les valises roulant le long du quai / Oslo, 30 juillet / gare centrale, l’arrivée et la fin prochaine du voyage / le corps déplié, encore engourdi, avec sac et valises dans le flot des voyageurs / tant d’heures assise derrière une fenêtre / un grondement lourd se mêle au roulement des valises le long du quai / avançant vers les grandes vitres de la sortie / l’envie de parcourir la ville / avançant vers la porte tambour de la sortie / et saisissant tout à coup l’origine du grondement de plus en plus présent / la pluie qui s’abat sur la carcasse de métal et de verre / nous arrêtant derrière la paroi vitrée / la vue sur le port voilée par des rideaux de pluie / attendant / guettant un ralentissement dans la frénésie des trombes d’eau qui s’écrasent au sol / attendant / regardant / ce qu’on aperçoit du ciel ne laisse aucun espoir d’éclaircie prochaine / comprenant que l’attente sera longue / cherchant où s’asseoir / prenant l’escalator pour l’étage / l’espace d’attente bien rempli / les ventilateurs de plafond tournent à grande vitesse / la déflagration du tonnerre se répercute dans l’espace / trouver deux places assises d’un côté de l’autre des rangées de sièges / en face un café sans client où s’affairent deux serveuses, c’est l’heure de nettoyer et de ranger / la pluie redouble d’intensité / à côté de moi, une jeune fille écrit dans un long carnet / l’attente / non pas l’attente anxieuse de quelqu’un dans l’incertitude d’une arrivée / de mon sac, j’ai sorti un livre et un paquet de biscuits / non pas une attente incertaine mais une bulle de temps encerclée par le fracas de l’orage / deux femmes aux longs voiles sont venues s’asseoir avec un petit garçon à la terrasse du café / une guêpe affolée tourne autour de mon biscuit / les gens attendent / certains regardent la pluie tomber / d’autres regardent l’écran de leur téléphone / à travers les parois vitrées se devine la silhouette embrumée d’un grand paquebot / je regarde les photos des forêts et des lacs aperçus pendant le trajet / la densité des forêts sur tant de kilomètres / le jaillissement des torrents / ma voisine ne cesse d’écrire, elle numérote ses paragraphes / je prends des notes sur Simplenote / des notes sur la gare centrale d’Oslo / Sentralstasjon / la guêpe revient à l’attaque / des notes sur l’attente à l’intérieur de Sentralstasjon / sur le bruit des trombes d’eau sur le toit de la gare / tu joues sur ton téléphone /on ne s’en rend pas compte immédiatement mais la pluie devient plus régulière / plus calme / assourdi, le grondement sur la verrière / la jeune fille a fermé son carnet / je te rejoins devant la baie vitrée / des gouttes plus lentes rebondissent sur les flaques du parvis / plus loin le trottoir se glisse sous des arcades / on reprend nos bagages pour descendre vers la sortie / un courant d’air entre par les battants de la porte-tambour / on sort dans la ville
ce texte est comme la suite de la chronique 2 de Légère fatigue, écrit dans l'atelier d'été, il en reprend la forme et la prolonge.