I
Comment va le monde ?
Il continue. Sourd, aveugle aux signes accumulés. Indifférent, il brûle.
II (en construction)
11:00 Sueur sur la tempe, essuyée d’un geste de la main, fermeture des volets et des fenêtres / 11:15 Hésitation, la main sur la porte, la chaleur extérieure, remplir la gourde au robinet / 11:30 Glisser deux livres dans la boite des retours de la médiathèque, boire à la gourde / 11:45 Une trentaine de gamins en roller casqués, genoux et coudes protégés. Les adultes devant et derrière le groupe, ils traversent le parking à l’ombre des tilleuls. Boire à la gourde par solidarité / 12:00 La gourde est vide, consommation de un demi litre à l’heure / 12:15 Mouiller un torchon, le poser sur le ventilateur / 12:30 Tremper le torchon, l’essorer à peine, le poser sur le ventilateur / 12:45 Cubes de pastèques, promesses de fraicheur / 13:00 Glisser puis essuyer l’eau au pied du ventilateur / 13:15 Trainer devant le réfrigérateur ouvert, hésiter entre les cubes de pastèque et le café glacé / 13:30 Prendre le café glacé et les cubes de pastéques / 13:45 Sueur sur le visage / 14:00 Rechercher le bon dosage de l’humidité du torchon / 14:15 Swiper sur instagram pour retrouver la vidéo sur le torchon / 14:30 Toujours pas trouvé la vidéo sur le torchon / 14:45 Défilement des alternatives au torchon mouillé, la piste de la couverture de survie déployée sur la fenêtre semble intéressante / 15:00 Recherche de la couverture de survie dans le matériel de camping au fond du placard, chemise trempée / 15:15 Recherche d’alternative à la couverture de survie / 15:30 Alerte sur la consommation journalière d’Instagram / 15:45 Blocage de l’application Instagram pour la journée / 16:00 vérification de l’horaire des marées/ 16:15 Une heure après la marée haute / 16:30 / 16:45 Une heure trente après la marée haute / 17:00 Go
III
Un couple, les visages et les corps, se détache sur la feuille. Elle, jeune, un maquillage appuyé, une bouche carmin, des cheveux roux, quelques mèches s’échappant du chignon. La robe de french-cancan ajustée sur son corps maigre, presque adolescent. Le sein droit s’échappant du corset, délacé sur les premiers œillets. Lui, le double de sa largeur, en costume de soirée gris anthracite, la veste ouverte sur son gilet de soie enveloppant son ventre proéminent de bourgeois bien nourri. Par-dessus son double menton, des joues rouges, un demi-sourire suffisant. Une pose avenante, la main posée sur la taille ridiculement fine de la gamine.
Un croquis rapide de Toulouse Lautrec, à peine la taille d’une feuille A4, un titre que j’ai oublié, un tableau que je n’ai jamais revu. Une impression de malaise qui ne me quitte pas; dans le regard dur de cette enfant, toute la barbarie de ce siècle où naquit l’argent roi.
IV
Tout un monde à créer, un mélange des royaumes combattants, des hauts-plateaux de la steppe et de l’apogée d’Angkor. Les personnages naissent petit à petit. Faut-il leur donner des failles ? Pour l’instant, j’élude cette question.
J’ai beaucoup aimé la 2 et son agencement de réel tellement réel quart d’heure après quart d’heure, dans son prosaïque quotidien, tellement que ca en devient beau.
Hâte de suivre aussi le projet d’écriture, car faut « il leur donner des failles » est une question qui laisse à penser !!