1 | Doppione

J’aimerais créer des images centriques
comprendre le monde par leurs modes
vivre chacun en doppionne
Comment suivre sans crainte la fin des mes rôles?
2 | La mort du baiser à la fenêtre
Posé sur la cuisine rouge, une, deux, trois -, quatre et plusieurs, Camille, une tapette : prêtes. Un mouvement qui prend la hauteur de son corps, descend en diagonal et frappe : trois sont tuées et il en reste encore quelques vivantes. Le temps qui tourne sur chacune de ses boucles touchées par une lumière splendide guide l’une à l’autre. Son dos s’ouvre, elle s’incline et frappe. C’est trop tôt encore pour la réussite. Une ligne droite descend et recherche le croque de chaque. Au-dessus, la fenêtre, quatre posées et deux qui baisant. Tué, sont les deux qui baisent, l’amour à besoin de plus de vitesse. La chute d’un corps léger écrasé de la fenêtre en haut, plus de bruit, le reflet d’un frigo gris, le robinet, et pourtant encore uni, deux corps plongent dans une piscine des résidus de vie sur le verre. La beauté du temps de la chute, et Camille est fière ; la légèreté est belle. La chemise blanche, qui ne pourrait parler que de paix, tache les corps au milieu d’une cuisine rouge. Frappés, sont posés sur la fenêtre, confrontés à une poignée qui serre bien la tapette. À sa droite, fixés par douze yeux bleu-vert brillants, apparaissent deux gigantesques qui s’enfuient de la jeune raquette. C’est le jeu de la vie et le sixième tour d’un vol plané. Six yeux regardent le temps qui coule de la capture ; elle, calme, n’a aucune peur de l’attente, elle garde sa veille sur la pile d’assiettes. Tués, sommes-nous entre l’été et la pluie ; la goutte coule, et encore deux, et la mort du baiser à la fenêtre. Entrée sur ses cheveux crépus, le temps de la danse commence d’en haut, et quelques scènes dans l’air approchent les trous d’une raquette. Touchée, Camille zonzonne car elle est frappée, mais elle vole encore, cherchant dans l’air un dernier baiser, elle se pose à la fenêtre.
3 | 1940
Il
est
rare
de
partir
Sommes-nous donc coincés sur cette ville et les 100 km maximum que je peux faire dans deux journées extensives. Cette fois-ci, je dois partir à quelque chose sans retour, mon vélo qui reste me suit tout au long de mon pré voyage. Partons prendre quelques affaires chez mon oncle, 30 km de voyage, et pour la toute dernière fois, encore quelques scènes : un grand parcours ensoleillé avec de la terre sèche qui nous amène vers quelques animaux au bord d’un petit village où quelques petites personnes écoutaient la radio, assises sur leurs petits tabourets. Environ cinq portes, des maisons si vieilles que les anciens écoutaient au loin la vie qui coule. Je me voyais, moi, qui passais chaque matin avec mes bouteilles de lait, pour nourrir je ne sais qui. Arriverai-je à la fin? Les choses choses ont déjà l’air de fin. De loin je dis au revoir sans être pressé, et tout devient très petit lointain. Mon vélo restera sur cette immensité inconnu des chemins que nous n’avons pas réussi à parcourir, son chemin sera à lui, et le mien, seul, à accompagner quelqu’un d’autre. Mais ensemble suivrons nous jusqu’au bout ce chemin accompagné de quelques arbres, rares, qui nous croisent. Le soleil, ce beau et chaud soleil qui traverse quelques rares feuilles et qu’entre ses doigts, je regarde le ciel ; un nuage. Tout est clair, ça sera ça, la distance entre le monde et moi. Une vastitude de ciel, et moi, le nuage. Nous regarderons le même ciel lointain. – J’ai trouvé cette lettre perdue sur une boîte à côté de ce vélo. 1940 et mon grand-père avait 13 ans, en Italie. Je suis en Argentine.

4 | Douche et fronte.
Faut apprendre à décrire ce qu’on voit, peut-être que ça décrira ce qu’on sent. Tourmentée, elle l’était quand elle ne prenait pas ses deux douches par jour. Il y a cette habitude de toujours faire les mêmes trois choses avant de se coucher. Le moment vraiment tout avant de se coucher. Brosser les dents pendant qu’on se douche, faire pipi et se coucher, propre et très propre. L’eau chaude pour faire fondre la graisse du corps de ce jour et la friction de la brosse sur la peau jusqu’à ce qu’elle devienne rouge à force de frotter. C’est comme ça qu’on arrive à la propreté absolue. La salle de bain, devant le miroir où l’on se regarde et qui n’arrive pas à couvrir un corps entier, et qu’on ne se voit qu’à moitié. La tête et les traces. Le même commentaire chaque soir. Faire pipi, boire de l’eau au moment exact d’éteindre la lumière, poser le verre par terre. C’est la fin du jour couché sur le lit des merveilles. Douche chaude pour réveiller le corps, l’eau pour confondre le sommeil, frotter pour enlever la sueur des rêves. Devant le miroir, on se voit par parties pour se dire les mêmes choses, les trois petites choses pour veiller le monde. Eau, Douche et front.