#le livre comme fiction#02#Intrépides

Ai-je rêvé de voyages au dessus des pages d’un atlas ? Probablement. Je ne me souviens pas du livre lui-même, certainement trop lourd pour moi. Qu’est-ce qui m’attirait ? Était-ce les couleurs permettant de distinguer chaque pays représenté à côté de ses voisins. Jamais je ne me suis interrogée sur le choix des couleurs, avalent-ils un sens  caché. L’idée ne m’a pas effleurée. Je me contentais d’observer chaque forme, assez simple au milieu de l’Afrique, des frontières largement rectilignes résultat du partage occidental de gâteau opéré au siècle précédent. L’Amérique du Sud était plus intrigante, les frontières plus élaborées, moins factices. Je connaissais les noms des pays et leurs capitales. Pour l’Afrique, j’essayais également mais les pays étaient plus nombreux, parfois ils changeaient de noms, se découpaient en morceaux, se regroupaient.    

Issue d’une famille de marins, je cherchais les lieux cités par ma grand-mère, parcourus par ses ancêtres lors des campagnes militaires et gravés sur les médailles conservées pieusement dans une boite en carton. Le Mexique, la Chine, L’Indochine. Ce dernier pays, justement, elle le citait comme s’il existait toujours. C’était vrai, dans son vieil atlas, il n’avait pas été remplacé par le Vietnam, le Laos et le Cambodge et la capitale du Sud était toujours Saïgon. 

De toutes les cartes, mes préférées sont les cartes marines. Les côtes bleues entourant des terres jaunes dont les villes sont peu nombreuses comme inutiles vues depuis la mer. Des repères chiffrés comme jetés sur les surfaces dégradées de bleus rejoignant plus ou moins rapidement le blanc des grandes profondeurs. Des chenaux marqués d’un trait droit. Des noms entendus le soir à la radio lors de la météo marine : Golfe du Lion, Ouest Bretagne, Sud Irlande, Silver, Manche Est…  Ils me reliaient à ces marins intrépides, ne souffrant pas du mal de mer. Contrairement à moi.

A propos de Noëlle Baillon-Bachoc

Lectrice compulsive, attirée depuis le plus jeune âge par la littérature de l’imaginaire avec une prédilection pour le fantastique. Je me consacre à présent totalement à l’écriture. J’anime des ateliers d’écriture et des stages dédiées à la littérature de l’imaginaire. Irvi an Amzer, mon premier roman publié est un récit fantastique inspiré de légendes celtes et bretonnes.

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