#anthologie #04 | Nous n’habiterons plus nulle part

HABITER 1 Dedans. Dehors. De barrière ou de porte. Question de frontière. Une porte, ça s’ouvre et ça se ferme. Entre le dedans et le dehors. Un sas entre deux, mi-dedans, mi-dehors. Pas encore tout-à-fait dedans, déjà un peu dehors. 2 J’habite à Saint-Gravé. Au lieu-dit Le Beauchat. Je sais que j’habite là, il suffit que je donne mon adresse, Continuer la lecture#anthologie #04 | Nous n’habiterons plus nulle part

#anthologie #31 | pas de quoi en faire une histoire

Mais pourquoi tu fais ça, tu la rabâches et rabâches mon histoire? Comme si j’avais une histoire, comme si c’était un conte de fée ou la petite fille aux allumettes ma vie? Qu’est-ce que tu crois, c’était rien d’extraordinaire ma vie. Qu’est-ce que tu t’embêtes avec ça. Faut le laisser tranquille le passé. Tu crois pas que j’allais rester clouée toute ma vie sur celle de ma grand-mère? Je l’ai même pas connu ma grand-mère, je sais même pas comment elle s’appelait ma grand mère, moi, même mon père je l’ai pas connu, et même comme ça il était déjà assez encombrant, t’embête pas ma fille avec le passé, laisse-nous tranquille nous les morts, on a fait notre vie, on a fait ce qu’on avait à faire, on s’est débrouillé comme on a pu, occupe-toi plutôt de toi, des tiens, des vivants, qu’est-ce  que tu vas t’embêter avec des morts, moi ma mère c’est quand elle était vivante que je m’en suis occupé mais après j’allais pas faire des cuentas, en reparler, ça servait plus à rien, j’allais pas pleurer tous les jours sur sa photo, ça sert à rien ça, les grandes lamentations et toutes les cuentas, je dis pas que tu fais semblant, ne me fais pas dire ce que j’ai pas dit, mais qu’est ce que tu vas t’embêter avec nous? Continuer la lecture#anthologie #31 | pas de quoi en faire une histoire

#anthologie #36 | étiré

(entre #anthologie #06 | Mon seul et #anthologie #18 | figer) Lever le corps, de léger à lourd, de sol à plus haut, extension. Ça va vite autour, on téléphone ses rendez-vous, les épaules brusques frayent, les épaules dures claquent, le temps compte, le temps compte là aussi mais retournement lent du torse sur avenue lièvre, retournement lent du corps Continuer la lecture#anthologie #36 | étiré

#anthologie #16 | insaisissable

Elle le regarde en face mais sans le voir. Assise devant une grenadine, elle porte une longue robe verte et un foulard bien serré autour de son visage jeune et plein. Il ne sait pas comment faire avec ses yeux qui fuient. Des yeux qui ne semblent pas apeurés pourtant ; des yeux seulement fuyants, comme si il lui était impossible Continuer la lecture#anthologie #16 | insaisissable

#anthologie #29 | toujours plus bas avec elle

Tu es comme un immeuble de plusieurs étages, des caves aux greniers, je te connais à chacun de tes étages des cadavres aux souris. … Elle te regarde et voudrait sortir de toi, elle voudrait sortir de cet immeuble qui l’enferme comme une prison. Je monte les grands escaliers et j’atteins tes étages nobles, là où la langue est policée, Continuer la lecture#anthologie #29 | toujours plus bas avec elle

#anthologie #34 | vous parlez d’une histoire

Vous parlez d’une histoire. Quoi ? Vous n’êtes pas au courant ? Au courant de quoi ? Trois qu’elles étaient. Une debout. Deux assises. Ça formait un triangle. Sous les arbres. La mer miroitait et scintillait pendant ce temps. L’incendie. Cette nuit. Ravagé. Les visages frisaient et les yeux s’agrandissaient. De surprise ou d’incompréhension. Ça se mêlait. Comme les voix. Dis-nous. Où ça ? Continuer la lecture#anthologie #34 | vous parlez d’une histoire

#anthologie #04 | je dormais dans la chambre de l’autre côté de la salle à manger

J’allais à l’école maternelle chez les sœurs. C’était sur la place, à côté de l’église. C’était dans ce bâtiment. On allait dans la villa quand il faisait beau. J’apportais le déjeuner dans une boîte en fer avec un manche. Je ne sais pas comment on avait eu cette boîte. Ma sœur Mena m’emmenait à l’école. Elle avait été à l’école Continuer la lecture#anthologie #04 | je dormais dans la chambre de l’autre côté de la salle à manger

#anthologie #05 | Généalogie des absents

Le frère de la nonna s’appelait Pietro. Gian Pietro. C’est pour ça qu’ils ont mis son nom à Gian Pietro.  Et le père du nonno, il s’appelait Emidio. Et la mère, je crois que c’était Diomira.  Et la mère de la nonna, je ne sais plus.  Et avant, avant, qu’est-ce que tu veux que je sache.  Avant, moi je n’ai Continuer la lecture#anthologie #05 | Généalogie des absents

#anthologie #31 | mon trésor

   dors     mon trésor    dors     je ne veux pas te réveiller    ma voix sera murmure    sera brin d’air     je voudrais tant apaiser la douleur qui te vrille      quand tu étais petite     quelques mots, des baisers   et parfois tu te blottissais contre moi      tu tremblais de peur dans le noir    je te serrais dans mes bras      je caressais ton front     mes paroles te calmaient   Continuer la lecture#anthologie #31 | mon trésor

#anthologie #35 | Oum Kalthoum

Vieux port de St Jean d’ Acre. Plan large. Méditerranée, sans un pli. Au premier plan, une barque de pêcheurs assez profonde, amarrée au bout d’une jetée. Nuit tombante. Deux femmes. Voix off de l’une. Je ne sais plus vraiment. N’y avait-il pas de la brume ? Vieux port de St Jean d’ Acre. Travelling très lent. De l’autre côté Continuer la lecture#anthologie #35 | Oum Kalthoum