1 – Ici et seulement ici, l’instant présent, oui, la joie d’être au monde
2 – COMMUNICATIONS BROUILLEES
Message envoyé ce qui est vrai – impatience de la réponse ce qui est vrai – à rendre fou ce qui est vrai- à consulter son téléphone ce qui est vrai – à vérifier s’il a été lu et en toute hystérie lâcher des mots d’oiseaux ce qui est vrai – en désespoir de cause tenter l’appel téléphonique ce qui est vrai – écouter la sonnerie une grimace au visage, écouter le message : « la personne n’est pas disponible etc… » ce qui est vrai – laisser un message ce qui est vrai – ronger son frein, matinée foutue ce qui est vrai – n’avoir en tête que l’espoir d’une réponse ce qui est vrai
Mot de passe oublié ? vérifier dans mon petit abécédaire du net ce qui est vrai. Mot de passe incorrect … refaire à nouveau ce qui est vrai. Changer le mot de passe, ça marche c’est vrai – gommer l’ancien dans le carnet, écrire le nouveau, prudence de la mémoire fragile ce qui est vrai
Minuit vraiment – Imprimer une reproduction de tableau ce qui est vrai – sort une feuille de camaïeux colorés, sans aucun lien avec l’original …
alors ce papier me fait penser à des ces corps tatoués sont des messages à déchiffrer ce qui est vrai
la nuit devient un nid d’amertume ce qui est vrai
la violence des tempêtes est un langage ce qui est vrai
siffler nos questions aux oiseaux denuit et attendre et entendre les réponses ce qui est vrai
j’aspire le vivant ce qui est vrai
3 – VOYAGE MEMOIRE
Le tilleul abattu c’est le jardin perdu, l’enfance qui s’écroule, les images des branches au sol à jamais figées dans la mémoire triste et j’y pense à chaque fois que dans ma ville on ne procède pas seulement à un élagage mais à une condamnation à mort un érable, un marronnier pour de laides constructions d’investisseurs…
Les arbres nous sont transmis, plantés par des prédécesseurs soucieux de paysages, et nous ne sommes que les explorateurs égarés dans nos forêts intimes, nos feuilles de vie s’écrivent, tremblent et puis doucement se racornissent s’effritent en poussière comme nos corps et nos cendres.
Aujourd’hui le pin devant chez moi abrite un couple de pie et un autre de tourterelle. Leurs cris me sont présences, me sont reflet des batailles de territoire, me sont protection de la sauvegarde de l’espèce. Le cri de cette mère au bord de l’océan quand une vague a vacillé son enfant m’a rappelé ces hurlements d’oiseaux pour protéger leurs nids.
Attablé à la terrasse d’un café je ressasse des pensées sur la postérité. L’odeur du café torréfié est proche de celle de l’herbe sèche et me revient l’odeur de la pluie sur la terre chaude de l’été.
Je suis montée à bord de ce bateau, j’ai traversé la ria, je suis allée de bord à bord, d’une plage à l’autre, j’ai vu le cimetière de bateaux et la vie qui grouille dans ces épaves. La vie jusqu’au bout de la rouille et de de la pourriture … jusqu’à disparition
Dans la musique de la ville je trouve un refuge à ma solitude.
Dans le silence de la nuit de campagne, le bruit des oiseaux de nuit prédit la mort imminente de petits mulots
Certains passants s’écartent des échafaudages des immeubles par crainte de malheur comme pour éviter de passer sous une échelle. Dans le centre de la France les croyances sont encore très vives et le signe de croix peut éloigner les mauvais esprits.
Un matin alors que j’arrose les pierres du jardin sec et tout aussitôt un couple de papillons vient s’abreuver. Je suis la seule présence humaine, immobile pour ne pas les échapper. C’est une consolation à ma nuit d’insomnie.
Du balcon surplombant le jardin et le parking du boulevard j’observe les enfants jouer sans se soucier du trafic, leurs cris et leurs rires en résonnances des klaxons et portières qui claquent.
4 – CE N’EST PAS VRAI
Supposons que les femmes devront s’incliner devant l’autorité masculine, ce n’est pas vrai, elles pourront toujours se dérober.
Supposons que ces mêmes femmes soient privées d’écriture, ce n’est pas vrai, écrire des pensées dans sa tête ne peut jamais être interdit
Supposons que ces femmes ne bougent plus leurs lèvres pour chanter, ce n’est pas vrai car c’est elles croient aux chants de révolution de leurs sœurs.
Supposons que la jeune fille sur la photo, un sourire forcé aux lèvres, se tient debout suspendue dans le temps, soit encore vivante, ce n’est pas vrai mais elle est un peu de nous qui tenons encore debout
5 – CE QUE – CE QUI
Ce que ce qui en écho face à une photo un paysage de vacances
Ce que ce bruit de pomme qui tombe sonne déjà la fin de l’été
Ce que l’air frais sous les aisselles disent du plaisir d’être nu
Ce que disent de notre fragilité ces boutons de fleurs qui ne s’épanouissent pas brûlés par le soleil
Ce qui dit la lune dans mes insomnies, elle qui déambule en quartiers puis en demi et bientôt pleine.
Ce que me disent les bruits des pas sur le gravier d’une présence
Ce que me disent ces châteaux de sable éphémères de la puissance de l’océan comparable à la capacité destructrice des hommes
Ce que me dit le pin solitaire du temps qui fane la vie lorsque le vent le fouette, l’envol de ses aiguilles
Ce qu’est l’invite à se lever devant l’insistance des roucoulements