chroniques #07 | le bruit de la noix de coco qui se décroche au moment précis où je passe dans l’allée

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je dis seulement oui au monde dans les minutes paires
le reste du temps j’évalue les pertinences du non que rarement je trouve et si parfois elles se présentent à moi dans l’intervalle la minute impaire s’est écoulée déjà

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Supposons que je mette un pouce sur son commentaire dans le groupe, ce qui est vrai. Supposons qu’elle m’écrive un message privé, ce qui est vrai. Supposons que ce message appelle à engager une conversation, ce qui est vrai. Supposons que je lui réponde par un message qui relance et dit oui à la conversation privée, ce qui est vrai. Supposons que le fil de la conversation se maintienne des jours et des jours, ce qui est vrai. Supposons qu’un message arrive un soir ça te dirait de boire un café ?, ce qui est vrai. Le café deviendrait le support de nouveaux échanges et le prétexte à quitter l’espace de ces lignes étriquées ? avec plaisir, oui, j’ai dit oui, je dis seulement oui au monde.

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Chaque fois que je pense à Haïti je revois cette immense table en bois au plateau métallique tournant en son centre et la tôle ondulée qui rayonne une chaleur peu soutenable.
L’odeur de la chaleur sur le tarmac comme l’odeur d’une dissociation, comment est-il possible que huit heures plus tôt j’étais aux antipodes, Orly et le froid glacial d’un mois de février ?
Les moustiques tigres évoluent en meute. L’odeur de la spirale que l’on a placée sous la table nous intoxique autant que les jambes nous grattent.
Il y a les visites. Des gens passent, se présentent brièvement, s’installent à la table alors qu’on leur propose un café. Parfois ils n’ont rien à nous dire et restent assis dans le salon une fois la conversation épuisée.
Des odeurs encore, que j’ai rarement sentie en Europe, à part peut-être dans cette rue du quinzième arrondissement de Marseille, en travaux. L’odeur de la poussière que domine une intense odeur de poubelle et flottant partout celle de la viande frite.
Les vendeuses de fritay qui nous accueillent sous un tissu noir nous servent une pâte frite aplatie sans rien dedans mais qui croustille et a un goût de viande. Jamais retrouvé d’équivalent. Jamais cherché peut-être.
Alberto dépose d’énorme avocats sur la table du salon. Je pense à l’avocat-banane-lait-glaçons de demain matin. Je pense au privilège de l’électricité aux privilèges tout court qui ont rendu possible cette pensée.
L’énorme ficus que ma mémoire n’enlève pas du jardin dans lequel il est pourtant tombé après un cyclone. Et la tombe de Franco à la place, à qui j’avais dit au revoir sans y penser.
La nuit sans lune où j’aimais avancer dans le noir de l’allée. Rageant quand quelqu’un décidait d’allumer sa torche.
Le bruit de la noix de coco qui se décroche au moment précis où je passe dans l’allée. Surtout ne pas regarder en l’air, mais se protéger la nuque avec les mains. J’ai toujours pensé que courir pouvait améliorer les probabilités de ne pas la recevoir sur le crâne, le temps d’exposition dans l’allée de tous les dangers se trouvant raccourci. Mais je crois qu’aussi long qu’il paraît, l’intervalle entre le cric du décrochement et le pom de l’impact au sol – dans le meilleur des cas – est beaucoup trop court en définitive.

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Supposons que régulièrement je me change en oiseau, ce qui n’est pas vrai. Supposons que j’ouvre les bras régulièrement que et le sol s’éloigne, ce qui n’est pas vrai. Supposons qu’ainsi je me déplace dans les airs et que je rende visite à mes amiX, ce qui n’est pas vrai. Supposons que mes amiX laissent par tout temps leurs fenêtres ouvertes et supposons qu’ils soient cloués au lit ou sur un canapé, ce qui n’est pas vrai. Supposons que j’arrive au moment opportun celui où iels étaient le moins enclins à sortir de leur situation, ce qui n’est pas vrai. Supposons que me voyant à la fenêtre iels trouvent brusquement la force de se lever, ce qui n’est pas vrai. Supposons que dans la joie de me voir ou de simplement voir quelqu’un et pour m’accueillir iels ouvrent grand leurs bras, ce qui n’est pas vrai. Supposons que leurs bras ouverts, le sol s’éloigne progressivement d’eux, ce qui n’est pas vrai. Supposons qu’une fois flottant dans les airs iels se déplacent avec moi au dessus de la ville, ce qui n’est pas vrai. Supposons que nous soyons des oiseaux, ce qui n’est pas vrai. Supposons que ce sentiment les bras ouverts et dans les air s’appelle liberté.

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ce que l’on gagne à prendre le temps
ce qui se dessine quand on oublie d’y penser
ce qui résonne dans nos cages thoraciques et se chuchote dans les cages d’escaliers
ce qui est la présence pure et sans falsification
ce que portent les orages de bruits étouffés sous les grands
ce qui parle sans adresse et qu’on est libre d’écouter
ce qui souffle dans les têtes quand tout s’arrête de bouger
ce qui espère dans la mesure précédente des notes à jouer
croche noire et triolet ont-ils connaissance des notes d’après ?

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