3 disques de Dominique Pifarély, dont "Peur"


Dominique Pifarély produit lui-même 3 disques, diffusés via son site


lire, télécharger, imprimer le livret intégral :

 

Dominique Pifarély avec Thierry Balasse, François Bon, François Corneloup, Éric Groleau : Peur

La première fois que j’ai lu le texte Peur avec Dominique Pifarély au violon acoustique, dans le cadre du festival « Jazz au fil de l’Oise » , et on peut l’écouter sur tiers livre : je ne sais pas si c’est du jazz.

Nous avons repris plusieurs fois ce texte, notamment lorsque Jean-Pierre Grémillet, directeur de la scène nationale de Cavaillon, nous a proposé une série de lectures dans les villes de son territoire, puis nous a commandé ce spectacle à cinq, au terme d’une résidence dans le château des Sade, voir... . Nous l’avons alors proposé avec pour titre une phrase prise à Henri Michaux, voir ici fragments vidéo : En route vers l’homme.

Une autre version de Peur aussi, plus récemment, au Pannonica de Nantes : Pifarély invente la mandoline.

Et puis, en avril dernier, nous étions en studio à La Muse, au confluent de la Seine et de la Marne à Maisons-Alfort, pour enregistrer. Le disque est paru. Nous avons décidé, plutôt que d’y inclure le livret, de vous le proposer ici en ligne, avec les liens qui précèdent.

On peut donc lire le texte intégral ci-dessus, le télécharger au format pdf pour écran ou impression (choisir option 4 pages par feuilles, bien mieux), outélécharger pour Sony/iPhone.

C’est la deuxième version enregistrée pour ce texte, Peur, après celle que m’ont offerte pour le Ralbum Dominique A., Olivier Mellano et Emmanuel Tugny.

Pour se procurer Peur, le disque. Ne pas manquer le nouveau blog associé au site de Dominique Pifarély : Tracé provisoire.

 

Dominique Pifarély trio

Je l’écoute en boucle. Qu’est-ce que j’y écoute ? L’art de croiser les lignes, de bâtir des récurrences, les éclats rauques du violon de Dominique bien sûr, mais surtout cette fusion élaborée à mesure des tournées et des routes avec Éric Groleau, l’ami batteur, et Julien Padovani, claviers.

Voir site de Dominique Pifarély pour extraits, et se procurer Trio.

 

Dominique Pifarély, François Couturier, Dominique Visse : Impromptu, poèmes de Jacques Dupin, Paul Celan, André du Bouchet

Voici le texte que Dominique et François Couturier m’avaient demandé pour présenter leur travail :

Que la poésie et la musique naissent de la même transe : bien sûr.

Destins croisés, ceux de Paul Celan, Jacques Dupin, André du Bouchet. L’abîme le plus noir a emporté Celan, les deux autres furent ses amis. Un ami du minéral, des cimes, Du Bouchet. Et l’affrontement corps qui peut désigner l’œuvre grave de Dupin.

Ce qu’ils nous ont appris ? Parfois, sur une page de Du Bouchet, un seul mot. Cela peut être pente, cela peut être tumulte. Dans ses Carnets, des « notes sur l’espace ». Ce silence, qui nous traverse avant de parler, qui est la brisure même de l’instant de parler, que sauverons-nous de l’intention de nommer, de l’intuition ou de l’appel, dans l’étrangeté du mot qui nomme ? Si Mallarmé a tiré toute notre attention sur les processus de langue, les surréalistes ont reporté la langue au feu du monde. A ceux-là, une guerre plus tard, qui les a traversés comme tant, d’organiser ce rejointement. Alors, proche des peintres pour Dupin, marcheur comme Du Bouchet, interrogateur des limites pour Celan, un nœud les a pris et rassemblés.

Et eux, les musiciens, sont venus nous le redire. Nous le dire comme nécessité. Sans se tromper quant aux trois noms à prendre.

L’un est violoniste, l’autre est pianiste. Je répugne à ajouter « de jazz », ou de quoi que ce soit d’ailleurs. Ce sont des êtres de musique. Elle a forgé leur vie. Ils en savent les disciplines complexes, y compris d’harmonie et d’écriture. Ils sont en permanence sur les chemins du monde : je ne sais pas quelle est exactement leur géographie intérieure. C’est une affinité rare, ce risque de musique, et eux vont aux lieux où elle surgit, peu importe les trains, les avions, l’exiguïté d’un club dans l’immensité des villes, pourvu que vienne cet instant qu’on se jette.

« On était habités par cette nécessité, disent-ils, un ancrage dans le texte. »
Et si le choix de Dominique Wisse était lié, pour ce qui concerne Celan, Du Bouchet et Dupin, à ce blanc qui organise la part vierge des pages, à cet infini de souffle qui précède le mot, dans l’économie de son intervention sur la page ? Cette voix d’alto homme tient de l’onirique : elle est en nous comme notre inverse, bascule dans l’inconnu de nous-mêmes. Pour cela qu’ils nous fascinent, les haute-contre, et qu’ils soient si rares.

Et puis, dit Pifarély : « une économie, tailler, aller à l’essentiel », tandis que Couturier ajoute : « un trajet direct, tendu ».

Il ne s’agit pas d’improvisation, d’ailleurs Dominique Wisse n’improvise pas. Les pièces sont écrites par le violoniste ou le pianiste, pour leurs instruments croisés. Et, pour ce qui concerne le chanteur : « des indications d’intention, mais pas de chant ».

Et cela n’empêche pas une phrase a capella (Toiser le bleu qui éraille). Et ces plages que les deux musiciens investissent parfois seuls, ou jouent de la proximité des tessitures de la voix et du violon pour brouiller les pistes : le violon se glissant dans l’intérieur de la voix du chanteur, ou bien le piano tournant autour, tout près, ou parallèle. Ou bien, cette fois concernant Dominique Wisse : « introduire du bruit dans la voix ». Et que les choix de timbre, pour chaque syllabe, c’est sa façon d’improviser, à lui.

Ainsi se construit un signe pour aujourd’hui. Un signe grave, qui concerne la limite, et l’espace. Qui concerne la langue et ce qu’elle retient, qui importe.

Ce qui ne se dit pas, écrit Jacques Dupin : ce qui ne se dit pas / se donne / s’enfonce et resurgit / donne à glisser / donne et ne fixe rien. Et sur la partition de Dominique Pifarély viennent juste se rajouter deux indications : tacet, se taire, improv, jouer.

Voir site de Dominique Pifarély pour extraits, et se procurer Impromptu.





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1ère mise en ligne 13 décembre 2008 et dernière modification le 23 décembre 2008.
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