1. DU MONDE
Qui dit force ne dit pas grandeur
loin s’en faut
car le monde est las de la force
ce qu’il rêve
sans conteste ce sont les cimes
les cimes
qui
nous
élèvent
nous
élèvent
nous
élèvent
2. LE RÉEL, LE RÉEL, ET ENCORE LE RÉEL
Par ici manger relève de l’obsession chez la maîtresse de maison : monologue intérieur « tiens j’ai envie de manger quelque chose », « décidément, je mangerais bien un petit quelque chose », mais dilemme « qu’est-ce que je pourrais bien manger, sucré ou salé ? », difficile en plus « oh non j’ai pas envie de manger ça … », psychologue de Monoprix souvent « bizarre quand-même cette envie permanente de manger, je ne serais pas en train de manger mes émotions… », contrôlante parfois « faudrait que j’arrête de penser à manger », incontrôlable toujours « oh la la j’ai encore envie de manger un truc ! », et quand c’est pas la maîtresse de maison, c’est les mômes : « quand êssst-ce qu’on mânnnnge ?????».
3. ÉCRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR
Demander de l’aide à autrui lorsqu’on est habitué depuis toujours à être celui qui offre la sienne aux autres n’est pas chose facile. On se sent comme un vieil acteur de mélo à qui on demanderait tout à coup de faire rire toute une salle. J’avais grandi dans l’une de ces nombreuses familles où les enfants servent d’étai à leurs parents restés immatures, par paresse, par bêtise, ou peut-être par confort. C’est tellement plus simple de ne jamais se sentir responsable de ses décisions, ni de ses actes. Et pourtant, malgré tout ce temps passé à écouter, soutenir, conseiller, un jour, c’est moi qui ai demandé de l’aide, et elle ne m’a pas été refusée.. J’étais en terra incognita, à des milliers de kilomètres de mon nid, et je n’avais pour seul recours qu’un numéro. Je l’ai composé.
Je n’avais pas eu le choix, un individu malveillant venait de m’empoisonner, je ne pouvais plus tenir debout, je sentais la sueur ruisseler dans mon dos, mon cœur s’emballer, des frissons traversaient tout mon corps malgré une touffeur accablante. Je ne m’attendais pas à une réponse si rapide, si réconfortante. L’homme dont le numéro figurait sur le petit morceau de papier qu’un ami avait glissé dans ma poche avant ces événements est venu me chercher en voiture à peine quelques instants plus tard. Je n’ai jamais su comment il était parvenu à me retrouver étant donné les indications plus que floues que j’avais bafouillées au téléphone (mon cerveau faisant lui aussi les frais du poison et de l’angoisse). Quand j’ai deviné, à travers un demi-brouillard, la silhouette de l’homme à qui j’avais parlé au téléphone, et que je n’avais jamais vu, j’étais allongé sur un muret en ciment, quelque part au fond d’une station essence, sous les branches majestueuses d’un arbre immense auquel je venais de confier mes dernières pensées, assez sommaires du reste « bon, si c’est maintenant que tout se termine, c’est comme ça… ». Aucune inquiétude ne se lisait sur le visage de l’inconnu, il n’avait pas l’air surpris le moins du monde de me voir dans cet état. Arrivé chez lui, je l’ai observé réaliser une mixture d’une couleur indéfinissable, puis il m’a tendu le verre, et je l’ai bu.
Demander de l’aide à autrui, lorsque la demande est on ne peut plus impérieuse, ne relèverait-il pas d’une forme de magie fondée sur l’intervention de forces aussi puissantes qu’inexplicables ?
Mais qui était le sauveur ? Ha..ha…ha, moi, le guérisseur, l’homme-médecine comme on dit ici, du haut de mes quatre-vint seize printemps, j’ai bien ri de voir encore une fois l’un de ces aventuriers en herbe devenu plus blanc que la neige elle-même ! Mais mon rire n’était pas le fait d’une quelconque cruauté, bien sûr que non ! Je savais qu’une décoction à base de plantes dont je suis seul à connaître le secret ferait revenir ce blanc-bec à la santé. Après quelques heures d’un sommeil plus lourd que toutes les planètes réunies il avait repris ses esprits…ou peut-être que ce sont les esprits qui l’avaient repris !
A peine l’avais-je redéposé chez lui qu’une autre âme en peine tentait de me contacter. Je suis reparti à tombeau ouvert…
4. DE SOI-MêME et D’écrire…
(en cours)
5. A VOUS LA CANTONADE !
Le visage de ma mère
les plis du visage de ma mère
la signification des plis du visage de ma mère
la cruauté de la signification des plis du visage de ma mère
la vérité de la cruauté de la signification des plis du visage
la peur de la vérité de la cruauté de la signification des plis
l’intensité de la peur de la vérité de la cruauté de la signification
la disparition de l’intensité de la peur de la vérité de la cruauté
le début de la disparition de l’intensité de la peur de la vérité
la joie du début de la disparition de l’intensité de la peur
la force de la joie du début de la disparition de l’intensité
la victoire de la force de la joie du début de la disparition
la splendeur de la victoire de la force de la joie du début
Beaucoup aimé votre « demander de l’aide ». Merxci
Merci Emilie.
Impressionnant votre 3 (palpitant). Formidable votre 5 (jouissif). Plaisir à vous lire, à vous découvrir.
Merci! C’est rassurant. J’aurais pu amplement développer les deux, mais le délai oblige à s’arrêter, ce qui n’est pas plus mal pour garder le côté haletant (3).
Lu avec interêt vos textes, la demande à l’aide m’a beaucoup plu et la 5 le visage de ma mère m’a accroché d’emblée et découvert avec curiosité la suite Merci
Merci!