#photofictions #04 | allure battement élan

Et cette allure. Et ce battement. Cet élan. Partie de lumière sur fond gris clair. Et cette turbulence. Temps de pose. Et cette motion. Ombre portée sur la gauche. Et ces cheveux déliés. Cette gestuelle. Bord cadre appuyé. Géométrie du bras. Triangles sombres clairs. Et ces boucles. Et cette légère effusion. Et cette montée du poignet. En deux temps. Départ d’une fuite hors bord. Détournement. Tentative de prise de tête. Et ce processus de fixation. Et ce réflexe. Et ce reflux. Et cette allure. Et ce battement. Cet élan. La courbe de l’épaule. La bretelle à la limite de tomber. Torsion du visage. Profil déjeté. Vibrant dans le mouvement. Et ce rythme amorcé. Cette battue prisonnière. Portrait en buste (c)ouvert. Et ce remue-ménage mécanique. Long instant. Et ce dispositif implacable de capture. Bouche entrouverte sur une parole brève. À peine exprimée. Et ce souffle. Et cette vacillation. Et cette allure. Et ce battement. Cet élan. Cette révolte sage. En appui se détachant. Et ce sursaut ralenti jusqu’à l’extrême. Angle presque droit. Angle aigu superposé. Volonté de protection. Prédation de l’œil. Et cette volte-face interrompue par le cliché. Surprise immortalisée. Cette houle balancée. Cette secousse freinée sec. Protestation énervée et calme. Et cette convulsion lente à jamais. Et cet émoi accidenté. Ce tremblement. Et tout ce trouble figuré une fois pour toutes. Refus refusé par la prise de vue péremptoire. Et cette position en variation. Prisonnière du film. De l’éclairage sommaire. Encapsulée dans le hasard clic clac. Et cette allure. Et ce battement. Cet élan. Ce que la photo fait au corps non consentant.

A propos de Fil Berger

Fil Berger, je, donc, compose les textes qu’il écrit avec des artefacts sonores et graphiques et ses pièces musicales avec des artefacts d’écriture et graphiques. Le tout cherche, donc, une manière d’alchimie modeste située entre ces disciplines. Il a publié des livres d’artiste avec le plasticien Joël Leick chez Æncrages et Dumerchez. Quelques revues comme Paysages écrits, Traction Brabant ont retenu des textes. Il a travaillé et composé des pièces musicales documentées sur CD. Il a partagé pendant plus de vingt ans des moments de création avec des chorégraphes, des plasticiens, des auteurs, des improvisateurs et des compositeurs. Il a animé des ateliers d’écriture et de partitions graphiques avec des personnes de toutes sortes. Fil Berger, je, donc, est un improvisateur qui compose et performe en forgeant ses propres outils, ses champs lexicaux, ses instruments, sa présence au monde en les mettant sans cesse en variation continue. Son travail est la recherche de convergences multiples entre... l’idée et la pratique du « baroque » et... la pratique et l’idée de l’insurrection « œuvrière » autonome.

24 commentaires à propos de “#photofictions #04 | allure battement élan”

  1. il y a une précipitation, une urgence qui s’installe, accélère vers la fin, modifications du rythme inattendu
    j’ai été prise par l’histoire de cette capture d’image que tu nous racontes entre description et interactions entre corps pris au vol et celui photographiant
    belle interaction aussi entre texte et image

  2. Tu trouves toujours un rythme et un ton appropriés à chaque proposition et cela rend tes textes extraordinairement vibrants.

    “Et ce battement. Cet élan. Ce que la photo fait au corps non consentant.” Très beau ! Merci !

  3. “Cette secousse freinée sec. Protestation énervée et calme. Et cette convulsion lente à jamais. Et cet émoi accidenté. Ce tremblement.” j’aime beaucoup l’image aussi … oui ce que la photo fait au corps et ce qu’elle impulse ici aux mots

  4. Hi Fil,
    Lire à la fin de la semaine… Il faut trouver comment dire ce qui touche mais un peu autrement… Tentative. Ce serait le mouvement interne du texte, qui va du plus extérieur de ce qui est donné à voir aux interprétations de la voix intérieure du modèle, entendues par le narrateur, projections plus psychologiques, ce mouvement mené ainsi est une réussite.
    Mais… Tu connais mes tics – reconstruire par la lecture – du coup lire un bloc en fin de texte, puis en haut etc et ainsi de suite pour essayer de finir sur ” mécanisme implacable de capture” renforce les effets et évite que le narrateur reprenne à son compte la violence, pour la rendre au texte, rien à enlever, seulement remixer, je crois que ça fonctionne ( tu vois ce que je tente de dire ? je m’emballe et au final je me perd moi-même) bises flamboyantes, bravo,

    • Hello Cat
      Merci pour ton retour constructif.
      Oui, tu as très probablement raison ce texte écrit un peu rapidement mérite un remix. Je prends en compte ta proposition pour une révision sérieuse en fin de cycle. Encore un grand merci à toi !

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