# Chroniques #03: On besogne


1/ Écoute la terre entière hurler son agonie sous le joug de petits humains avides et mauvais.

2/ Avec plaisir…vous ne me devez rien…vous remercierez votre mari…je n’y manquerai pas…Jean-Louis ! …des fois nous on est blasés, on cherche un sens à la vie…oui mais ce qui est central…mais recule donc ! tourne tes roues dans l’autre sens ! …dans l’autre sens j’te dis !…de toutes façons les Français s’en vont…en Italie  les gens se garent où ils veulent…vous n’êtes pas à vendre…ah pourtant j’ai mis la casquette…les jeunes n’ont pas de cerveau… c’est notre génération qu’on pense ça…nous on est obsolètes… on est dirigé par une mafia c’est malheureux…j’ai 80 euros de retraite, femme d’artisan…y m’ont dit que si j’avais pas travaillé j’aurais eu 900…y en a une qu’était au RSA elle se plaint d’avoir 900… il a quel âge maintenant votre fils  ? eh bien 70…Ah déjà !!

3/ Dimanches
Il n’y a pas que les dimanches de l’enfance. Il y a les très nombreux dimanches de vie adulte, où l’on fait le ménage, la lessive, les devoirs, la tonte pour ceux qui ont des pelouses, le footing, l’amour, les déjeuners en famille, l’apprentissage du vélo pour ceux qui ont des gosses, la visite aux voisins, le marché, l’achat des billets de train et d’une nouvelle tondeuse, la lecture des mails , les coups de fil aux amis, la visio avec les grands-parents, le travail de son piano,  de son violon, de son solfège, de son cor, de sa voix, de ses abdos, le vide-greniers, la couleur de ses cheveux,  la correction des copies, les comptes, l’aiguisage des crayons (rare), la lecture sous le saule pleureur (rare), la promenade au phare (rare), l’observation des étoiles d’hiver (rare).
Ou alors rien. On n’allume pas l’ordi (rare), même pas le soir quand on considère que le dimanche est terminé et que déjà on pense lundi, que déjà chaque membre de la maisonnée est dans le lundi.
Ou alors on laisse venir à soi ce dimanche. Le matin du dimanche, l’après-midi du dimanche, le soir du dimanche, la nuit du dimanche.

4/ Écrit en cours : chronique
Cette semaine mon narrateur et personnage principal a changé de genre. Ce qui a entrainé la suppression de passages mais n’en n’a malheureusement pas rajouté. On est passé du féminin au masculin. Depuis le début je voyais un homme mais j’écrivais au féminin, par habitude. C’est quand même moins simple, au masculin.
J’ai fait une recherche sur le prix d’une vie sans aboutir à une seule phrase dans le texte, où j’ai une morte, jeune. Elle s’appelait Laure. Ce qui m’évoque la résistante Laure Diebold ou la muse de Pétrarque.  Malheureusement je l’ai renommée Amandine : une catastrophe dont je n’arrive pas à sortir.
En 2011 Gilad Shalit, soldat otage franco-israélien du Hamas est libéré contre 1027 Palestiniens, dont Yahya Sinouar le futur organisateur du massacre du 27 octobre 2023.
En 2024 une vie, évaluée par économistes, assureurs et Cie, vaut trois millions d’euros en France, six millions aux USA, trois cents dollars au Kenya.
Quoi faire de tout ça ?

Le texte est bloqué.

A propos de Valèrie Mondamert

J'anime des ateliers d'écriture dans les Alpes de Haute-Provence depuis 20 ans, (DU d'animateur en atelier d'écriture en 2006, à Marseille), je suis prof de musique et je mêle avec joie les deux fonctions. J'ai publié des récits.

14 commentaires à propos de “# Chroniques #03: On besogne”

  1. Merci Olivia, j’espère que cette proposition va donner des textes intéressants. Je ne suis pas habituée à faire des propositions par écrit.

  2. Bravo Valérie de t’être lancée ! À te lire, je comprends mieux ce que tu attendais. J’ai beaucoup aimé tes dimanches.

  3. Dans les années 40, le fils de Staline est fait prisonnier par les allemands qui proposent son échange contre un général allemand. Staline aurait répondu « la vie d’un soldat ne vaut pas celle d’un officier ». Que faire de cet info ?
    Que faire de toutes ces infos qui pourtant créent déjà du texte dont l’écho fonctionne étrangement bien avec les dimanches et les bribes de conversation !

  4. Eh bien merci! Pourquoi ne pas mettre tout simplement dans le texte bloqué ce passage sur les vies? Tu me débloques! Et merci pour l’information sur Staline et son fils.
    À te lire bientôt

  5. La valeur intrinsèque, la valeur en soi (d’une vie) ? De ce genre de question qui m’invite aussi sec à cette autre question – du quantifiable là dedans ? Et si je pense aux dessous de mes semelles, et ce qu’elles transportent de l’infiniment petit grain de sable ou/et l’infiniment grand monde céleste, alors avec mon microscope ou mon télescope, je me dirige sur les rebords et dans les interstices. Là je retrouve du vivant .
    Merci pour cette proposition 5 !

    J’aime cette possibilité de se poser des questions d’écriture en écrivant.

    • Merci de ton passage. Oui, j’aime aussi cette possibilité de se poser des questions d’écriture en écrivant, voire aussi quand l’écriture crée de la (nouvelle) pensée

  6. Tu as décrit une scène de mes rêves. Une vie réussie qui «  vaut trois millions d’euros en France, six millions aux USA, trois cents dollars au Kenya », parmi la quantité de mégots qui sommes-nous sur cette terre blanche-noire, vivante-morte. Et la guerre est gratuite pour les 80 € de retraite : réussite est celle d’avoir pu transporter au moins une petite graine.

    • Merci de ta lecture,  » la scène de tes rêves » restant mystérieuse. Réussites que l’on ne verrait pas tant elles sont minuscules?

  7. Chronique qui attrape le réel par le cou ( et par les coups)
    Lecture qui me réveille
    Belle question : de ls mer sous ses semelles ? des graines à germer ?
    Du feu ? ( le mégot m’a aussitôt renvoyé l’image du feu)
    Merci

  8. Une lecture qui réveille, voilà qui est intéressant, comme exigence d’écriture. Je vais garder cela quelque part. Merci!

  9. « Quoi faire de tout ça » ?
    Toute la question de l’écriture et de la liberté qu’elle offre. Faut-il accepter, se résigner à se laisser dévorer par le monde, ou décider une fois pour toute que l’écriture est notre acte de résistance ? (Question sans réponse, mais merci Valérie de l’avoir souligné).

  10.  » Se laisser dévorer par le monde? « Jamais!
    Merci pour la force et le sens que tu renvoies.