#chroniques #01 | pixel

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un monde qui penche d’un côté est un monde qui ne tombera pas de l’autre

portion de feu d’artifice – Marseille 13 juillet 2026 – zoom dans l’image

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(en cours)

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soudain les yeux grands ouverts le chat s’évade par la fenêtre – la nuit est fraîche le ciel affiche des étoiles et rien d’autre il faut le deviner le contour de la montagne – je ferme les yeux je les rouvre je me retourne ajuste et le dos et le coussin rien ne vient aucun sommeil aucune image juste la sensation du corps qui se fige – je me redresse un peu sur les coussins j’étais sur une route je parlais à un ami cela revient je parcours le rêve avec attention pour en déceler de possibles fulgurances de l’inconscient – rien visiblement de très profond nous regardions le tour de France passer – une amie dans le peloton à l’attendre tout le journée pour crier son nom et qu’elle lève la tête un quart de second vers nos visages décomposés de chaleur à attendre tiens je me dis j’y pense – les femmes ont le droit de participer ? » – le rêve se termine ou bascule pas de souvenir de la suite je suis enfoncée dans les coussins qui me rejettent loin d’eux –  un verre de jus je vais me faire un verre de jus de pomme des fois ça marche – je reset mon body l’air de rien comme si venait de se terminer la dernière activité du soir et je vais me coucher, comme un début de nuit, après une micro-journée simulée – je replace les coussins dans leur position optimale m’allonge ferme les yeux – le contour de la montagne se dessine il sera bien quatre heures – l’image d’un tourniquet surgit – le tourniquet de la maternelle je l’attrape je flaire la piste je compulse mes neurones pour retrouver le chemin du souvenir du rêve pourquoi le tourniquet qui apparaît ? – les nuits tailladées ont ceci de précieux qu’on y accède un peu plus au fond de soi

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Je déteste la climatisation. Préfère le mistral en hiver qu’un courant d’air sur la nuque. Quand je vois les déchets dans la nature je pense à m’inscrire à CleanMyCalanque. Je trouve sidérant que certains lieux de concerts n’offrent pas de bouchons d’oreille. J’aime bien quand les gens me demandent s’ils peuvent baisser le store dans le train. J’ai peur d’acheter un appartement et qu’un immeuble se construise devant. Ou qu’il s’écroule. Je me demande si le temps continue de passer plus vite à mesure qu’on vieillit. Est-ce qu’on rendra les villes moins minérales. Parfois je pense à aménager un garage pour y vivre. Puis je me dis c’est mieux un van pour décoller à la moindre embrouille. Comme une attaque nucléaire. Les trois premiers quarts de ma vie se sont déroulés sans trop d’embûches. J’aime bien voir l’arrête du bas des murs ça repose mon âme. Les trois premiers quarts de ma vie je pensais que je n’étais pas une personne anxieuse. Pourquoi ne suis-je pas née végétale ? Si l’on gonfle la peau d’une personne très ridée peut-on la voir doubler de volume ? Je n’aime pas la hauteur standard des chaises mes pieds reposent mal parterre. Parterre en italien se dit parterre c’est déjà ça. Si j’étais un végétal je serai certainement une mousse c’est discret. J’aime quand mes interlocuteurices commencent une phrase par oui. Je préfère quand la chance tourne au jeu de carte. J’ai un avocatier qui est très sensible. Est-ce qu’on découvrira un jour que certaines plantes sont neuro-a ? La tendance c’est la température isotherme dans les habitats, les interactions sans conflit, les photographies lisses. J’aime le grain les pixels les aspérités. J’aimerais porter des lunettes dans lesquelles voir le monde en pixelisé. La quantité d’informations m’épuise. La complexité m’attire. Qu’il y ait moins de détails dans une image laisse plus de place pour en parler.

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USA / à la recherche des ouvrages d’arts métalliques du 19e / la feuille de route nous conduit le long de cette voie ferrée / Jean-Christophe avance vigoureusement / la fièvre m’écrase les tempes / les herbes sont hautes autour de nous – qui emprunte ces espaces qui ne mènent qu’à l’abandon ? / je me demande si je vais me retrouver avec une dizaine de tiques affamées agrippées à mes chaussettes comme dans le Kentucky quand / brusquement / devant nous là / Jean-Christophe stoppe net / le pied au sol trop avancé / devant nous en travers du chemin / un reptile noir dont je ne vois pas la fin / la tête est relevée / dans cette position il ressemble étrangement à ces jouets en plastique que nous avions enfants / la matière ne semble pas vivante et je n’ai jamais vu un être vivant d’un noir si profond si brillant / il est mort ? comme une hypothèse en forme de question / non je dis sinon la tête ne serait pas en l’air comme ça / un temps / nous n’avons pas bougé d’un millimètre / dans ces situations je pense toujours que la bestiole – et en l’absence de progéniture – n’a aucun intérêt à nous attaquer et qu’elle est probablement tout aussi perturbée que nous / me revient ce jour où mon père qui parlait peu ne parlait pas nous avait ouvert ce lieu où l’on extrait le miel des ruches je me souvient qu’il se déversait par un robinet et j’avais eu le droit d’y passer le doigt si tu ne fais pas de geste brusque les abeilles ne te feront rien comment on se dépasse enfant quand la peur ne nous est pas donnée

elle ne bouge pas la bestiole / figée dans la position où on l’aurait fondue moulée dans cette contenance plastique / ces personnages d’enfance qui n’ont qu’une expression manifeste mais que notre imaginaire sait faire évoluer rendre et joyeux rageux puis triste et se courber bondir et parler / mais je n’ai pas trop envie de jouer aux personnages / je nous vois figé·es nous sommes donc devenu·es ces objets plastiques avec nos sacs nos gourdes d’eau les carnets de Jean-Christophe et mon appareil photo / quel enfant jouerait à nous dans quelle histoire nous aurait-il placé·es au fin fond de quelle Amérique longeant quelle voie ferrée pour relever quel pont ?

le serpent a bougé / d’un seul mouvement son corps glisse dans les herbes hautes et le noir se faufile et disparait / d’un commun accord nous prolongeons la suspension / le mettre à l’aise le laisser prendre son temps / enfin nos corps s’animent / nous reprenons notre histoire et je me dis que peut-être au dessus de nos têtes un enfant s’amusait à l’inventer pour nous

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