#chroniques #06 | jusqu’à

1| Du monde

Force du désir douloureux
Du poids du monde
que j’y ai mis
Et du poids une élévation inattendue

2| Le réel

Manger sans faim, manger sans fin, manger à profusion, manger avec le ventre plein, manger par plaisir, manger par gourmandise, manger pour faire quelque chose, manger jusqu’à plus faim, manger jusqu’au dégoût, manger pour faire plaisir, manger par politesse, manger par nécessité.

3| Écrire avec Clarice Lispector

Il arrive toujours un moment où il n’y a pas d’autre issue à la vulnérabilité de qui l’on est. Il faut demander de l’aide. Le tout est de choisir la bonne personne, celle qui ne refusera pas de la donner et qui donnera la bonne. Mais il m’est arrivé de n’avoir pas le choix de la personne. Elle est là ma véritable vulnérabilité.
Quand je dois demander de l’aide sur le moment, et qu’importe la personne en face, c’est le vide : comment demande-t-on déjà ? Tout se passe comme si je ne l’avais jamais encore fait. L’acte de demander de l’aide semble être étranger, comme s’il fallait être quelqu’un d’autre dans l’oeil de l’autre pour demander de l’aide et la recevoir.
Pourtant l’autre sera disposé à aider la plupart du temps, asseyant ainsi sa légitimité d’aidant de bon coeur. J’ai donné l’opportunité à certaines personnes de m’aider si le coeur leur en disait.

4| De soi-même et d’écrire

Les gens qui regardent et les gens qui dansent, ce ne sont pas le même type de gens, ils ont quelque chose dans le corps, c’est sûr, quelque chose déjà dans le mouvement, mais c’est aussi une question de physionomie, on peut repérer les gens qui dansent même quand ils ne dansent pas ; évidemment on pourrait aussi reconnaître les gens selon la danse qu’ils pratiquent quand ils sont immobiles, mais ça demande de l’oeil. Les bouteilles de verre sont partout, jonchent le sol, jonchent l’herbe, et sont dans de nombreuses mains, des mains lâches qui pourraient les faire tomber, des mains crispées qui ont peur de perdre une goutte, des mains qui ne tiennent qu’à deux doigts, beaucoup de mains alcoolisées dans l’histoire. Dans l’entre-deux les mélanges sonores, le son de la salsa à gauche, le son du tango à droite, et un vague soupir de quelque chose qui ressemble à du swing, mais on voit surtout les corps un peu plus loin qui permettent de dire que oui c’est sûrement du swing. Tout à coup petit chemin sinueux et on se rend compte que personne ne sait marcher à droite, les gens marchent au milieu, à gauche, entre, mais jamais à droite, on ne peut pas marcher à droite soi-même, on marche en diagonale, en zig-zag.

5 |

la lenteur du matin
l’éternité de la lenteur du matin
la naïveté de l’éternité de la lenteur du matin
la porosité de la naïveté de l’éternité de la lenteur du matin
l’invasion de la porosité de la naïveté de l’éternité de la lenteur du matin
l’imperturbabilité de l’invasion de la porosité de la naïveté de l’éternité de la lenteur
l’assombrissement de l’imperturbabilité de l’invasion de la porosité de la naïveté de l’éternité
l’arrivée de l’assombrissement de l’imperturbabilité de l’invasion de la porosité de la naïveté
l’étonnement de l’arrivée de l’assombrissement de l’imperturbabilité de l’invasion de la porosité

le parfum des fleurs
l’absence du parfum des fleurs
l’étrangeté de l’absence du parfum des fleurs
la conscience de l’étrangeté de l’absence du parfum des fleurs
la prise de conscience de l’étrangeté de l’absence du parfum des fleurs
la brutalité de la prise de conscience de l’étrangeté de l’absence du parfum
l’intimité de la brutalité de la prise de conscience de l’étrangeté de l’absence
l’oubli de l’intimité de la brutalité de la prise de conscience de l’étrangeté
le contrôle de l’oubli de l’intimité de la brutalité de la prise de conscience

la face de l’immeuble
le contour de la face de l’immeuble
le contre-jour du contour de la face de l’immeuble
l’invariabilité du contre-jour du contour de la face de l’immeuble
la photographie de l’invariabilité du contre-jour du contour de la face de l’immeuble
le vif de la photographie de l’invariabilité du contre-jour du contour de la face
la surprise du vif de la photographie de l’invariabilité du contre-jour du contour
la couleur de la surprise du vif de la photographie de l’invariabilité du contre-jour
le gris de la couleur de la surprise du vif de la photographie de l’invariabilité

Laisser un commentaire