Québec, adieux | 4, je ne serai pas allé au Nunavik

François Place à l’école de l’art inuit


Le Québec mérite-t-il son Nord ? Si peu à simplement y être allés, même s’il y a des Jean Désy, ou ce blog que je suis régulièrement, animé par le directeur de l’école de Quaqtaq, Le Barbare érudit. Réalité évidente, aller à Paris ou à Rome est moins cher et presque moins loin que d’aller sur la baie James. Et le Québec n’a pas complètement réglé son problème avec ceux qu’il nomme les peuples premiers, on le voit bien à la situation des Innus – ça peut même aller jusqu’à xénophobie que j’aurais cru seulement et tristement une spécialité française...

Au musée des Beaux-Arts de Québec, la salle réservée à l’art Inuit est puissante, magnifique, nettement plus que son équivalente de Montréal, la vraie capitale du Québec. C’est tout en haut de l’ancienne prison, en général il n’y a personne, on peut rester longtemps, et revenir souvent (c’est gratuit, si on ne vient que pour les salles permanentes).

François Place dessine depuis toujours – aussi bien Rembrandt, à 14 ou 16 ans, que d’après les récits de voyage. Lorsqu’il est venu à Québec, en avril, le rendez-vous avec l’art Inuit était obligatoire.

Pour moi, c’est en revenant souvent. Maintenant, les noms me sont familiers, et j’essaye de comprendre un peu mieux cette dureté brute du basalte, ou cet animisme des sorciers volants.

Ci-dessus photo d’une sculpture intitulée Le sculpteur au travail (autoportrait ?), de Barnabus Arnasungaaq, voir aussi ici. Mais il y a d’autres artistes aussi puissants : Lucy Tikiq Tunguaq ou Sileas Qayaqjuaq, bien d’autres – voir Tiers Livre, Petit Journal, le 8 janvier 2010.

A son retour en France (Taverny), François Place m’a fait un beau cadeau : des scans de ce qu’il avait saisi ce jour-là, trait rapide, silhouette et ligne. Les voici, avec son assentiment – en passant par l’ami (et pas d’aujourd’hui, l’amitié) non pas témoigner de ce que j’ai reçu du Québec, mais la façon dont ça nous déplace au dedans.

Sur François Place au travail, voir L’invention du livre d’images. Sur François Place en plein croquis au musée des Beaux-Arts de Québec, voir Petit Journal, le 8 avril 2010 (avec photo preuve !). Ci-dessous mon texte d’acompagnement : Voir est un travail [1]

Une des choses les plus puissantes du paysage canadien, dès qu’on s’éloigne un peu de Québec, c’est cette sensation qu’il n’y a plus d’occupation humaine entre soi et le grand Nord. C’est à cela que je dois dire adieu, aussi.

© François Place, croquis d’après art Inuit
© François Place, croquis d’après art Inuit
© François Place, croquis d’après art Inuit
© François Place, croquis d’après art Inuit

[1Voir est un travail. Voir s’apprend avec des médiations concrètes. Dans le travail avec les étudiants, souvent on s’embarque dans ces zones : utiliser la périphérie rétinienne, savoir analyser son propre chemin de perception de l’image. Il y aussi, sans doute, méditer en tant qu’activité de l’extrême, et on est si humble dans ce qui très lentement y mène (tiens, Jean de la Croix ?) Pour cela que nous avons besoin, comme de la lecture, du musée, où qu’il soit - et là aussi le chemin qui y mène fait partie du regard (comment accepter, de Londres et Paris, la non restitution de ce qui a été pillé en Égypte et en Grèce, puisque c’est d’actualité ?). Québec est une petite ville de (belle) province, le contraire de l’exubérante et violente Montréal. Un des lieux qui servent d’antidote, c’est cette salle toujours quasi déserte du musée des Beaux-Arts, consacrée aux artistes du Nunavuk. Il faut y attendre, à revenir on perçoit encore différemment. La dernière fois, j’avais relevé les noms dans mon carnet (oui, j’ai un carnet dans la poche, dans les musées, toujours) : nécessaire pour retrouver ensuite sur le web Barnabus et les autres. Mais celui qui, dans le musée, au lieu de placer des mots dans son carnet, redessine : que se joue-t-il de mémoire dans la main elle-même, en quoi cela déplace-t-il son regard par rapport au mien ? Dans ces salles où l’appareil-photo est interdit, qu’emporte-t-il de ce que déplace, en soi-même, ce qu’on regarde – et qu’on nomme art ? Pas eu la réponse de François Place, on est parti en le laissant seul, dans la pénombre, dessiner encore.

François Place et son carnet de croquis, salle Inuit du musée des Beaux-Arts de Québec

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 20 juin 2010
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