le roman d’Antoine Hégaire
Profession : libraire
Né à Paris-Ville en 1967.

8. De quatre extérieurs vers quatre intérieurs et retour


proposition de départ
1

Dans une ville atlantique, une longue plage courbe et pentue, sombre le matin, son sable humide et dur. La plage descend vers une mer calmée, marée basse ce matin, à l’ombre d’un soleil qui ne passera que tardivement par-dessus les montagnes. Dans le sable brun les talons s’enfoncent un peu si l’on marche juste au bord du rivage, où l’eau va et vient très doucement, salée, claire, transparente, sans reflet. On entend tout, le pétillement du retrait de l’eau, le bruit ricoché du moteur d’un bateau passant les digues vers le large, le son des cloches d’une église.

2

Sept heures sonnent au loin, en montagne. Le clocher haut carré de l’église d’un village est le premier à recevoir le soleil. Sa pierre s’illumine dorée alors qu’il fait déjà bien jour. Son trait se détache sur un fond de forêt vert foncé. Par-dessous lui, les toits des maisons font la ronde dans le versant qui regarde vers la mer. Aux rebords des toits, des pierres sont posées sur les tuiles.

3

Sur une large terrasse encastrée dans la pente juste en contrebas d’un village, un terrain de tennis. Un vieux panneau de bois sculpté « Terrain Yannick Noah ». Des lignes blanches peintes et repeintes sur un patchwork de goudrons rouge plus ou moins foncé et réparés à l’occasion. Côté vue sur la mer un assemblage de grillages hauts pour arrêter les balles. Côté village une tribune en pierres sèches d’où l’on salue la vue, le jeu et l’entêtement des joueurs à rattraper les faux rebonds.

4

L’escalier extérieur qui relie les deux étages d’une maison située dans une pente juste au-dessus d’un terrain de tennis sert aussi de tribune haute les jours de fête du club ou de trop de soleil. Collé à la façade nord de cette vielle ferme, l’escalier est en béton peint en blanc et repeint si souvent qu’il en est frais et doux. On y est plus haut, on y voit toute la vue sur la mer aussi. Les jeunes le squattent souvent quand les Parisiens sont absents.

5

Seul un escalier extérieur relie les deux niveaux de la maison. Au rez-de-chaussée, le foyer, la grande cheminée, avec la porte du four à pain, et devant le gros canapé foncé de velours épais, usé à tous coins, la table bois rectangle, ses huit chaises, et autour quatre portes, les trois portes qui vont vers la cuisine, la salle d’eau et la chambre des parents, la porte d’entrée qui donne sur l’extérieur. Il fallait sortir et faire le tour par dehors pour monter même la nuit l’escalier qui menait au grenier où dormaient les enfants.

6

C’est un dortoir d’enfants, un grand grenier un peu aménagé. De grandes toiles de jute bleues délavées sont clouées entre les poutres. Elles sont gonflées d’un isolant improbable qui déborde autour du vasistas. Il y fait très chaud l’été, il vaudrait mieux laisser la porte ouverte, pour l’air et pour la lumière. Pas d’armoire sous les pentes du toit. En plus de cinq lits simples, au fond un lit double, sans oreillers, semble servir à tout, aux valises, aux amis, à jouer, à sauter, à renverser le jeu.

7

Dans le coin au fond à droite d’un grenier aménagé, le circuit d’un train électrique fait un huit dont une des boucles fait le tour du pied d’un lit double. Deux empilements de légo montent les piles d’un pont qui passe les rails sur le rebord intérieur d’une boîte de jeux de société ouverte sur un jeu de l’oie d’une part et de petits chevaux d’autre part. Posée dans la partie jeu de l’oie, une boîte à chaussure jaune fait office de gare pour le train qu’on arrête en coupant le courant du circuit.

8

Sur une boîte à chaussure dans la laquelle se range les wagons d’un train électrique, il est écrit Gare des Bons Enfants. Le train miniature à l’arrêt en gare de cette boîte à chaussure est composé d’une locomotive bleue et de deux wagons verts à compartiments. Dans les wagons des petits personnages en plastique sont collés sur de petites banquettes. Au-dessus des banquettes de très petits rectangles dessinent les emplacements de miroirs et de photos de paysages en noir et blanc qui décorent les compartiments. Quatre photos dans le premier compartiment d’un des deux wagons : Maisons à Espallion (Aveyron), Le Viaduc de Garabit (Cantal), La Meije vue de La Grave (Hautes-Alpes), La presqu’île de Crozon (Finistère).

Codicilles :
- 1 Extérieur plutôt autobiographique, on pourrait imaginer une côte basque très resserrée.
- 2 Extérieurs vus qui mélangent Les Causses et le Vivarais.
- 3 Extérieur imaginé en Vivarais sur goudron du Nivernais.
- 4 Extérieur imaginé.
- 5 Intérieur double par l’escalier (situé à l’extérieur) et déplacé du Perche. L’idée c’est que là on ne sait plus exactement pour l’escalier ce qu’il a de l’intérieur ou de l’extérieur.
- 6 Intérieur confus et confusant.
- 7 Intérieur avec extérieur miniaturisé pour le mettre à l’intérieur.
- 8 Intérieurs miniatures proposant quatre extérieurs larges.

Je profite de l’exercice pour chercher à exprimer une difficulté à bien distinguer l’intérieur et l’extérieur dans des souvenirs d’enfance.

7. Présent des passés simples


proposition de départ

Paul imprima la fiche de décès en noir et blanc, format A3. Trouver la fiche numérisée d’un soldat mort de la première guerre mondiale dans la base de données Mémoires des hommes du Ministère des armées prend un certain temps, le temps pour Paul de comprendre qu’un libre accès lui est donné à ce million de documents d’archives, le temps pour lui de retourner sept fois cette idée dans sa tête, le temps de lancer cette recherche sur le nom de Groult et d’obtenir instantanément soixante-dix-sept résultats. Pour Groult prénom Marcel, quatre gars positifs dont un seul est mort à Perthes. Gabriel Louis Marcel Groult, tué à l’ennemi le huit octobre mille neuf cent quinze, à l’assaut de la Butte de Souain (Souain-Perthes-les-Hurlus). Le Baron de Münchhausen renvoie côté France son journal à sa mère. Marthe sa veuve en épouse un autre et ouvre une autre voie côté pères.

Paul demanda l’acte de baptême de sa mère prénommée Chantal dans une paroisse de Passy (Paris, seizième arrondissement). La secrétaire lui remet l’acte sans souci mais non pas sans façon et belles lettres bien penchées à l’anglaise. Le courrier confessé à moitié pardonné ne cache pas un baptême précédent à Notre Dame de Boulogne (Boulogne-Billancourt). Paul s’y rend rapidement. Il y retrouve sa mère sous le double prénom champêtre et charmant de Marie-Marguerite, mère X, père X, sise à la pouponnière voisine de la rue Denfert Rochereau. La marraine de Paul habite la même rue et Paul l’avenue du même nom (Paris, quatorzième arrondissement), petites coïncidences comme pour tout à chacun, suivies pour tous de très grosses incidences quand l’Assistance lui renvoie plus tard son dossier côté jardin. À Brou, Frazé, Nogent-le-Rotrou, Rueil et Chatou, frères et sœurs par hasards sont aussi ses voisins. La vie est ainsi dense.

Paul copia-colla la page Wikipédia de l’appel du 22 mars. La veille Paul rêve de deux suicidés qui lui donnent une idée. Il demande explications à la mère qui là reste sans voix. Son père évoque les B, un PB peut-être, un NB plus sûrement. Paul demande NB à Google qui lui propose DCB qui le 22 mars exige la libération de XD et NB. NB. Paul avait quitté Nanterre-Ville par Nanterre U où il se retrouve à nouveau. Sa mère lui dit non, fins de non-recevoir, son NB l’adoré était chauffeur routier et de toutes les façons il était tellement gros qu’il ne la voyait plus. Paul n’avale pas.

Paul tendit son Tigre en papier à Olivier Rolin. Médiathèque de Saint-Jean de la Ruelle, il ne sait pas comment il va l’aborder, lui parler. Paul demande à OR s’il a connu NB ? Olivier Rolin lui dit qu’il le connaît de nom mais ne l’a pas connu. Que d’autres l’ont connu qui étaient établis à Renault mais pas lui. D’autres dont il lui donne deux noms qui eux sauront peut-être. Il ne dit pas à Paul ce qu’il lui faudra lire et remonter de fils, du Vietnam à la GP, de la Catho à Nanterre-U, de la JUC au Comité de Lutte, de Billancourt au Père-Lachaise, de LIP à Verdier, de sa mère aux fusils, de son père à son père, il lui dit : sombre histoire.

Codicilles :

1 : je m’appuie sur ce site sur lequel je reviens souvent comme une mémoire externe pour tous.

2 : je me suis appuyé sur les archives religieuses précieuses dans les familles bourgeoises. Elles sont moins rigoureuses que les archives publiques. Elles sont souvent coupables ou culpabilisées.

3 : j’ai hésité sur la conjugaison du verbe copier/coller. J’ai opté pour le trait d’union avec double conjugaison.

3 et 4 : J’ai hésité à nommer par noms exacts, surnoms ou acronymes. Pour garder de la vitesse au présent, je vois que j’ai choisi les plus courts. Néanmoins j’ai gardé le prénom et le nom parce qu’il est écrivain.

6. trouver le nom du chat


proposition de départ

Je m’en vais trouver le nom du chat. Je m’allonge dans l’herbe sous un prunier, les yeux bien ouverts à l’écorce, aux branches, au vert des feuilles, au bleu du ciel par-dessus les feuilles. Le chat se signale d’un miaulement et s’approche, je sais que ce n’est pas un chat mais une chatte. Elle vient frotter sa tête conte moi, puis pose deux pattes sur le haut de ma cuisse, vérifie je ne sais quoi de ses griffes dans la toile de mon jean, monte et s’installe son ventre sur le mien, la tête vers mes pieds, sa queue balaye mon visage et s’arrête sur mon épaule. Je ne sais que c’est une chatte que par son nom. Elle répond quand elle veut à celui Popée, seconde épouse de Néron, Néron étant par ailleurs son frère, tous deux seuls chatons survivants de la dernière portée Cléo leur mère morte il y a maintenant deux étés. J’écarte un peu Popée en la repoussant délicatement. J’ai besoin de vérifier si j’ai nommé des personnages dans les exercices précédents.
Effectivement dans l’exercice 1&2 j’en trouve trois d’affilée, trois personnages secondaires : Dubreuil, le petit d’Étienne et Gilberte. « Ils se mettent encore d’accord pour comment on va aider Dubreuil à démonter et remonter par chez lui le hangar métallique à travées de six mètres. Le petit d’Étienne lui s’achète l’établi à bois, pour quinze, et une caisse à pommes pleine d’outils en vrac, pour cinq. Il a repéré de bons ciseaux dans cette caisse. Un gars de La Bassée a pris les clôtures électriques. C’est Gilberte qui a acheté le fusil, et sur ce fusil silence, personne n’a renchéri. Ça évitera encore plus de malheur qu’il n’y en a déjà dans cette fête. »

Dubreuil n’était pas rentré. En le cherchant sur la route je trouvais rapidement sa remorque chargée en valdingue au fossé, et le tracteur avec une roue de l’avant soulevée, sans bonhomme sur le siège. Bon sang, il n’était forcément pas loin. (Dubreuil, c’est le patronyme d’un ami, d’un copain, d’un voisin. Dubreuil dans cet exercice c’est un nom qu’on devrait comprendre comme le nom d’un gars du coin.)

Le petit d’Étienne, c’est Julien, le petit dernier d’Étienne, mais je ne sais pas pourquoi à chaque fois son prénom m’échappe et ça me va le plus vite de pas le nommer et de dire le petit d’Étienne que de rechercher son prénom. Dans cette hésitation à nommer en ne trouvant qu’un détour de filiation je cherchais sans doute à exprimer l’idée d’une appartenance familiale.
Gilberte est célibataire. C’est tout. Ce n’est pas la facilité, c’est la vérité. On ne lui a jamais connu quelqu’un.

Dans l’exercice j’ai nommé deux personnages Paul et Martin. Paul est le personnage principal du texte, celui qui quitte Nanterre-Ville. Martin est sans doute son meilleur ami. Pourquoi Paul ? C’est doux, c’est franc. Franc comme Franck, mais Paul est plus réfléchi. Paul est aussi moins doux que Jean. Mais je repense au chat, aux animaux totem, aux chevaux d’un Philippe dont le rêve transperçait un secret, et je pense à Paul-Loup, à Paul-Loup pour Jean-Loup. Pour nommer ce personnage principal, j’ai donc fait un choix autobiographique, en espérant faire mieux, puisque Paul quitte Nanterre-Ville. Martin l’ami des Paul, c’est Martin, sur qui on peut compter, avec qui on va pêcher longtemps, en remontant la Loire. C’est peut-être aussi le Martin de la grande Sophie, celui dont elle attend un signe de la main. Ce choix de Martin c’est plutôt un rêve de biographie.

5. Douze fois descendre de la voiture Corail : ouvrir la porte, actionner la poignée, pousser pour écarter cette porte, descendre les marches du wagon et franchir l’intervalle entre le marchepied et le quai.


proposition de départ

Est-ce que tu sais porter une gare ? Est-ce que tu sais porter deux gares ? Trois gares ? Quatre gares ? Sais-tu porter cinq gares ? Sais-tu porter six gares ? Tu ne sais pas porter six gares ? Tu ne sais pas porter un cigare ! Tu ne sais pas crier Gare !

Le train de 18h09 entre en gare. Il est composé d’une locomotive BB 22200 orange et grise à nez cassé et de 9 voitures Corail rénovées. Il a déjà fortement réduit sa vitesse. À l’approche de la Voie 6, il cadence encore son arrêt de trois coups de frein prolongés produisant des cris de mammifères marins. La descente du train se fera sur la gauche. On s’y prépare. La locomotive s’arrêtera à quelques mètres du bout du quai, face à la gare et relâchera en un souffle bruyant toute la pression du voyage. Tous les voyageurs déjà prêts à descendre, debout devant la porte située du bon côté, pionniers de leur wagon, vont effectuer en même temps les mêmes gestes : abaisser la poignée, écarter la porte, descendre les marches, passer l’intervalle entre le marchepied et le quai, et sur le quai se diriger vers la sortie.

Voiture 1. Porte avant. La vitre de la porte encadre le visage transpirant d’un homme barbu de 3 jours, la quarantaine, bien portant, 77 kilos, costume bleu trop brillant, chemise blanche sans cravate. Au coup de frein final, juste à l’arrêt complet du train qu’il a l’habitude d’anticiper, l’homme abaisse de sa main droite la poignée de la porte, et dans le même temps il la pousse fortement en avant pour l’ouvrir. La porte s’écarte sur le côté, il descend les deux marches du wagon, le regard vers ses pieds, un, deux, trois, son pied droit passe au-dessus du marchepied et se pose le premier sur le quai. En terrain conquis, il regarde maintenant vers la sortie de la gare. À la porte arrière de cette première voiture, une étudiante, natte, jean, grand sac à dos vert fluo, converses blanches sur chaussettes arc-en-ciel, plie genoux, main gauche sur la poignée qu’elle fait descendre en rotation, et pousse du poids de son sac sur la porte qui s’ouvre. Main droite en appui sur la porte, un pied sur une marche, et la marche suivante qu’elle trouve en tâtonnant et tournant sa cheville, un pied maintenant sur la grille du marchepied, et le regard sur la bande blanche au sol, et la voilà sur le quai, poids du sac qu’elle remonte sec d’un coup d’épaules.

Voiture 2. Porte avant. Un homme sans âge mais énergique, petit genre nerveux, 65 kilos, jean et veste en jean, a déclenché la porte, avant même l’arrêt du train. Penché en avant épaule gauche collée à la vitre, il tire du bras gauche sur une barre de la porte, en même temps que du bras droit il abaisse la poignée, et force violemment l’ouverture en pivot. Porte ouverte, il adore voir le qui train qui roule encore un peu glissant le long du quai. L’homme saute du train et se réceptionne d’un pas de footing, le regard vers le sol et tout de suite vers l’avant, assez content de voir qu’il a cette fois encore grillé l’habitué du premier wagon, il accélère son pas vers la sortie, sans même voir l’étudiante devant lui qui amorce sa descente.

Porte arrière de la voiture 2, une femme souriante, en robe de coton, bras découverts, serre fort de sa main droite la lanière de son sac qui lui cisaille l’épaule, et appuie de sa main gauche sur la poignée, qu’elle pousse en avant et la porte s’ouvre. Elle descend attentivement cherchant quelqu’un du regard, sourire plus fort encore. Sa robe est turquoise. Un collier de bois rose.
Voiture 3. Porte avant. Très légèrement en retrait de la porte, une grande femme, la cinquantaine, short ou jupe coloniale, chaussures plates, coince d’une jambe musclée sa valise, tandis que de son autre jambe, elle barre le passage à quelques inconnus silencieux, tous à la file derrière elle dans le couloir qui longe l’autre côté du wagon. La femme attend l’arrêt bien marqué du train, et abandonnant un instant sa valise se rapproche de la poignée, l’abaisse de la main droite, pousse la porte, descend un pied sur une marche et l’autre pour tenter un grand écart jusque sur le quai, avant de se retourner immédiatement vers la porte afin d’attraper la valise. Elle est surprise et bien ravie de s’apercevoir qu’un des jeunes inconnus la lui a avancée pour qu’elle puisse s’en saisir. Ah merci vous êtes bien aimable.

Porte arrière de la voiture 3, un autre jeune homme, lunettes de soleil sur la tête, aucun sac, tenant simple un livre jaune foncé de sa main droite, l’index en marque-page, ouvre de la main gauche, et descend facilement, une marche, la suivante, et le pied sur le quai par-dessus le marchepied, de sa main libre il ramène ses lunettes au visage.

Voiture 4. Porte avant. L’homme abaisse la poignée main gauche. Rotation. Poussée. Porte plaquée sur le côté qu’il maintient bloquée avec sa mallette, main droite. Amorçant une bascule vers dehors, en même temps que sa main gauche semble accompagner vers le bas la sortie de sa première jambe, sa main droite élève la mallette dans les airs comme s’il fallait contrebalancer la descente. Il retrouve équilibre sur le quai.

Porte arrière. C’est en queue de voiture 4 qu’à partir d’un téléphone gris plastique maintenant raccroché, le contrôleur avait mis en garde l’ensemble des voyageurs de l’arrivée en gare du train dont la descente devra impérativement s’effectuer sur un quai et à l’arrêt, en prenant garde à l’intervalle entre le marchepied et le quai. Un court instant, il pense. Il n’a plus rien d’autre à faire car le déverrouillage des portes s’effectue de nos jours automatiquement à vitesse lente et dès l’abord du quai. Il est à cet instant comme tout le monde. Seul son uniforme le distingue. Il pense à nouveau que les poignées de porte de ces vieilles voitures corail ressemblent à des points d’interrogation qui n’attendent aucune autre réponse que celle d’être cassées un instant vers le bas, ce qu’il fait lui-même à sa porte, pousse, ouvre, et descend lui aussi, un, deux, trois, sur le quai, regards immédiatement à droite, et à gauche, et même surtout à gauche vers l’arrière du train, au-delà de la voiture 5 condamnée pour cause de climatisation en panne.

Voiture 5. Voiture fantôme.

Voiture 6. Porte avant. Un homme descend rapidement se retourne et attrape les roues avant d’une poussette, puis toute la poussette à bout de bras. Une jeune femme descend prudemment un bébé entoilé serré sur son ventre. Porte arrière. On abaisse la poignée main droite, avant-bras croisés, chevalière à la main droite, pousse et en même temps tire inutilement de la gauche, alliance à la main gauche. La porte s’écarte à gauche, pied droit sur une marche, pied gauche sur la suivante, pied droit sur le quai. Personne ne l’attend. La femme qui attend là, la femme qui fume là devant lui, elle attend quelqu’un d’autre.
Voiture 7. Porte avant. Ses deux mains serrées sur la poignée, un enfant de six ou peut-être sept ans, tant il est dégourdi, culottes courtes, chemisette à carreaux, portant un petit sac à dos à sa taille. Il va descendre tout seul, comme on vient de lui dire de le faire. Il appuie sur la poignée de son peu de poids mais de toute sa force. La poignée cède et casse bien vers le bas mais la porte ne s’ouvre pas. Il ne pense pas qu’il faudrait encore la pousser en avant vers l’extérieur. La femme qui l’attend l’aura bien aperçu. Elle jette sa cigarette sur le quai et l’écrase tout en se rapprochant de la porte du wagon qu’elle tire elle-même pour l’ouvrir. Du quai au pied de la voiture elle lui sourit. Hel-lo mon grand ! Dis donc, mais dis donc ! lui dit-elle le toisant ! Elle le prendrait bien directement dans ses bras s’il n’était pas là si haut et déjà un peu grand. L’enfant descend les premières marches, lui tend une main, mais, au moment de passer l’intervalle entre le marchepied et le quai, tourne tête et jette un regard vers la porte arrière de la même voiture 7, dont descend, assuré, un élégant transportant deux valises identiques, coins renforcés de cuir. L’homme ne peut s’empêcher de croiser également le regard de l’enfant, ce que la femme remarque. Tu le connais ? Non, dit l’enfant, je ne le connais pas. Elle photographie néanmoins par réflexe cet homme dont l’étrangeté tient à son allure d’un autre âge, celle d’un représentant de commerce de luxe d’une tout autre époque. Mais l’enfant a dit non, et elle enserre dans ses bras et revient à sa joie. Que nos vacances commencent ! On y va ? On y va. Et tous deux, femme, enfant, se tenant par la main, se mettent ensemble en marche direction la sortie. Et cinquante ans plus tard l’enfant se demandera encore pourquoi il a dit non, pourquoi il a dit oui, et ce qu’il a l’a perdu ici, dans l’intervalle qui reste, entre le marchepied et le quai de la gare où l’on va. On y va ? Dis-moi mon grand, est-ce que tu sais porter une gare ? Deux gares ? Trois gares ? Six gares ? Cinquante-six gares ? Tu ne sais pas porter cinquante-six gares ?

Codicilles :

- Personnel : j’ai choisi un geste compliqué, ou plutôt un enchaînement rapide de plusieurs gestes, qui m’étaient quotidiens mais peut être par trop important. Je n’ai pas su m’en détacher et je me suis peut-être un peu enferré à en rassembler la répétition dans un ensemble. Je n’ai pas voulu regarder la présentation des autres pour ces gammes #5 et j’ai raté les visioconférences des 10 et 17 juillet pour cause de travail.

- Cinéma : j’ai pensé à Hitchcock, aux trains qui rentrent en gare, à lui qui monte un violoncelle ou une contrebasse je ne sais plus, dans l’inconnu du Nord-Express. Je l’ai aussi imaginé descendant son violoncelle d’une voiture Corail. Je voudrais le rajouter dans la liste mais il est plus que temps d’envoyer cet exercice pour profiter des vacances et rattraper les wagons des exercices suivants.

- Ferroviaire : plusieurs milliers de voitures Corail sont encore en fonction sur le réseau SNCF. Il existe deux types d’ouvertures de portes ; Mielich, système à poignée, la porte se replie sur elle-même pour s’écarter et dégager l’espace, ou Faiveley, système à bouton carré vert, la porte coulisse. J’ai choisi le système Mielich, le plus ancien et sans doute le plus courant, sur les trains Corail.

4. insomnie, errance, espérance


proposition de départ
insomnie 1, espèce d’errance (ton dur)

J’erre. La nuit continue de pencher. Je tourne carré. J’occupe tour à tour chaque espace de mon appartement ; bureau, salon, chambre, et la cuisine — salle de bain, mais sans personne pour me dire : « comme c’est original cette douche dans la cuisine ». Chambre, lit, clavier, canapé, cuisine, évier, café tant qu’à faire. De la fenêtre ouverte du salon un peu de vent, d’air tiède. Je m’en rapproche. C’est la rue, la nuit noire, la nuit blanche, au sol des aplats noirs, des lignes blanches, en face enfoncements noirs et encadrements blancs. Mon insomnie s’écrit, comme souvent en blanc sur noir. Aucune voiture au carrefour, le feu rouge pour personne. L’orange clignote sans fin. Orange pour personne. Véhicules immobiles sur les deux rives, toutes les places sont prises, les vélos serrés en grappe. Aucun bruit n’extérieure, j’entends surtout mon bruit de tête. Un disque, ça s’écoute, mais pas fenêtre ouverte quand ça dort de partout. Je reprends mon clavier. Je pourrais finir ça, ce travail. Quitte à être épuisé d’une nuit blanche complète, au moins ce serait fait, d’autant que finalement, j’en ai bien assez fait et j’en ai même trop. Je sais qu’il me faudrait surtout plus de sommeil. Je n’ai plus vingt ans, ni trente, ni quarante, mais cinquante. Cinquante. Café. Chicorée. Chorégraphie et voici que je redessine mon corps à l’infini. Chambre. Lit. Livre. J’éteins tout à nouveau. Je compte jusqu’à cinquante, cinquante et un, cinquante-deux. Je recompte. Me relève. J’ouvre cette autre fenêtre et cherche le courant d’air. Il vient. Je me rejette sur mon lit, mais je perds ce fil d’air, lit trop loin ou trop bas du courant d’air, je pars en vrille, le vent ne porte plus. Je pense que je suis au-delà de la fatigue, mais encore en deçà de l’épuisement. Elle n’est pas là. Je n’en dormirais pas. Je connais la fin de l’histoire. Elle n’est pas là et rien ne me calme à cet instant. Rien ne me prend non plus dans le courant des choses à faire. Le temps des choses à faire démarre seulement dans quelques heures, et en attendant j’erre. J’erre en célibataire, dans ma chambre célibataire, sur mon grand lit célibataire, mes étagères célibataires, ma colloc de célibataire, avec sa douche dans sa cuisine. Une cuisine – salle de bain, c’est original ! Mais n’est-ce pas quelque peu exhibitionniste ? J’aime bien, c’est vrai. Mais c’est juste une douche, et c’est juste ancien. Une douche à l’ancienne qui a remplacé la bassine qu’on mettait entre l’évier et la gazinière. Et si tu restes, on fera attention. On fera peut-être autrement. On trouvera. Si tu veux prendre une douche maintenant je te laisse dans la cuisine et je vais ailleurs dans le salon ou mon bureau. Tu m’appelles quand tu veux ou quand tu as fini. Voilà. Tu as fini ? Tu as fini de délirer dans l’insomnie ? Parce que là, il n’y a personne, tu sais ? Bien. Tiens ! Range quelque chose. Fatigue—toi. Tourne—droit. Range tes textes. Relève—toi. Je pose le Mac sur le bureau. Je ressors du mode veille. Mot de passe : efface tes données. J’hésite à vider ma corbeille trop rapidement. Je fais plutôt une sauvegarde.

Vider sa corbeille fait venir le sommeil.

insomnie 1, espace d’espérance (ton doux)

Je gère. J’ai bien appris à faire tout seul, avec Angoisse et Insomnie, quand elles viennent toutes deux, sur rendez-vous, ou sans prévenir. De fort longtemps, éveillé à la nuit, je sais quand elles vont survenir. L’éveil à la nuit même, et l’inquiétude du lendemain, sont signes de cette venue. L’angoisse et l’insomnie me viennent ensemble de ma rue, à pieds ou en taxi. Elles passent les portes cochères. Elles apprécient nos digicodes. Elles remontent l’escalier, prennent parfois l’ascenseur. D’une façon ou d’une autre je les entends déjà sur mon palier. Elles rentrent dans mes serrures blindées, elles sont mes clefs perdues. Elles savent où me trouver, dans la pièce où je suis. Mais selon j’ai les armes et quelques sortilèges. Si je suis au travail, à ma table de travail, elles doivent attendre encore. Je sais là les bloquer quelques temps. Il me suffit de penser à me regarder travailler par-dessus mon épaule. Se faisant, me regardant par-dessus mon épaule, je les empêche, de me toucher, de me paralyser et je m’autorise à continuer d’écrire et terminer mes phrases. Mais l’heure tourne, et elles n’ont pas la notion du temps et je finis par m’arrêter. La nuit l’heure tourne toujours en leur faveur. Si je suis au salon, à lire, procrastinant, leur tâche est plus aisée. Ma concentration lâche et je pense aux ratages. Je cherche mes affaires. Les objets s’éparpillent. Et tout manque à l’appel de ce dont demain à besoin. Sans oublier de me faire oublier l’essentiel, l’angoisse prend le pouvoir et installe son ménage. Une chose rangée est vérifiée, revérifiée et bien sûr reposée à côté, donc, instantanément perdue. L’heure tourne encore. La fatigue se panique. Cette panique m’alerte. J’en appelle alors à une ruse qui demande expérience et à n’utiliser qu’à ce moment précis. J’ouvre grand mes fenêtres et assez tranquillement, m’y assois dangereusement. C’est assez haut sur rue. Elles pensent avoir gagnées. Mais regardant la rue, je sens l’air, je m’installe et je fume, si possible je bois chaud. Je regarde la nuit, ce ciel de couleur noire étiré de hauts nuages blancs. Je regarde le vide, bras et jambes vers le vide et ce qui se devine aux fenêtres des autres. Cette mise en danger, assis à la fenêtre, elles ne la comprennent pas. L’insomnie est une table une personne, réservée pour diner, dont le service en salle ne crache pas sur les restes. Là je leur donne à manger, l’entrée de ce diner. Et mis en appétit, pour le plat principal, je me rends dans ma chambre. Elles me suivent. Je m’allonge sur mon lit, couché sur un côté. Elles ne se gênent pas. Elles se font plus pressantes, elles se font oppressantes. Ma peau figée se glace et je me recroqueville. A nouveau elles se disent le voilà bien coincé mais sans leur crier gare je prépare l’évasion. Lentement et dans un même mouvement j’allonge une jambe et remonte un genou. Je cale ma position. Lentement et dans un même mouvement j’allonge un bras et je remonte une main. Je les caresse toutes deux, caresse surtout l’angoisse. Je ferme les paupières. Je les regarde écrans, mais sans m’y attarder. Et dans ce noir profond je travaille à nouveau et mets mon énergie à tomber l’angoisse. Et j’y tombe entièrement comme une pierre dans le puits, rien de moi ne la fuit et j’y trombe en un trou noir sans plus le moindre espoir et ma chute, en l’espèce, créée l’espace.
Je sais qu’à mon réveil elles auront tout perdu.

Codicille : Pour figure de solitude le choix de l’insomnie.

L’insomnie se vit solitairement.

Quand elle s’invite, elle s’impose, elle ne s’évite pas.

J’ai essayé l’insomnie qui tourne mal, dans l’évitement, sur un ton dur, et celle qui tourne bien, dans l’affrontement, sur un ton doux.

3. quitter Nanterre-Ville


proposition de départ

Quitter Nanterre-Ville (version longue).

Paul a quitté Nanterre-Ville par Nanterre-U et sa mère avec. Le 21 octobre 1985, il a quitté Nanterre-Ville et sa mère et le lui a écrit. Il lui a laissé des mots qu’il imagine enragés sur la page arrachée d’un cahier grands carreaux encore vierge, ce lundi d’octobre 85, aux aurores, avant cours et TD qui venaient à peine commencés, auxquels il n’ira pas, il est parti comme ça de Nanterre-U. Il a laissé le mot bien en évidence sur son bureau, une grande planche blanche, sur deux tréteaux de métal, et le cahier il l’a pris avec lui, ainsi que quelques fringues, son opinel, un seul livre dans son sac, et le sac sur son dos, il est sorti du pavillon par la fenêtre de sa chambre, par discrétion et aussi comme toujours par bravache à se suspendre au rebord pour sauter en silence dans la rue Alexandre Dumas. Il se dirige d’abord vers Marcelin Berthelot. Il monte sur le toit d’un garage, prend un caillou dans une gouttière et le jette sur la fenêtre de Martin qui sait ce départ et attend ce caillou. Martin se penche un peu qu’ils se voient mieux. Ça dort encore. Ils se font simplement chacun deux fois un signe de la tête. Pour Martin le départ de Paul est entendu mais incompris. La veille au soir, jusque tard, Martin a vu la frayeur de Paul continuer de se transformer en délire enthousiaste que plus rien ne pouvait interroger. Il a perçu que la peur de Paul, cette peur à fou rire au lycée, ce moteur à tout risque dans la cité, il a compris que cette peur de toujours a muté en une pure angoisse dès la rentrée universitaire. La peur s’est butée, cristallisée, décadrée, une trouille des autres, de tous les autres, une paralysie, et maintenant cette solution, partir, partir tout de suite, immédiatement, une fugue majeure. Paul lâche le premier cet échange de regards, saute du toit du garage et repart vers l’Université parce que c’est par là Paris et au-delà. Sans sommeil il demeure exalté, il se sent libéré. Il traverse les voies SNCF par le petit chemin et remonte au RER côté fac par la passerelle, déserte, soleil levant, carte orange vers l’Étoile, la Gare de Lyon, les Cévennes, il ne reviendra jamais à Nanterre-Ville. Jamais. Penses-tu ? Il faudra qu’il revienne à Nanterre-U. Ce départ est fou. Et pour cause il ne sait pas qu’il fuit, ne sait pas ce qu’il fuit, ni qui il fuit. Il ne sait quasiment rien de l’autre, rien encore de ce que sa mère lui cache sur l’autre. Il a bien un souvenir mais rien pour le relier à sa panique. Les pauvres mots qu’il a laissés ne sont rien comparer à ceux qu’il l’écrira 30 plus tard quand il saura. On ne peut pas quitter ce dont on ignore l’existence, il n’y a alors pas d’autre choix que d’en remonter le fil.

Quitter Nanterre-Ville (version courte)

Au cours de sa vie Paul a quitté 1001 fois Nanterre-Ville, Nanterre-U, Préfecture, sa mère, son père, ses frères, ses sœurs, ses cousins, ses cousines, ses copains, ses copines : 30 ans de départs de gosse. Jusqu’au soir où il a fait cracher sa valda à sa mère et son histoire sur Nanterre Université et cetera et que je te raconte à nouveau cette histoire mais tu remarqueras sans jamais nous dire exactement ce que sa mère lui a vraiment dit ou pas, jusqu’au jour de ses 50 ans où pour qu’il arrête le disque on lui a tous offert un atelier d’écriture. Une smart Box Creative Writing, et pas en promo. Et bien ça a marché comme sur la lune, ce que sa mère lui a vraiment dit il l’a écrit dans l’atelier et écoutez bien le truc Nanterre deux-points ouvrez les guillemets « 

Pour la version longue / roman
- 1) J’ai d’abord écrit Je. Comme je ne m’en sortais pas j’ai plutôt cherché à faire appel à un narrateur omniscient et extérieur (cf 1-2)
- 2) J’ai eu du mal à m’arrêter

Pour la version courte /nouvelle
- 1) j’ai changé de point du vue, sans doute celui du Martin bien des années plus tard
- 2) pour faire plus court j’ai pris la forme d’une conversation plutôt à l’oral. En général cela dure moins longtemps.

1 & 2. puisque c’est comme ça


proposition de départ

De part et d’autre du chemin qui amène à l’ancienne ferme, les véhicules, voitures et quelques camionnettes, venant de tous les villages environnants, se sont garés sur l’herbe qu’on n’aura même pas fauchée. Pour l’événement les gens ont envahi la cour. On n’a jamais vu autant de monde, même aux mariages d’aucun des membres de cette famille dont cette vente aux enchères signe la fin. Et cette foule se déplace en vagues à-coups, en suivant la sono du crieur aux enchères, l’homme en bleu avec son grand chapeau noir, qui vend tout, tout ce qu’il voit, tout ce qu’il désigne du bout de son parapluie, ou lui tombe sous la main, comme il marche à grands pas entre la maison, le corps principal, bien haut de deux étages, la grande grange, les deux autres granges, l’étable, la fosse, la petite porcherie, les deux celliers, tous bâtiments déjà vendus 400 000 aux Parisiens chez notaire la semaine précédente. Et 400 000 pense le père, c’est rien. Pour les terres, on s’est arrangé avant comme il faut. Et ce dimanche si la ferme est sans animaux, du jamais vu, c’est qu’on les a tous vendus hier. Ce dimanche on vend la fin du travail, le matériel agricole, du plus gros au plus petit, et après merde, comme le père l’a dit à son fils : puisque c’est comme ça, on te ferme la ferme. Pour le gros matos ce matin on a fait les enchères sous la grange, et tout vendu, la moissonneuse-batteuse, les trois tracteurs, le vieux Massey encore rouge, et tous les autres engins, herses, charrues, bineuses, rouleaux, une déchaumeuse toute neuve, une vis de tarare et les remorques, trois, et j’en passe et maintenant c’est autour de tout le reste, des sacs d’engrais, des bâches, des enroulés de barbelés, des auges, des seaux, une pompe, des tôles, des bidons, une tonne d’eau, un gyrobroyeur, des outils, de la ficelle, un arrosoir, une grande bassine, pelles, pioche, tout je vous dis, tout, il n’en restera rien de cette ferme. Et ils suivent en famille, en couple, en copains, celui qui crie au micro portable les quantités, noms et prix des objets avec un tel accent percheron que les Parisiens ne comprennent de rien, même pas les chiffres. Les voisins, les vrais, sont restés pour parler entre eux, du côté de la fosse. C’est eux qui ont acheté les terres et tout le plus gros. Ils se mettent encore d’accord pour comment on va aider Dubreuil à démonter et remonter par chez lui le hangar métallique à travées de 6 mètres. Le petit d’Étienne lui s’achète l’établi à bois, 15, et une caisse à pommes pleine d’outils en vrac, 5. Il a repéré de bons ciseaux dans cette caisse. Un gars de La Bassée a pris les clôtures électriques. C’est Gilberte qui a acheté le fusil, et sur ce fusil silence, personne n’a renchéri. Ça évitera encore plus de malheur qu’il n’y en a déjà dans cette fête. Comment dire que c’est comme si c’était la fête quand même ? Deux jours de vente. On a aussi monté la buvette. Le charcutier de Saint Anthelme fait des sandwichs rillettes, jambon, andouille. Il a aussi ramené son vieux triporteur à glaces. Il précise bien que non son triporteur n’est pas à vendre. Sur la pierre plate, au seuil de la maison, les Parisiens diront bientôt Le Manoir, le père reste à côté des Parisiens, malgré la gêne, il se tient droit comme il peut, dans son dos une main tient l’autre serrée au poignet. Il voit son fils qui est venu. Le fils a laissé sa moto à l’entrée du chemin, tout au bout. Il a marché vers la cour, mais n’y pénètre pas. Le bleu qu’il porte c’est un jean neuf. Il garde son casque à la main. Il salue ceux qui s’en vont déjà mais il n’entrera pas. De là, il reste à l’écart, il veut voir. Sombre histoire.

Ce texte pour rattraper la marche d’approche #1 & #2


 



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1ère mise en ligne 28 juin 2020 et dernière modification le 11 août 2020.
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