#livre #05 | à la lettre

Il y a huit petites clefs. Et sept petits verrous. Rien d’étonnant. Iel examine d’abord les clefs, une à une, pour tenter d’y déceler un indice. Elles se ressemblent toutes, hormis évidement les pannetons, un à un différent. Aucun indice visible donc puisqu’aucune perspective de l’intérieur des serrures n’est possible, aucune perception des différentes formules de piston des stators. Iel avait bien vu une vidéo sur le crochetage de ceux-ci entre deux recherches sur la cinétique, mais ne se sentait pas vraiment capable de passer à l’application.

Quelque chose, pourtant, un liquide, reconnaissable surtout à la différence de température entre celui du sang qui lui coulait à travers le corps pour faire fonctionner toute la machinerie et ce liquide qui se faisait sentir parfois. Comme s’il était à la fois présent à l’intérieur et à l’extérieur du corps, allant et venant de l’un à l’autre pour alimenter une autre machinerie. Trifouillant encore les clefs, se posant des questions sans fins, iel finit par en garder une seule entre le pouce et l’index de la main droite.

Et pourquoi pas ? un soupir lui échappant. Reste à choisir la serrure. Celle en haut à gauche. Aucune raison de choisir celle-là plus qu’une autre. Insertion, rotation, le rotor s’enclenche. C’est la bonne. Plus que six.

Le liquide vient de changer à la fois de température, il s’est un peu réchauffé, et de couleur. Les questions se font de plus en plus lointaines, comme un écho se perdant à force de rebondir sur des objets trop mous pour le renforcer. Iel commence à ne pas comprendre, suivant les couleurs et les températures, elle trouve la deuxième clef et la deuxième serrure. Et ainsi de suite jusqu’à la dernière. La porte est ouverte, et il ne lui reste plus qu’une clef au trousseau. Le partage émotionnel est en cours d’équilibrage entre la déception et le contentement. Heureusement, il reste une clef qui ne semble servir à rien d’autre qu’à maintenir sa volonté d’avancer. Il ne lui reste plus qu’à ouvrir la porte et à enfin pouvoir faire l’état des stocks pour tenter d’en dégager une solution financière adéquate à sa situation précaire.

Tout d’abord, la pièce est assez petite pour ne pas la décevoir outre mesure quant à ses capacités d’anticipation calculières basiques. Cela étant, le vide de la pièce quant à lui finit quand même par la surprendre. Il n’y a qu’une boîte, posée au sol, en plein milieu de la pièce. Aucune indication, rien.

Iel est encore sur le seuil de la porte ouverte face à la boîte. Elle est parallélépipédique, type boîte à chaussures, ancienne, ou vieille, peut-être du même âge que les bouts de carton pendant des trousseaux sur lesquels les adresses sont notées et tout aussi bien conservée d’apparence que les dits bouts de carton. Probablement est-ce leur état de conservation qui fait douter iel de l’activation du processus de vieillissement instantané qui pourrait arriver au moment de mettre un pied dans la pièce. Mais attendre indéfiniment sur le pas de la porte n’était pas non plus une solution envisageable, quelques voisins finiraient par apparaitre et se poser des questions sur la situation, questions auxquelles iel n’avait aucune envie de tenter de répondre. Iel avance donc et referme la porte derrière elle. Il n’y a absolument rien ni aux murs, ni au plafond de l’unique pièce, une fenêtre faisait face à la porte par laquelle la lumière arrivait à peine à éclairer la boîte. L’appartement se trouvait dans un immeuble qui lui-même était dans un quartier de la vieille ville. Les constructions d’alors ne s’inquiétait que peu du la fréquence luxienne nécessaire à l’épanouissement d’une vie de citadin. L’immeuble d’en face grignotait la moitié au moins de la lumière qui aurait pu entrer dans l’appartement.

Iel se retrouvait donc face à la boîte de la pièce. Aucune espèce de soin particulier quant à son ouverture, apparemment il suffisait juste de soulever le couvercle.

Avec le plus de précautions possibles, et cela lui demandait beaucoup d’énergie qu’iel savait être au moins pour moitié perdu inefficacement dans l’exercice, iel tendit les mains pour soulever le couvercle sans le vieillir prématurément. L’intérieur de la boîte lui demanda un moment d’inspiration profonde afin d’aller chercher au plus profond du corps cette étincelle d’amusement lui permettant d’apprécier au mieux la situation et surtout, surtout, de ne pas fondre en larmes.

A l’intérieur de la boîte, des trousseaux de clefs, tellement que personne n’aurait pu les dénombrer visuellement. A chaque un d’entre eux, une clef et un bout de carton. Un tas de trousseaux, un tas de clefs et un tas de bout de cartons. Comment allait-iel bien pouvoir tirer quoi que ce soit de ça pour en vivre ? Les questions revenaient trop vite, iel sentait bien qu’il lui fallait garder une bonne distance avec elles pour tenter d’y voir plus clair. Prenant l’un des trousseaux en main, quelque chose s’était montré. Il ne lui restait qu’à retourner le bout de carton pour lire dessus l’adresse qui lui est pourvue : « b ». Une autre, puis une autre, puis une autre. Sur chaque trousseau, une clef et un bout de carton avec inscrit dessus une lettre d’un alphabet. Du moins est-ce qu’iel en déduisit en reconnaissant l’alphabet qu’iel connaissait des symboles qu’iel ne reconnaissait pas.

A propos de Alexia

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