#chroniques #03 | L’impact du retour

I
Écoute l’impact du retour de la terre quand on marche, le poids sous nos semelles.

II – Quelle tristesse de ne pouvoir pas vivre tout cela qui existe dans mon imaginaire | Mettre le lien de la loin | Le réel devient rêve et le rêve réel | Fêter l’anniversaire de mes sensations | Le théâtre de la catastrophe | Fée Aziza | L’imaginaire de ce qu’on pourrait avoir | Pouvoir de la sorcellerie | Les morts nagent et l’océan dort / Cela est la mort de quelque chose | J’ai fait 21 tours autour du temps | Désolé si je cours | Maladie de lire des livres dystopiques | Il y a | Au nom, Monsieur le directeur | Ne coupe pas mon chemin stp | Avancez ou laissez passer | Je suis toujours pile à l’heure | Je ne sais pas si je suis loin ou proche, je suis devant, vivant des jours pareils | Vêtement noir rempli de poches | Tirer avec moi le max de terre que je peux | 160 trucs rythmiques | Une langue au hasard des notes | Couturier | La douleur quand veut rester seule, expulse tout le monde | Négation | S’il y aura une mort à la perfection, je choisirais la fin | Tâche-temps, j’attends toujours mes cheveux blancs.

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III – Un dos monté sur la chaise rose, coupé en gris rond, buvait un café partagé en paroles croisées sur l’épaule. Chargé d’histoires, marchait sur un talon brillant, une contre-note soutenue sur quelques mesures avant sa mort. Une boucle de grupetto dorsal ne prononçant que quelques syllabes comme un membre du corps : les bourdons, qui parlent avec des mains ridées d’eau, s’inclinent à droite vers une jeune peau rose. Chemin blanc tressé d’un liseré noir. Les pieds plantés dans le sol, le ritournelle du temps tient entre deux roses, portées par une même terre, traversée par une même onde qui partage l’expansion. Comment sera le front de ce sujet inconnu sur ce café moulu, comme on passe le café et la vie un matin des dimanches obtus. Fuite quaternaire et la difficulté de dribbler les passages : tête, poitrine, tête, poitrine – l’extrême se prolonge jusqu’au soir. Vibrantes encore sont les fenêtres du matin qui ne s’ouvrent que pour garder du soir. Faut changer l’air, tête, poitrine, et l’inspiration n’est bienveillante que pour soutenir encore dimanche. Ritournelles du devoir de tenir une journée entière, torture tenir tête, poitrine. Les rythmes du cœur ne sont pas si lents que la frénésie des pensées, et les applaudissements sonnent en passage — tête, poitrine. Un éventail s’ouvre de quelques reflets lignés en signes de quelque époque, elle s’évente – tête, poitrine, tête, poitrine.

IV – Vaguer sur les rues immenses d’un jour sans bruit. Roule sur les arbres, une araignée gardant les pinces à part du début. Sommes-nous donc perdus entre l’après-midi et le matin, car tout ça finit à 19h. Garder ça : un vêtement noir, les cheveux lavés, une chaussure chaussée, faut fêter la fin d’un dimanche à 19 heures. Vaguer sur les contours des montagnes à la mer, quel coût cher a été celui de sortir en vie en vert. Brûler sur le soleil et partir en claquant les pieds. S’asseoir sur un pont pour pleurer pendant qu’ils roulent, ils courent, ils. Je signe un contrat avec le sans bruit d’un monde bouclé, car elle marche et tout coule. Depuis ce matin, le bruit de mon robinet qui remplissait les sons de mon lit, un ronflement objectif des exactes une seconde et demie — le temps entre une goutte et autre, mêmes sons d’araignées qui tombent des toiles pour ne pas me permettre un matin de trente mille gouttes, un pain au chocolat et un expresso, car la vie est amère depuis tôt. Une crème, s’il vous plaît, c’est dimanche et le soleil revient tôt à son poste, car c’est lui l’unique qui se réveille heureux. Et je m’en fiche avec les mots qui se répètent sur mon dos. Insoutenable, c’est de savoir si peu combien de tours il fait pour que sa jouissance tombe juste un dimanche. La faim de précision d’une morsure, fragmentés par quelques secondes métalliques, le son de la goutte qui saoule. L’infiltration dans ma salle de bain, l’unique jour pour m’apercevoir que ma vie fuit, comme cette fuite du dimanche.

V –

Qu’est-ce qu’on transporte sous nos semelles ?
(…)
le retour de la terre quand on marche 
chuchotement du silence des morts 
quelques échos de l’oublie

l’art de nager flottant car
l’architecture du souffle pars
le lancement d’un comète sur terre plane 
a l’espace. la taille du nous sommes quelques chose de graine
coquilles cassées sur un rocher de sable 
sous mes semelles promenés par mon arbitre de liberté 

Sous mes semelles la tâche du sol 
mon pied plate du travail 
des cales de tant déchirer 
mon coeur des pieds après l’autre pour la rentrée
mes origines et le silence des mots
larmes tombées qui mouillent chaque boue : 
je m’appelle 
home
no home 
sous mes semelles je transporte chez : quelque chose.
suis-cela qu’on met dans le mundo. pas de casa
simplesment, 
moi sous, mes semelles et 
tout avant moi. 

A propos de Nila Clara

Quoi dire de moi sinon ce grand enchevêtrement de mots et de choses ? Chanteuse lyrique car le corps le demande. Et surtout ! Une grande amoureuse de la vie magique. J’aime l’amour et je suis moi-même une croyante profonde du mystère des choses. Fé no mistério.

9 commentaires à propos de “#chroniques #03 | L’impact du retour”

  1. Je te lis comme je rêve mes nuits.
    « Le temps entre une goutte et autre, mêmes sons d’araignées qui tombent des toiles pour ne pas me permettre un matin de trente mille gouttes,.. »

    J’entre, je sors, j’y reviens.
    Je rêve encore, ouvre un œil et –
     » Vibrantes encore sont les fenêtres du matin qui ne s’ouvrent que pour garder du soir ».

    C’est là.

    • Je me rends compte, dans cet atelier (et c’est la première fois que j’en fais un si long et si intense), que le mouvement de mes lettres — et je suis choquée — est un reflet de la façon dont je mène ma vie : dans un continuum d’accélération et de rêve.

      Je suis une rêveuse, et voir que je touche une partie de vos mouvements de l’inconscient. C’est tellement magique de vous découvrir et aussi de me laisser traverser par vos retours de mer. Grand merci pour ton commentaire.

  2. Découverte de vos et textes : « ce grand enchevêtrement de mots et de choses » oui je le lis, je l’entends
    cette façon de coller les choses ensemble la force qu’elles prennent dans leur rapprochement
    (« Brûler sur le soleil et partir en claquant les pied »)
    (« Un dos monté sur la chaise rose, coupé en gris rond, buvait un café partagé en paroles croisées sur l’épaule. Chargé d’histoires, marchait sur un talon brillant, une contre-note soutenue sur quelques mesures avant sa mort.)

    « Écoute l’impact du retour de la terre quand on marche, le poids sous nos semelles. » (« … écoute l’impact du retour… »j’entends très fort )

    « – Quelle tristesse de ne pouvoir pas vivre tout cela qui existe dans mon imaginaire | … Le réel devient rêve et le rêve réel | Fêter l’anniversaire de mes sensations | Le théâtre de la catastrophe |…Les morts nagent et l’océan dort  » : qui nous emmène vers des questions d’écriture

    ( j’aimerais beaucoup attendre encore mes cheveux blancs )

    III : … m’évoque le regard de Benjy dans Le bruit et la fureur

    V  » le retour de la terre quand on marche  »
    « moi sous mes semelles et tout avant moi  »
    Merci

    • Merci à toi ! J’adore vraiment ce découpage et le recollage des choses. J’aime parce que cela crée un sens des choses dans ce grand carrefour qu’est la lecture. J’aime aussi voir les images qui restent. Je me dis parfois que je suis trop pénible, qu’il y a TROP de choses, trop d’images, etc., mais en même temps, ce sont les lunettes que je porte. Il n’y a pas de mal, non ?
      Les questions sur mon corps et mon cerveau sont infinies. Mais bon, je vais quand même essayer d’autres choses, car je me découvre un peu. Moi-même, je ne savais pas que j’étais comme ça. C’est frappant ! hahaha

    • Comme l’a bien dit Birago Diop :

      Ceux qui sont morts ne sont jamais partis :
      Ils sont dans l’ombre qui s’éclaire
      Et dans l’ombre qui s’épaissit.
      Les morts ne sont pas sous la terre :
      Ils sont dans l’arbre qui frémit,
      Ils sont dans le bois qui gémit,
      Ils sont dans l’eau qui coule,
      Ils sont dans l’eau qui dort,
      Ils sont dans la case, ils sont dans la foule :
      Les morts ne sont pas morts.

      Les Souffles des ancêtres.

      • Merci beaucoup pour ce poème de Birago Diop que je garde bien précieusement contre mon cœur…
        Michèle

  3. Plaisir de découvrir ton univers de sensations (2) d images , de ressentis et de collages qui s entrechoquent. On se laisse imprégner, entre douceur et violence (5).,
    À suivre …

  4. Nila, se laisser couler dans tes mots n’est pas sans conséquences, des images aux images qui ramènent à l’acte de créer dans un autre temps. La source est évoquée, mais également l’entrée dans une langue, une convergence, dans un espace, lors d’une cérémonie qui ouvre à une liberté qui se passe de règles et de non-règles. Elle est libre, comme les sensations, les émotions de cette forêt intérieure où ces fleurs en mots, ces arbres, ces racines nous ramènent sans cesse. Ce n’est pas un jeu de vie, c’est une vie de jeux dont nous découvrons les secrets puis nous en faisons fi pour rire, et en mourir, enfin : vivre. « Les bourdons, qui parlent avec des mains ridées d’eau ». Merci pour ce texte qui ouvre des portes et qui nous secoue les tripes. C’est ça, se donner à l’art.