#anthologie #36 | Le puits

La douleur tient ton corps entier serré. Tu viens d’être père. Tu as quitté la Charente Maritime et la tranquillité d’une petite ville de province. Les nuits de tarot au café Le Français, quand c’était le plus endurant, celui qui conservait sa vigilance jusqu’au petit matin, qui remportait la mise. Les copains du rugby, les fêtes, les troisièmes mi-temps avec Continuer la lecture#anthologie #36 | Le puits

#anthologie #34 il neige

Les deux sont appuyés à la rambarde du balcon les épaules ne se touchent pas ni les mainsça lui revient c’est ça qu’elle voulait lui dire que le chat dort dehors toute la journée dans sa chaise longue mais elle se retient anticipant son expression agacée elle devine ce qu’il aimerait lui dire qu’il suffit de le dégager de là Continuer la lecture#anthologie #34 il neige

#anthologie #31 | pas de quoi en faire une histoire

Mais pourquoi tu fais ça, tu la rabâches et rabâches mon histoire? Comme si j’avais une histoire, comme si c’était un conte de fée ou la petite fille aux allumettes ma vie? Qu’est-ce que tu crois, c’était rien d’extraordinaire ma vie. Qu’est-ce que tu t’embêtes avec ça. Faut le laisser tranquille le passé. Tu crois pas que j’allais rester clouée toute ma vie sur celle de ma grand-mère? Je l’ai même pas connu ma grand-mère, je sais même pas comment elle s’appelait ma grand mère, moi, même mon père je l’ai pas connu, et même comme ça il était déjà assez encombrant, t’embête pas ma fille avec le passé, laisse-nous tranquille nous les morts, on a fait notre vie, on a fait ce qu’on avait à faire, on s’est débrouillé comme on a pu, occupe-toi plutôt de toi, des tiens, des vivants, qu’est-ce  que tu vas t’embêter avec des morts, moi ma mère c’est quand elle était vivante que je m’en suis occupé mais après j’allais pas faire des cuentas, en reparler, ça servait plus à rien, j’allais pas pleurer tous les jours sur sa photo, ça sert à rien ça, les grandes lamentations et toutes les cuentas, je dis pas que tu fais semblant, ne me fais pas dire ce que j’ai pas dit, mais qu’est ce que tu vas t’embêter avec nous? Continuer la lecture#anthologie #31 | pas de quoi en faire une histoire

#anthologie #16 | insaisissable

Elle le regarde en face mais sans le voir. Assise devant une grenadine, elle porte une longue robe verte et un foulard bien serré autour de son visage jeune et plein. Il ne sait pas comment faire avec ses yeux qui fuient. Des yeux qui ne semblent pas apeurés pourtant ; des yeux seulement fuyants, comme si il lui était impossible Continuer la lecture#anthologie #16 | insaisissable

#anthologie #15 | Et vous comptez en vivre?

La première fois qu’on m’a demandé « et vous comptez en vivre ? », c’était  un vieux chinois matois, comptable et avocat qu’on m’avait recommandé pour m‘aider à établir ma société chinoise (les avocats étrangers spécialisés dans ce genre d’opérations prenait dix fois son tarif). En me posant cette question, il plissait ses yeux bouffis par le mauvais baijiu et dévoilait des dents Continuer la lecture#anthologie #15 | Et vous comptez en vivre?

#anthologie #14 | Ben voilà !

Ben voilà !  Elle l’avait bien dit qu’on allait le rater ce fichu train, cette séance de ciné, ce soufflé au fromage  mais c’est de ta faute car tu n’as rien voulu savoir, comme toujours. Ben voilà ! C’est fini, c’est plié, on s’en va. C’est la fin des vacances, de la conversation,  du gâteau au chocolat. On regrette un peu que Continuer la lecture#anthologie #14 | Ben voilà !

#anthologie #35 | en empruntant la 11

Au matin prendre la route, quitter les paysages connus, en longer (je viens d’écrire loger et c’est ça aussi) d’autres, reconnaissables ou pas, le moteur ne te trahira pas : c’est un acte rituel et les organes principaux ont été vérifiés. Le reste ressemble au destin Rue de l’Egalité, premier rond-point et cité largués. Déjà du monde sur l’avenue qui longe Continuer la lecture#anthologie #35 | en empruntant la 11

# anthologie # 34 | écho 31

On y est presque et pourtant on ne voit pas grand-chose mais si, regarde, retourne-toi prends de la hauteur je ne sais pas ce que ça signifie : se reprendre peut-être, ou le large pourquoi pas mais la hauteur quand tu prends le temps de vagabonder, c’est pourtant ce que tu fais tu t’écartes, tu quittes la ligne droite ah non, Continuer la lecture# anthologie # 34 | écho 31

#anthologie #35 | voix du corps

Forêt pentue. Une centaine de mètres en-dessous coule une rivière. L’Arbogne. Le soir. Pas encore la nuit. L’enfant est immobile devant une béance creusée dans la roche. Voix off : A-t-elle un jour quitté cet endroit ? Elle serait restée même si elle était partie. Elle serait revenue. Elle est revenue. Puis elle a disparu. Séraphine porte son corps devant elle. Son Continuer la lecture#anthologie #35 | voix du corps

#anthologie #29 | impossible arrivée

…et toujours je l’accompagnerais au marché, toujours je marcherais à ses côtés sans pouvoir l’aider, toujours je  tremblerais de la voir tomber et toujours je l’y renverrais au marché, toujours je la laisserais emprunter ces ruelles vides, ces trottoirs cabossés… Il lui faut se hâter de rentrer. Elle a tant de choses à faire. Est-il réveillé? Elle n’a pourtant pas Continuer la lecture#anthologie #29 | impossible arrivée