1 – Un monde qui…
se sauverait, les jambes à son cou, au bout de l’univers
2 – Fragments d’un carrefour
Le monticule de sacs poubelles qui tarde à être enlevé. La chaleur qui déjà sévit à cette heure matinale et provoque la fonte du bitume. En plein soleil, les bancs en plastique de couleur orange désertés. La file d’attente à la porte de l’autobus low-cost vert luisant à destination de Venise. Le tramway qui avale les gens pressés d’en finir avec leur journée. Les valises attachées avec des cordes en rangs serrés sur le trottoir. Le bus 53 qui s’impatiente et provoque l’exaspération sonore des automobilistes embouteillés. Le va-et-vient des passants et sur leurs épaules, le poids déjà de la canicule annoncée. La boîte aux lettres qui, stoïque, espère le passage du facteur. Le vieil homme appuyé sur sa canne. Les fleurs fanées. Les herbes sèches. Le bleu du ciel. Les grues. Le café long sur le percolateur. Pas un nuage. La pelle mécanique. Le sucre seul dans la sous-tasse. Et le marteau-piqueur qui casse le béton.
3 – Comme une offrande
Le sommeil le fuit. Comme tous les vieux, sourie-il. Il ne veut plus de nous ! Il a confiance dans la nuit blanche. Vit ce dédain comme une offrande. Donne libre cours aux images qui défilent sous ses yeux. Le plafond de sa chambre en est constellé. Il s’émerveille de ces étoiles dans son ciel tapissé de souvenirs. La nuit, les gonds grincent, les portes claquent dans les courants d’air, le bois des meubles craque. Les mots d’hier reviennent sur la pointe des pieds. Ils racontent des histoires aux escaliers de bois. Se glissent sous les draps. Ressassent de vieilles ritournelles. C’est là, me dit-il, son bonheur. Prêter l’oreille aux naissances des sources. Loin du fracas du monde.