#chroniques #06 | Seule dans la foule du monde

1

La force des arbres en fleurs

Refuge de ce matin

S’élève un monde de lumière

2

Le blanc-manger était le dessert du dimanche. Ne mets pas tes coudes sur la table ou les lutins te mangeront. Dans le garde-manger les croûtes de fromage se balancent suspendues à l’arrière cuisine. Ce soir la bonne n’est pas là … qu’allons-nous manger ? un apéro des restes du frigo !

Manger à toute heure 7/7j –  24/24j chez Jojo qui tient sa cave à manger et aussi sa cave à vins. Mange pas tes ongles ils vont crever ton ventre ! ne mange pas si vite, n’avale pas tout rond, mâche. Le poulet se mange à mains nues. Oui c’est permis. Et les mange-tout à la fourchette s’il te plait !

3

J’étais sur le banc contemplation

Elle vient s’asseoir et me dit

je viens vous aider

Je la regarde étonnée.

N’est-ce pas que vous avez besoin d’aide ?

Non merci

Tout le monde a besoin d’aide vous attendez de l’aide

Qu’est ce qui vous fait dire cela ?

Je vois que vous êtes en attente d’aide.

Ah ! je n’ai pas besoin d’aide. D’ailleurs comment pourrez-vous m’aider ?

Demandez-moi de l’aide

Demandez-moi de l’aide

D’accord vous piquez ma curiosité : je vous demande de l’aide

Merci

Vous allez m’aider à quoi ? c’est quoi aider l’autre malgré lui

Ma présence vous aide à vous poser des questions

Là j’éclate de rire

Je vous aide à rire à vous exprimer par le rire

Je vais me lever et partir

Alors ma présence vous aide à quitter ce lieu

C’est vous qui semblez avoir besoin d’aide

Oui sans doute alors je vous aide à m’aider

Et c’est ainsi que j’ai aidé cette personne à m’aider à l’aider

4

Trier classer chercher le fil rouge

Dans les textes courts épars

Relire, réécrire, couper, copier, coller,

Supprimer le trop plein

Garder l’essentiel

5

Le parking dégorge de voitures à demi-vautrées dans la dune

Vélos, poussettes, piétons s’emmêlent roues et petits pas chargés de balluchons

Parasols, bouées de toutes couleurs

De toutes formes plastiques

Ananas, feuilles de philodendron, flamants roses, signes, lions, canards

Dans les petites allées entre les serviettes chacun cherche sa place

S’installe

Se déhabille

S’étale

Des groupes déjà là discutent, mangent, rient, chahutent de blagues, racontent la télé, les infos, les autres

Des enfants courent partout, se perdent, cherchent des yeux leurs parents, affolés puis

d’un coup filent à toute vitesse 

On leur fait coucou de la main, de loin

On les appelle

Ça parte toutes les langues

Ça téléphone,

Ça regarde sa tablette

Ça lit

Ça dort

Ça ne fait rien

Ça regarde les autres

Ça flèche et ça croise des mots

Ça revues, ça magazine

Comme ces deux vieux sur leurs pliants

Ça a des lunettes de soleil

Ça a des casquettes, des bobs, des chapeaux de paille

Les corps sont multipliés à l’infini

Des corps à demi-nus

Des corps tatoués d’hirondelles, tigres aux crocs acérés, tourbillons, nœuds et cercles

maoris, celtiques

des corps maigres, ossus, ventrus, poilus, brillants, brunis, tachés de rousseurs

corps qui se collent, s’étreignent, reposent, s’allongent, s’assoupissent

des cheveux teints, relevés, effilochés, mouillés

l’océan vedette au programme déroule son spectacle son et lumières

secoue ses vagues, ses remous, ses courants, s’écrase en dentelles, efface les traces,

dépose ses trésors

démolit les châteaux d’illusions

c’est une foule calme

une foule en jouissance

le soleil rougit les corps

départs et arrivées se succèdent

zone piétonne tout public

c’est une agora

une zone libre

je regarde, j’observe, je fais partie de cette foule

je suis une parmi les autres

6-1

le brouillard de la ville

la photographie du brouillard de la ville

le ciel de la photographie du brouillard de la ville

l’obscurité du ciel de la photographie du brouillard de la ville

du monde de l’obscurité du ciel de la photographie du brouillard de la ville

de ce blanc du monde de l’obscurité du ciel de la photographie du brouillard de la ville

du calme de ce blanc du monde d’obscurité du ciel de la photographie du brouillard de la ville

6-2

l’eau du lac

la surface de l’eau du lac

la douleur de la surface de l’eau du lac

la matinée de la douleur de la surface de l’eau du lac

la force de la matinée de la douleur de la surface de l’eau du lac

l’éclair de la force de la matinée de la douleur de la surface de l’eau du lac

le bleu de l’éclair de la matinée de la douleur de la surface de l’eau du lac

A propos de Béatrice Planchais

Enfance à la campagne grande sensibilité à la nature , j'écris principalement de la poésie

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