#chroniques#03 | mirage

1 monde

écoute le monde qui te parle, ses énergies affluent autour de toi.

2 réel

En norvégien c’était un peu difficile / Il me ressemble : élégant et simple / Il faut que je fasse attention à tout ce que je dis / Tu veux pas te pousser un peu / Ça donne pas l’ambiance / Oh c’est mon heure / Je parle toute seule / Elle avait lu un roman épistolaire du coup elle lui envoyait des mails tous les jours / C’est une impression d’extranéité / Écoute, moi ma curiosité ne peut attendre / « Parigi », où ça ? « non je parle, je pense » / Elle est vraiment carrée, elle est vraiment carrée / Zut mot de passe incorrect / Surtout qu’il y avait déjà d’autres choses / On avait fait exploser une bouteille de Perrier à la caisse / J’ai horreur de ça / Nous n’avons pas besoin de sac / Il me manque des t-shirts compliqués / C’est le prix espagnol / C’est quand même un peuple marin / Prochain train dans 1 mn / Éloignez vous de la bordure du quai.

3 Dimanche

« pourquoi s’imposer des règles alors qu’on restera toustes bloqué.e.s dans une seule journée »

Dimanche. Ce flottement entre deux moments, deux semaines, la fin d’une et le début de l’autre, à aucune mais au deux en même temps, peu à nous car il passe si vite et qu’on a toujours l’impression de ne pas avoir profité, regretter qu’il soit fini mais ne pas l’apprécier suffisamment quand il arrive, craindre ce qui en découle, un nouveau lundi, une nouvelle pièce dans la machine du rythme infernal de la vie, inarrêtable, sauf quand elle s’arrête pour de bon. On reste toustes bloqué.es à un jour de cette vie, sans possibilité de traverser cette barrière si fine mais implacable, quand la vie s’arrête, les jours continuent sans nous, plus de dimanche ou un dimanche éternel, et si on meurt le jour qu’on aime le moins ? si je devais rester bloquer pour toujours un dimanche, ça ne me dérangerait pas. ce serait même sûrement le meilleur jour. le jour de la fin avant le renouveau. le jour de flottement où la seule règle est qu’il n’y en a pas, qu’on fait ce qu’on veut un dimanche, on peut sortir, se balader, aller au ciné, rester chez soi, regarder la télé, lire un livre, écrire, voir les gens qu’on aime, apprendre une nouvelle chose, prendre du temps pour soi, un jour à nous si on le décide, comme tous les autres finalement, pourquoi s’imposer des règles alors qu’on restera toustes bloqué.e.s dans une seule journée, notre dernière, et les jours continueront sans nous, la vie continuera sans nous, alors faisons de tous les jours de notre vie un dimanche, un jour sans règles à part qu’il est à nous et qu’on en fait bien ce qu’on veut.

4 un mirage

ça y est, je la vois arriver au loin, à grands pas comme à son habitude. Il faut dire qu’elle a de grandes jambes, elle est assez haute, comparée à moi. Elle me regarde et sourit, je rigole également, à chaque fois c’est pareil je ne peux pas m’en empêcher. Son énergie m’apporte la joie de vivre, sa simple vue déclenche immédiatement chez moi je ne sais quoi d’irrésistiblement gai, même en voulant me retenir je n’arrive pas à contrôler ce sourire, ce rire. le feu est vert elle traverse, je la perds une demi-seconde de vue entre deux passants, je la retrouve, elle est dans la rue en face de moi, le feu est rouge, on se regarde et on se marre encore, je vois ses dents, grandes et longues, rarement cachées, les commissures de ses lèvres toujours écartées au maximum, laissant place à un large sourire, creusant légèrement sa joue droite au niveau de sa fossette. Elle traverse le passage piéton qui nous sépare, se rapproche, on rigole sans pouvoir s’en empêcher, presque un peu gênées de ne pouvoir retenir nos émotions comme ça, d’être autant à découvert, à nu, ne pouvant rester impassible à notre vision mutuelle. Je regarde ses yeux, marron-vert, doux, pétillants, malicieux, porteurs d’espoirs et de joie, porteurs d’une jeunesse éternelle. Elle a les cheveux lâchés, une raie un peu excentrée sur la droite, quelques mèches blondes, éclaircies par l’été et contrastant avec les autres, châtains. On ne se fait jamais la bise, soit un check soit rien, un rire, un salut de tête. La bise semble trop formelle pour nous. Habituellement on se serait mises en route vers la Jump, mais là, je n’avance pas. Je la fixe, j’essaie de capturer ce visage, de l’analyser sous tous ses angles, de le garder près de moi et à la fois j’essaie de comprendre. Qu’est-ce qui mènera à cette fin tragique ? ces sourcils fins ? ces paupières légèrement tombantes ? ce nez assez mince en haut puis un peu plus large, évasé sur la fin, parsemé de taches de rousseurs ? ou peut-être ses grains de beauté, celui à droite de la fossette ou celui au-dessus du sourcil droit ? sa peau pâle ? pourtant ce n’était pas une peau pâle de quelqu’un de malade. j’essaie de comprendre, de capter un signe qui m’expliquera la raison, de revoir ce visage encore et encore, mais je ne vois que le flux de la vie émaner d’elle, plus fort que des autres, une joie contagieuse tellement agréable, une bonne humeur à toute épreuve, une oreille attentive, toujours. je la regarde encore, je m’attarde sur son menton, un peu creusé, je remonte à ses lèvres qui disparaissent presque derrière ce sourire qui lui ne s’envole jamais, même quand elle est sérieuse on peut toujours deviner derrière sa bouche son sourire, toujours prêt à se montrer, jamais loin, toujours visible pour celleux qui voient plus loin que le bout de leurs yeux. ses joues sont bien remplies comme celles d’une personne qui aime et profite de la vie, ses yeux sont communicants, elle n’est pas de celles qui gardent leur joie pour elles, au contraire, elle la transmet à qui veut bien la recevoir, même parfois malgré nous. Elle fait partie de ces rares personnes qui peuvent complétement renverser ta journée, te faire passer de la tristesse, de la colère ou de la rancœur, au bonheur, à une légèreté libératrice, elle prend tes fardeaux et t’en débarrasse, tu te sens magiquement ôté.e d’un poids. Ce visage sera toujours celui de la vie, de la joie, il restera à jamais gravé en moi, dans mes souvenirs et dans mon cœur et je ne cesserai jamais de le voir, encore et toujours, de le repasser, de me remémorer, de le faire vivre pour toujours.

5 Nichi Nichi Kore Ko Nichi

Qu’est-ce que je transporte sous mes semelles ?

-la vie passée qui ne reviendra plus mais m’accompagnera tout au long de mon existence.

-la vie future que j’imagine, que je construis mentalement et qui n’arrivera sûrement jamais, jamais comme je la vois (heureusement ?)

-les lieux qui ne me reverront plus et qui m’ont pourtant bien connue, qui m’ont vu grandir et évoluer avec eux comme l’ancienne maison de mes grands-parents, ma maternelle où je rentrais en courant quand j’accompagnais mon frère et où je suis ressortis en pleurant à la fin de ma première journée, le collège qui a changé d’entrée où j’ai connu ma première véritable amie, le lycée que j’évitais au maximum en terminale.

-mes expériences, mes déceptions, mes apprentissages,

-Candes et son confluent

-celleux que j’ai aimé.e.s, celleux que j’aime encore, celleux que j’aimerai toujours

-la petite fille que j’étais, t-shirt kaki et short orange toujours accompagnée de son popi

-mes hontes, mes peurs

-toutes mes erreurs que je ne regrette pas car elles m’ont amenée où je suis

-chaque personne que j’ai croisée qui m’a marquée

-toutes mes interrogations

peut-être qu’il y a des questions qui doivent rester sans réponses.

A propos de Alice Boussarie

24 ans, étudiante de troisième année en Licence Humanités (philosophie, littérature, histoire). J'aime écrire depuis que je sais écrire, des pensées, des inventions, des poèmes, des petites histoires, des expériences. écrire me permet d'exprimer ce que je ressens, de donner vie à mes pensées, à mon monde intérieur et de me comprendre mieux moi-même.

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