2019.12.09 | cimetière d’avions rêve encore


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C’est un des endroits qui m’a le plus marqué concernant l’imaginaire de la ville, où un point précis de l’histoire urbaine s’ouvre à la fois à un espace plus large, mais à une traversée verticale de ce temps. Je dois sa découverte à Marc Gibert, photographe, fin 1986. C’est resté inchangé quand j’y suis retourné, là, on tournait ce film sur nos apprenties coiffeuses avec Fabrice Cazeneuve : c’était en 2006 et rien n’y avait bougé. Mais la ville reprend ses droits : l’ancienne base aérienne souterraine, pilotant depuis le 9-3 les sous-marins nucléaires d’attaque, a déménagé et ça va être réurbanisé. L’aéroport du Bourget est partie prenante d’une opération gigantesque : il y a déjà des routes, maintenant, qui traversent. Je dois y retourner ce printemps, ce sera un genre d’adieu. Mais on a une sauvegarde : le petit cimetière de Dugny, juste derrière la mairie, avait été bombardé en 1944, les tombes éventrées et disloquées personne pour prendre le droit d’y toucher. Sanctuaire. Ce n’est pas vraiment entretenu pour autant. Ces photos ont déjà traversé mon site, je crois pour un billet sur le Pylône de Faulkner. Vous avez repéré, en haut à droite de cet article, le petit lien pour un autre article du journal, mais au hasard ? Ces 2 jours j’ai fait beaucoup de révisions, c’était nécessaire. Un site web, même si on y ménage des zones fossiles, est une sorte d’organisme vivant. C’est toujours grâce au fait d’avoir rassemblé sur un de mes disques durs externes l’ensemble de ces archives photos, plus de 120 000. J’ai retrouvé facilement celles-ci. Évidemment, pas possible de dépasser les limites de l’enregistrement initial : un petit Olympus de poche, je n’aurais jamais osé à l’époque investir dans mieux. Mais je ne les avais pas revisionnées dans Lightroom : les photos, ça devrait être comme on fait avec Bach, pouvoir les reprendre de temps en temps, affiner mieux les couleurs, les réglages. Je sais qu’en ce moment je pousse un peu trop les curseurs : c’est que je cherche plutôt à visualiser ce qu’il m’en reste dans ma tête de myope, dans ma tête qui simplifie ou rend plus tranché et schématique le visuel. Ce que je photographie, c’est l’affection que j’ai pour ce lieu, même si bientôt remplacé par le village olympique ou autre amusement stérile de civilisation finissante. C’est aussi l’affection que j’ai pour Pylône de Faulkner, c’est peut-être Faulkner lui-même, là, sorti des tombes, assis dans l’ombre.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 décembre 2019
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