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2021.07.14 | 10 interrupteurs électrique de la maison musée Marcel Proust à Illiers Combray

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La première fois que je les ai photographiés, et mis en ligne ici-même, c’était en 2013 : je savais à peine me servir de mon premier Reflex, un Canon 500D donc le tout début de gamme et je savais que moi aussi j’étais en début de gamme.

Donc aujourd’hui c’était délibéré, et d’avoir monté sur l’appareil ce fish-eye Olympus 7-14 ça ne pouvait qu’aider à saisir ces interrupteurs électriques dans un peu plus large de leur contexte.

Le musée Proust à Illiers-Combray, reconstituée d’après les descriptions de la chambre de tante Léonie, on sait bien que c’est approximatif : Proust concatène dans son Combray de fiction au moins trois maisons, dont celle des grands-parents maternels à Auteuil.

Mais Illiers, il y a 50 ans, s’est rebaptisé Illiers-Combray, faisant du nom fictif son toponyme officiel, et le fêtait avec banquet de cochon grillé, défilé de voitures anciennes et bal années 70, sans oublier la sono de fête foraine dans les rues vidées par la pluie, et on était quasi seuls une fois de plus à traverser les petites salles successives de la vieille maison.

La fiction va encore diffracter : le musée va fermer pour travaux, probablement au moins 2 ans, et la municipalité a paraît-il décidé de transférer dans une autre maison inhabitée du vieux centre (il n’en manque pas), les quelques décors des pièces principales pour mériter un peu de tourisme.

Donc ce n’est pas cette question d’une éventuelle authenticité qui interroge (la chambre de Proust reconstituée boulevard Hausmann dans l’intérieur de la banque qui l’occupe, une autre chambre de Proust reconstituée musée Carnavalet), mais bien la racine de mon — réel, profond — attachement à ce lieu minuscule et hors du temps.

Conçu et aménagé en 1954 (au moment de la publication par Bertrand de Fallois, planqueur de manuscrits, du Contre Sainte-Beuve dont on nous dit aujourd’hui que ce n’est pas un livre), chaque fois que j’entre dans ce musée — espagnolettes aux fenêtres, rideaux et le galon qui les retient, boutons de porte, papiers peints — moi je rentre de plain pied dans ma propre enfance, pas seulement les maisons de mes grands-parents, mais toutes les maisons (Mirambeau, tiens) qui ont été traversées dans l’enfance.

Et c’est bien pour cela que la Recherche me happe autant, à 40 ans de la toute première lecture : ce décalage qui me prend, chaque fois que j’entre dans la maison de tante Léonie, c’est celui que la Recherche appelle et recrée en moi à chaque page.

Il est peu probable qu’ils y seront encore, les interrupteurs de 1954, une fois le musée retapé. Alors, ce dimanche matin, c’est eux, et eux uniquement, que j’ai photographiés.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 14 juillet 2021
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