Cinq espaces vésiculaires

Voyage à Montpellier :

Cinq espaces vésiculaires

1

Pour qu’elle parle il faut être au centre, sous l’eau, au point exact où la fosse atteint sa profondeur maximale. On perçoit alors à travers le plastique du masque le liner d’un bleu presque blanc comme certains ciels de canicule, et les parois couleur béton qui donnent à l’eau chlorée un aspect presque naturel de vasque de rivière. Douze mètres cinquante par six mètres cinquante et une profondeur progressive, quatre marches d’accès à la lumière liquide de l’été.

2

Partout la lumière-sabre et les odeurs migraineuses d’emballages de carton / de pétrole, et quatre murs en parpaings peints en blanc pour enserrer le consommateur tandis que sous le toit de tôle sont suspendus les étranges boudins d’air de la clim et les barrettes de néons surplombant l’alignement des rayonnages : sol poisseux, apparence de rangement rationnel par rubriques affichées masquant le chaos d’un monde où dans un même volume on aligne trois cent vingt quatre sortes de yogourts.

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Dans la salle d’attente des urgences les surfaces se font une concurrence crasseuse et parfois dans la fièvre ou la douleur lancinante on ne distingue plus le sol du plafond, on craint parfois de toucher les accoudoirs collants ou les poignées de portes dans cet espace à forte concentration de bactéries, microbes et virus et souvent lorsqu’on s’ennuie n constate que seul au milieu de cette jungle aveuglante se trouve un oasis humain stérile, derrière les vitres-bulle du sas de réception.

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C’est une place de ville nouvelle créée de toute pièce sans foi ni loi mélange de façades de verre bleu nuit digne de Manhattan et de colones simili grecques aux feuilles d’acanthe approximatives c’est une place à l’âme vitrifiée dont le sol miroite de paillettes géantes de mica bleu et sous les lampadaires se projette une ombre nocturne synthétique une ombre lumineuse en pleine nuit comme un négatif photographique et depuis les toits nous observent des arbres snipers.

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Ah ça oui c’est un bel aquarium la 275 si l’on allume toutes les lumières synthétiques de la chambre et qu’on s’allonge sur le dos pour observer à la fois le plafond à facettes et le reflet qu’il offre de moquette piquetée de bleu, les fauteuils ondulés vert algue toxique et le mur de baies vitrées masqué par un aplat de voilages transpercés de lumière ; on plonge alors dans un état de sidération et l’on s’endort dans la rumeur aqueuse des échos de salles de bain, face à l’écran diffusant un message de bienvenue personnalisé.

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