#arts #03 | sans caméra, avec les yeux, le vent, la pluie, un chien

Rue. En plan large.Un homme de dos, couché sur un trottoir, veste de cuir noir, jean, les pieds nus. Autour de lui des détritus. Sur le trottoir d’en face, une femme de trois quart dos, debout ; manteau mi-long, sac à dos, pantalon, baskets. Cheveux détachés. L’orientation du corps de la femme laisse supposer qu’elle observe l’homme.En surplomb de la Continuer la lecture#arts #03 | sans caméra, avec les yeux, le vent, la pluie, un chien→

arts de la fiction #02 | Sentralstasjon

les valises roulant le long du quai / Oslo, 30 juillet / gare centrale, l’arrivée et la fin prochaine du voyage / le corps déplié, encore engourdi, avec sac et valises dans le flot des voyageurs / tant d’heures assise derrière une fenêtre / un grondement lourd se mêle au roulement des valises le long du quai / avançant vers les Continuer la lecturearts de la fiction #02 | Sentralstasjon→

# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique

Le 21 août j’entre et je prends cette photographie perdue depuis. La veille j’étais passée devant la petite gare, haute sur pattes, presque incongrue dans ce paysage de montagne. Me reviennent les couleurs saturées de ce groupe de voyageurs qui attendait sur le quai ; ces jaunes et rouges qui tranchaient le vert sombre des arbres. Et le bourdonnement des Continuer la lecture# arts de la fiction #02 | une voie à écartement métrique→

#construire #05 | focale de souvenirs croisés

Il est remarquable qu’une goutte d’eau suffit à troubler le regard. Les lignes au-dessus d’un quai perdent de leur netteté, elles s’éloignent en s’effilochant, tout est soudain gris dans le bleu, les vies deviennent parallèles, il pleut sur le souvenir. La pluie qui embue l’horizon se distingue pourtant à longs traits diagonaux, qui ricochent sur le sol en innombrables geysers Continuer la lecture#construire #05 | focale de souvenirs croisés→

#rectoverso #10 | parmi les buées

au milieu des champs noyés de brume, la grande route rectiligne file vers la ville de R***, là-bas, loin au bout de la plaine, sous un ciel bas et gris uniformément couvert le front appuyé contre la vitre de la chambre, elle regarde sans la voir la plaineles camions qui tournent, la pluie qui frappe la vitre, les gouttes qui Continuer la lecture#rectoverso #10 | parmi les buées→

#écopoétique #06 | De goutte à goutte

Pluies, remplissez le bassin de nos mots Pluies, reprisez au petit point la blanche nappe de nos phréatiques banquets  Pluies, averses, ondées, orages, déluges, cataractes, giboulées, trombes, crachins ou fines bruines,    entrez là en cortège, vos eaux sont les bienvenues Pluies, étoffez les torrents, les ruisseaux, donnez-leur corps et âme, fouettez leur ingénue transparence jusqu’au blanc de l’écume, jusqu’au sombre de Continuer la lecture#écopoétique #06 | De goutte à goutte→

#écopoétique #06 | Saint-John-Pluie

Tombez, larmes du monde sur nos idées funestes quand l’air noir se propage jusqu’aux esprits guerriersTombez sur la grève plastiquée de notre plage triste minée par les souvenirs heureux d’un soleil blancTombez et lavez d’une onde de pureté douteuse par cette eau chargée des tourments chimiques qui nous affectentTombez et ne vous relevez pas, restez là, immobile, sentez la terre Continuer la lecture#écopoétique #06 | Saint-John-Pluie→

#écopoétique #06 | Comme dans une photo d’Abbas Kiarostami

Des éclairs illuminent le ciel bleu-nuit noir quand je sors du cinéma l’Atalante de Bayonne. L’Adour reflète le scintillement des éclairs et donne un côté magique à la ville. Monter avec empressement dans la voiture, quelques minutes avant la chute d’une pluie torrentielle. Concentration extrême sur la route du retour. A certains endroits des amas d’eau traversent la route. Essayer Continuer la lecture#écopoétique #06 | Comme dans une photo d’Abbas Kiarostami→

#anthologie #39 | à peine rien

Avancer à rebours, ramener à la mémoire. Collecter, pas collectionner. Des albums de photographies ont survécu à d’autres vies que la mienne, legs involontaire avec images qui font retour : elle sur les marches de bois de la maison de bois à Quincy en Floride, lui étendant les bras quelque part au Congo et l’insupportable arrogance de son geste ; Continuer la lecture#anthologie #39 | à peine rien→

#anthologie #36 | plan

Elle a dit on va le ralentir ce plan. À peine. Ce sera imperceptible; on peut le faire au montage. Et lentement comme si elle même avait été ralentie, comme mimant ce qu’elle allait infuser au plan à l’écran, elle a avancé sa main vers le clavier ; une longue main – une longue main calme. C’est la première fois que Continuer la lecture#anthologie #36 | plan→