1 Comment continuer sans élan
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3 Partir à deux dans un Fiat Ducato aménagé en camping-car. Y croire encore.
Dimanche 9/08/2020 17h07 Noyers-sur-Serein, au compteur du camion 101235 km
Lundi 10/08/2020 12h15 Lusigny-sur-Barse au compteur du camion 101387 km
Mardi 11/08/2020 12h15 Bourbonne-les-Bains au compteur du camion 101566 km
Mercredi 12/08/2020 11h43 Melisey au compteur du camion 101649 km
Les kilomètres s’ajoutent avec une régularité rassurante. Le compteur ne connaît ni les silences, ni les hésitations. Le camion, continue d’avaler les kilomètres avec la même application.
Jeudi 13/08/2020 17h10 Markstein au compteur du camion 101757 km
Vendredi 14/08/2020 20h20 Munster au compteur du camion 101843 km
Samedi 15/08/2020 18h16 Gerardmer au compteur du camion 101923 km
Dimanche16/08/2020 08h23 Orbey, au compteur du camion 101958 km.
Lundi 17/08/202 Bruno pêche, il a quelques touches, il glisse dans les cailloux, il s’écorche le genou. Laurence Ueb d’Arte m’appelle, elle se retire de mon projet-vidéo « Nous le 11 septembre 2001 ».
Mardi 18/08/2020 15h47 Thannenkirch au compteur du camion 102063km.
Mercredi 19/08/2020 07h17 Direction Strasbourg. Fin du voyage. Au compteur du camion 102120 km.
Aucune trace de ce que nous avons perdu en chemin. Le compteur aura enregistré 885 kilomètres. Nous, davantage.
4 Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Sur le palier, il reste quelques secondes immobile avant de glisser la clé dans la serrure. Il enlève ses chaussures, les aligne soigneusement contre le mur. Dans l’entrée, il pose son sac sans bruit.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Il va dans la salle de bain, il retire son pantalon de travail couvert de plâtre. Il ouvre la machine à laver. Il vide les poches. Deux vis. Un ticket froissé. Un morceau de ficelle. Il les dépose sur le rebord du lave-linge avant de lancer le programme. Demain son pantalon sera propre et sec, si il n’oublie pas de le mettre dans le sèche linge que sa cousine lui a offert le mois dernier.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Il prend une douche, il ferme les yeux. L’eau coule sur sa nuque, ses épaules, son dos. Une traînée grise disparaît dans la bonde. Il reste immobile jusqu’à ce que la vapeur couvre le miroir.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Il traverse l’appartement sans allumer la lumière, jusqu’à la cuisine, ouvre le réfrigérateur, boit directement à la bouteille, l’eau fraîche lui fait du bien. Puis il prend une tomate bien mûre, la coupe en quatre, la sale généreusement et la mange debout devant l’évier.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Après être passé par la cuisine, il va dans le salon, remet les coussins du canapé en place. Il s’allonge. Il ferme les yeux. Il n’a pas l’intention de dormir. Dix minutes plus tard, il dort profondément.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis il rentre du chantier. La sonnerie de son téléphone portable le réveille. Sa mère l’appelle. Ils parlent cinq minutes. Toujours les mêmes questions, toujours les mêmes réponses. Avant de raccrocher, il reste quelques secondes sans rien dire.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. ll pose son téléphone sur la table sans regarder les autres messages. Il ouvre la porte du balcon. Il s’accoude quelques minutes à la rambarde. En bas, des enfants jouent. Il regarde au loin. Il ne pense à rien de précis. Il regarde seulement le jour finir.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Il retourne à la cuisine, ouvre le réfrigérateur. Il sort le reste du poulet de la veille. Sans le réchauffer, il en coupe quelques morceaux avec les doigts. Une tranche de pain. Un morceau de fromage. Il mange debout, lentement, devant le plan de travail.
Je veux saisir Mohamed, là, à cet instant précis où il rentre du chantier. Apres avoir diner debout, pour le dessert, il s’assoit à la table de la cuisine. Il prend un couteau, une pêche, une assiette. Il épluche le fruit en une seule bande. La peau tombe en spirale.
5 BAN. Ban Ban — ban — ban. Ban. Bon. Bon. Bon. Bon. BAN. Ban — ban — ban. BAN. BON. Pan. PAN. Pan — pan — pan. Pan. Bon. Bon. Bon. Bon. PAN. Au ban. Au ban, ban, ban, Pan. PAN. Non. Pas Pan. Pas Pan. Non. Pas Pan. Pas PAN. Pas. Pan — Pas pan — Pas pan. Pas Pan. Pas PAN. NON
BAN. BAN j’te dis Ban. BON. Ban — ban — ban. Ban — ban — ban. Pas PAN
Lieue. Liiiiieuuuue. Lieu. Le lieu La lieue. La lie. La LIE. Liiiiieuuuue. Le lieu, la lie, la lieue. Le lit euh euh euuuuuh. LIT. Le lit ? Le lit ? LIT. Lieue. Une lieue. Deux lieues. Mille lieues. Hors-lieu. Hors-jeu. BAN. Bon. Ban — ban — ban. Pas PAN- Non pas Pan.
Ban— lieu. Ban. Ban. BAN. Lieue. Lieue. Lieue.
BANLIEUE.