SEMAINE 2
1 –
Comment attraper la mouche sans tuer le lézard ?
2 –
je n’ai plus de mots pour le réel
3 –
J’ai fait un voyage dont je n’ai pas fait un livre. Le voyage a eu lieu et ne reste plus de celui ci que des notes dans des feuillets que je ne sais plus trouver. J’ai oublié les notes mais pas le voyage. Je n’écrirais pas de livre de voyage. Lire Bouvier m’a vacciné. Comment écrire quelque chose qui vaille la peine d’être écrit après ça ? Je n’écrirais pas de livre de voyage car si je faisais de mon voyage un livre, je voudrais refaire Bouvier mais ce serait en moins bien.
J’ai dit j’ai fait un voyage et ce n’est pas vrai. J’ai fait tellement de voyage. Ils ont lieu et maintenant dans mon canapé je peux dire je suis allé ici. A tel endroit le sens du vent était différent, à tel autre la lumière sur le sable détrempé de la fin du jour changeait tout, ailleurs encore, j’ai glissé sur une eau noire, j’ai attendu le détour du glacier pour pleurer, j’ai ri avec un enfant dont le prénom n’était qu’un son.
Si je devais écrire un livre de voyage il traiterait d’un voyage que je n’ai pas fait. Ce serait le voyage d’un autre que moi. Un autre qui n’existe pas. Une fiction. Un voyage imaginaire. Un homme se perdrait des mois durant dans l’herbe jaune de cet endroit que j’aime tant. Il n’y aurait pas de date pour situer ce voyage. Ce ne serait pas un voyage ce serait une fuite. L’homme fuirait des problèmes qu’il a lui même déclenché. Ce serait un voyage après la fin du monde. Ce serait un voyage de répétition à travers la tourbe et le vent. Le vent là bas est une répétition. Le temps là bas est une répétition. Des moutons passent. Des hommes s’endorment, des lacs se forment à des endroits où il n’y en avait pas. Des pieds glissent dans des chemins qui disparaissent d’avoir trop été suivi. L’œil a la fin ne différencie plus rien de la bruyère et de la falaise. A la fin l’homme qui a trop marché aurait des pieds déchiquetés par la peur d’être rattrapé. Par qui ?
4 –
Protocole : improviser à partir d’une phrase venue de ma journée un passage du projet en cours un peu en écriture automatique, sans savoir où ca va mener
On pouvait échapper à la chaleur en rasant les murs, en suivant les boursouflures d’ombre que faisaient sur le sol les immenses chauffe-eau installés sur les toits. Ici tout le monde avait fait ça en arrivant, et maintenant qu’on ne chauffait plus l’eau depuis longtemps, ils restaient là, immenses carcasses de métal, des anomalies du paysage, comme des débris de vaisseaux laissés méticuleusement sur place par un équipage maniaque au bord de la folie.
5 –
Poème de moitié
On pouvait échapper au sol
Tout le monde restait là
Débris de vaisseaux
Au bord de la folie
Boursouflure sur les toits
Plus d’eau depuis le paysage
Laissé méticuleusement
Maniaque