1 | du monde
Une fierté bafouée, piétinée, effacée, anéantie par les mensonges, la possession, les massacres, une fierté en colère, une fierté revendicatrice, une fierté sage
2 | le réel, le réel, encore le réel _ Archives
Tulsa, OK | Bob Dylan Center le 30 juillet 2022
C’est au 116 E Reconciliation Wy que le 10 mai 2022 a été inauguré par Patti Smith le Bob Dylan Center. Je l’ai su par hasard, au détour d’un post sur IG. C’était de bon augure, Tulsa était inscrite dans ma préparation du road trip Route 66. Je me suis renseignée et j’ai immédiatement noté cette information dans mon carnet. Le 30 juillet suivant, à midi, nous découvrons le bâtiment en briquette rouge, incroyable lieu d’archives, qui côtoie quelques mètres plus loin, au 102, le bâtiment dédié à l’idole du jeune Dylan. Une coïncidence ? Une volonté ? Peu importe. Nous n’aurons pas le temps de découvrir le Woody Guthrie Center, mais resterons 4 heures dans le Bob Dylan Center tellement riche et passionnant. Ici, toutes sortes d’archives s’entassent, s’accumulent, se croisent, s’étalent. Et comme le mentionne ces quelques mots issus de Ballad of a Thin Man inscrits sur la vitrine à l’entrée du Center, Something is happening here. Et c’est vrai, durant ces 4 heures, il va se passer quelque chose d’unique, car jamais un bâtiment d’archives ne m’aura autant fasciné. La matière est là, bien présente et jubilatoire. Dès la première salle, un film de plusieurs minutes tourne en boucle. Quelle merveilleuse entrée en matière. Les images, la musique, le son de la voix de Dylan. Les extraits de concerts et d’interviews se font écho et s’est envoutant. Je reste pratiquement une demi-heure dans cette antichambre, assise sur un pouf, à me m’imprégner du moment. J’ai envie de tout dévorer, tout noter, tout enregistrer, pour garder le souvenir intact de chaque instant, chaque découverte, tous ces détails contribuent à l’essence même de l’histoire et nous laisse ce sentiment d’être comblé. Ce jour-là, au milieu des installations consacrées à ses chansons de légende, on épluche la chronologie de la carrière musicale de Dylan, on effleure la partie privée, ses tournées, ses amis, on reconnait des pochettes de disques, on prend note de ses lectures favorites. Ici s’entassent des carnets, des manuscrits et tapuscrits d’écriture de chansons, des photos, des affiches, des guitares. Pour son premier concert solo à New York, le samedi 4 novembre 1961, au Carnegie Chapter Hall sur la 57th, la place assise coutait $2.
3 | écrire avec clarice lispector
Jamais deux sans trois, mais jamais trois sans le reste. Il convient d’une première fois et c’était en 1981, la deuxième a pris toute une année et s’est terminée au début de l’été 84 et après, les autres fois se sont enchaînées de manière irrégulière. Je ne les ai jamais comptées, trop peu à mon goût, mais suffisamment pour créer une histoire, creuser un monde, tisser un lien indéfectible entre un pays fantasmé, idolâtré, lointain, les États unis, et moi. Depuis cet été 81 qui fut bien réel, mais aussi les années antérieures, cette terre n’a cessé de m’appeler encore et encore, sans me laisse de moindre répit. Mon regard est toujours tourné vers l’Ouest, mon esprit se disperse au-dessus des 50 états fédérés, et les deux liés représentent une grande partie de mon existence, comme s’ils s’étaient liés pour m’accompagner dans cette quête de l’ailleurs. Aujourd’hui, ce proverbe est si lointain qu’il ne fait plus sens, mais dans une période de ma vie, il a borné quelques-uns de mes objectifs, pas à pas a contribué à concrétiser mes choix, impulsant cette force en avant du désir fou de retourner là-bas à chaque retour.
4 | de soi-même et d’écriture
Le temps d’écriture reste fragile. Il suffit de changer de rythme, de subir des imprévus extérieurs et c’est toute une organisation qui s’écroule. J’avais projeté un été serein qui m’aurait permis de mettre en place une pratique d’écriture plus régulière, de préparer des projets, d’organiser mon travail. Et puis, les canicules se sont succédé, implacables, insupportables, pour le corps et l’esprit, affaiblissant le quotidien, le rendant invivable, et figé dans un souffle de vent qui jamais n’est venu. Et puis, les incendies en Gironde, aux portes de la ville et ailleurs, apportant son lot d’angoisse, d’incertitude, des dévastations. Les paysages extérieurs, noircis, brûlés, dévastés, affectant aussi notre paysage intérieur, ont révélé un avenir fragilisé, en souffrance d’attention, de respect. Il était nécessaire d’attendre un sursis pour s’autoriser à s’évader un peu, s’éloigner vers un soupçon de fraîcheur, un autre paysage, et tenter d’écrire quelques mots autres sur le blog de voyage, des mots arrachés à la volonté de survivre, de poursuivre. Le suivi de l’atelier d’été en a été perturbé, ralenti. Il faut maintenant en reprendre le chemin pour le terminer tant bien que mal. C’était un des objectifs de l’été 26.
5 | à vous la cantonade !
Derrière eux, le paysage était flou, comme absent. Ils étaient debout, se faisant face, les yeux dans les yeux. Sa main à elle posée délicatement sur son buste à lui, l’articulation de son poignet pratiquement en angle droit, mais suffisamment souple pour interpréter ce geste comme un lien à la fois distant et amical. Il portait un ensemble pantalon-chemise en épais tissu blanc, elle était habillée d’une robe noire sobre découpée dans un joli tissu délicat, style kimono. Les bordures de l’encolure croisée faisaient apparaître un liseré blanc. Sur la partie droite, une broderie en argent. Autour de la taille, une large ceinture noire et sur la partie visible la lettre X brodée en fil d’argent avec de chaque côté, une décoration qui faisait penser à un clou. Sur sa tête était posé un chapeau en feutre noir au large bord. Elle avait 90 ans, il en avait 32. Il était sculpteur sur céramique et son assistant, elle était une peintre moderniste américaine renommée. Sur le support explicatif placé à côté de la photo prise en 1977 au Ghost Ranch ou à Abiquiú, NM, par Malcom Varon, on pouvait lire deux noms, Georgia O’Keeffe et Juan Hamilton.