ne dois penser à rien.
4 Variations orales
Version brute :
Elle pourrait être un voile une miette qui suivrait la senteur, il y a-t-il des gens qui se reforment à partir d’un brouillard, il y a-t-il une formule magique disparaître puis revenir, les ailes des oiseaux portent bien, dans la main de Marie c’est son poing fermé, elle n’est pas un souffle de quête, elle est matière trahie et déçue.
Version recopiée :
Je peux être un voile, une miette qui suivrait la senteur, y a-t-il des gens qui se reforment à partir d’un brouillard nu, il y a-t-il une formule magique disparaître puis revenir, revenir au moins, les ailes des oiseaux portent bien, dans la main de Marie c’est son poing à elle fermé fort, elle n’est pas un souffle en quête, elle est une matière trahie et déçue.
5 L’animal sauvage
Assise sur mes marches, à mes horaires, il fait plein jour, je suis penchée sur mon carnet, quelques voix rien d’inhabituel, les perruches, les corneilles, les pigeons, les moustiques, les libellules, les moustiques, les araignées il y en a sans doute, des microbes, des bactéries, des monstres, des escargots, des rampants, des volants, cette mouche, toujours, qui vient sur ma page, et le chat, souvent le même. Tout est pareil que les autres jours. Un bruit sur ma gauche, je m’attends à voir surgir une corneille ou un chat, aussi bas aussi proche c’est souvent ça, ils restent à distance je reste à distance, je lève les yeux au bruit et ce n’est pas un chat que je vois, je ne reconnais pas tout de suite, sous l’effet de surprise, mais c’est un renard qui surgit, un peu roux, un peu gris, un peu noir, un peu blanc, un peu marron, il est long il trottine, il est vrai, il prend le même trajet du chat, une diagonale qui va dans les buissons sur ma droite après la rangée, je le suis des yeux sans l’interpeler il ne me regarde pas il m’a vue, un renard ça voit tout, il est passé, a regardé droit devant, j’ai regardé droit devant, un renard en plein jour c’est rare, d’aussi près c’est rare, j’ai vu un renard nu.