
L’Italienne. Jérôme avait compris : « Le pire, c’est que ces gens-là, tout le monde les veut ». Giulia me disait que l’important était de suivre ses ambitions, un stage en Italie n’était pas un rêve. Sa vie à elle entrée dans celle requise, à la faire déborder. Elle ne se privait pas de rentrer chez sa grand-mère manger de bonnes pizzas. Je regardai les pizzas, grandes, là où je n’avait créé aucun moment.
Ne pas comprendre. C’avait été mon dernier effort. Elles en revenaient chaque fois, moi je ne suis jamais revenu vraiment. Là sans le dire, faisant celui qui écoutait. Quand deux être humains se regardent. J’étais sans Louise ces soirs dans lesquels me dire que j’avais bien travaillé.
A partir d’un moment je ne me présentai plus qu’ainsi devant les autres. Ceux qui n’avaient pas vécu ça. Moi-même je n’avais pas vécu ça. J’avais vécu la vie des autres, dehors, dans les moments où on se retrouvait.
Le premier livre de chacun de nos vies. Avant le moment où vous commencez. Je suis dans l’ascenseur avec ma mère. Quelle était sa vie d’alors ? L’enseignant dit que Balzac, Zola, ça n’est pas adapté. Dans la chambre d’amis il y avait Largo Winch, Philémon, et La Bête Humaine que j’ai dévoré sans savoir. Plus tard il faudrait lire Bel Ami. Qui n’a fait de ce livre d’avant le sien le seul ?
Le cosmos de la Bahia dans la vision de mon amour. Les pupilles sont fortes, je suis entourloupé. Côte à côte. Souvenir d’été. Mon intention que je place juste sous les mots, comme une carte glissée en secret dans un livre. Pas besoin de comprendre, il suffit d’afficher les gestes. Ces mondes auxquels nous convie une personne sont ceux qui planent au-dessus de la ville. Et l’écriture qui nous emmène à l’opposé de ce que nous lui demandons. C’est pourtant de là, frisée, cette parole pour une cité que le matin amène.
Intellectuelle ? Non. Le point sur les années d’effort qui me séparent de ce Rémy qui les avait regardé se débattre. S’étaient-ils empêchés ? A quoi étais-je en train de me convertir ? Ce Rémy qui y avait vu le bord de ceux qui ne se lancent pas. D’autres jouent le jeu dès le début. Bowie disant qu’il ne se voulait pas intellectuel me rappelle que je ne me suis pas complètement écouté.
Fragment. Un morceau, solide, détaché, dans le plan de la mappemonde. Je suis seul, mon texte aussi, parmi les balades des autres. Ce qu’il a fallu comme circulations, pour ces pays et continents. Je lève la tête du niveau de la carte, ailleurs qu’en ce plan où les choses existent. Fragment devant le micro-ondes encore amer du bol de café. Les adolescentes circulent et parlent, elles traversent le square.
Ce corpus réunit par Sonia, « géographie littéraire », des extraits de ce que c’est que de le vivre. Fragment dans un ensemble de personnalités, les strates remontent sur la feuille, émergent d’elles-mêmes.
Refuge. Chaque jour au café, je m’installe à la même place. Le rêve d’un métier pour plonger dans les autres. Avant le refuge était une maison vieille, dans laquelle l’air ne circulait pas. Nous y mangions du caramel dans des peignoirs motif chats. Moi qui suis tout le temps dehors. Mon appartement si rétréci qu’il m’expulse toujours. Se réfugier dans la mer et l’air qu’on y souffle. Parce qu’ici, le refuge, je peux circuler dans des pensées. Fini de croire que des refuges autres me seraient plus pernicieux.
Littérature et justice. Des professeurs, accrochés par cette notion à un exercice compact, qui nous permet tout juste de continuer, sans la part légère qu’elle emmenait jusque dans nos têtes. Des serviteurs, et nous déjà serviteurs devant eux, fréquentant les autres, à fricoter. Je rêve la justice comme la littérature : bavarde de milliers de souhaits.
la possibilité de fleurir, écrivant
« l'écriture » ne justifie rien
elle n'existe pas, nous oui