#techniques #04 | Rémi Checchetto, portraits rapides

des outils pour développer la syntaxe et le récit


 

Rémi Checchetto, portraits rapides


Rémi Checchetto ancre sa pratique dans le théâtre, et propose avec des musiciens majeurs, en particulier Titi Robin ou Louis Sclavis, des lectures scéniques qui déterminent dès l’écriture ce mode de présence de sa phrase, sa ductilité.

Il fait aussi partie de notre communauté restreinte de celles & ceux qui font surgir l’écriture d’une confrontation partagée au monde. Appelons ça ateliers d’écriture : un pacte où ce qu’on met en partage c’est son propre rapport au monde, à partir de quoi chacun chemine seul, dispose des outils et des lectures pour son risque.

Checchetto a centré depuis des années son travail sur le portrait. Qui suit son mur Facebook a l’habitude de ces voyages où les visages accompagnent les expériences, en France ou à l’étranger, près ou loin du bord de Loire où il vit.

Dans son livre Nous ne sommes pas des héros sous-titre : « enfin si un peu quand même », éditions de l’Attente, 2018, il en fixe le protocole. Un accueil par une institution tierce, bibliothèque, lieu d’enseignement, centre culturel ou d’accompagnement social. Parfois un hall de supermarché, un parc public.

Un échange de trois minutes chrono avec les personnes volontaires. Donc l’intensité. Donc ce qui passe par l’ensemble des perceptions, et pas seulement le verbe. Puis Rémi Checchetto écrit, seul, sur une durée précise de vingt minutes. Le portrait est offert à son destinataire, mais est publié, par exemple en convoquant les panneaux électoraux de la ville.

Deux points pour notre proposition sur ses traces, une fois téléchargé l’extrait :

 être attentif aux sous-titres que propose Rémi : « ce que c’est que »... En tête du portrait un prénom, mais nous on prendra surtout appui sur ces sous-titres : Ce que c’est que les mains, ce que c’est que la musique au café, ce que c’est que tenir, ce que c’est que le naufrage. Dans le livre (PDF à échelle 1 des extraits), la maquette est conçue de façon à ce que chaque portrait occupe une page, disons 2 000 signes environ — cette idée de régularité dans la longueur est à penser en amont de l’écriture.

 à moins que vous ne souhaitiez répéter le même dispositif que Rémi Checchetto, c’est la double notion d’un arbitraire qui va nous aider : si on part sur trois portraits, ce sera trois rencontres arbitraires prises au quotidien, avec juste cette notion d’une intensité comme point de départ. D’autre part, un temps d’écriture monobloc, sans reprise ni retour. Chez lui c’est vingt minutes, pour nous ça peut être un portrait monobloc par jour, et si vous allez jusqu’à la semaine ce sera sacrée belle école.

On a donc :

 1, prendre le temps de s’immerger dans le PDF avec la présentation par l’auteur de son dispositif, puis, en sous-titre, les variations autour du « ce que c’est que » ;

 2, dans l’arbitraire de la journée qui vient, se saisir d’un visage, d’une silhouette, d’une manière de faire geste, de tenir voix, se contenter de cette prise lacunaire ;

 3, naît enfin le texte, non pas l’auteur qui s’exprime mais plutôt du côté du monologue intérieur du personnage, cependant monologue à la troisième personne — on a déjà travaillé sur le tu, ce qu’on cherche à amorcer de fiction s’accommodera mieux d’un il ou d’un elle.

Avoir toujours en tête ce double gong : gong dans l’intensité de la perception, de qui on élit pour ce portrait, gong dans le temps de l’écriture monobloc, si possible dans les 2 000 signes, et recommencer le lendemain.

Dans nos cycle d’ateliers d’écriture, on a déjà plusieurs fois travaillé sur le portrait — évidemment un socle infini, à retraverser en permanence. Voir par exemple fabrique Koltès du personnage (rappel : le cycle #revisite pour reprendre ces exercices), portraits crachés, à partir d’Yves Pagès, encore imaginer c’est voler, avec Arnaud Cathrine, n’hésitez pas consacrer du temps à vous concocter un mini-cycle « portrait »...

Et bonnes écritures !

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 30 avril 2023
merci aux 287 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page