# 12 Construire Beckett # Je.

J’ai l’air de parler de moi mais ce n’est pas moi.

Dire Je. écrire Je. est ce toujours autobiographique? une trace qui marquerait mes pas? Je. peut être aussi une chose, Je. peut se dire, s’écrire à la troisième personne du singulier, la règle de la vraisemblance n’est pas un critère pour écrire Je.

Est ce que l’écriture n’est écriture que lorsqu’elle est confrontée à son impouvoir ? Alors qui a le pouvoir du dire, de l’écrire, ma voix ou la littérature, ou les voix de la littérature, chant choral à la limite du langage, celle de la condition humaine. Elle ne peut rien mais elle tente tout. Si elle m’entraîne, je me dissolve en elle, mon corps n’a plus de substance, Je. est informe dans le pré verbal et mon identité ébranlée.

Je. est une voix qui se cherche. Je. passe son temps à tuer la parole d’avant les mots — et je comprends que seule une pensée antérieure à elle même signifie le Je du pré verbal.

Il y aura un pré corps toujours avec moi, je porte mon archéologie, mes strates, l’écriture de mon pré verbal. Qui écrit le pré verbal? moi ou mon moi chaotique dans un univers incompréhensible ? Quelle langue face à l’indéfini ? Que fait Je. ? Pourquoi le fait il ? Où existe t il ? Quand veut il exister ? Comment naît il ? Comment meurt il ? Qui désigne t il ? Est il le nom propre d’un corps ? Désigne t il un corps ou un animal ? Je. vit il mon corps comme un lieu d’écriture du possible ? Je. est il une résistance aux paroles des autres en moi ?

Je. se désigne lui même. Quand je dis J’ai faim, J’ai soif, c’est un J. sujet ou un J. objet ? Je. ne se rapporte qu’à lui même. C’est qui Je. si Je. est Je. ? Il n’y a plus de rapport avec les autres, c’est la fin du monde. Est ce que le Je. de l’écriture est fabriqué d’indéfinis ou d’un infini ? Qui dit infini dit dissolution de la forme en substance, le pullulement, l’infini comme menace totale. Le Je. n’est plus au service de rien, il n’y a plus personne sauf Je. Le Je. n’est plus au service du rien, il n’y a plus personne sauf Je. Il n’y a pas de Il. parce que Il. est l’absent.

La terre recouverte de sable, plus aucune goutte d’eau, plus rien de rien. La mort envahissante. Aucun animal, aucun végétal, aucun homme, aucun insecte, aucune liaison, aucun livre, aucun traité, aucune phrase, aucun langage articulé ou pas. Le rien, le plus que rien, le moins que rien, l’absence, le néant, le vide. Je. veut la guerre contre ce qui est encore, ce qui paraît exister encore. Je. est pour cette guerre mais contre l’idée, foutue idée, foutue pensée. Je. dit la crever, cette saleté, cette envahisseuse, cette terreur, cette castration primaire. Je. dissout l’absurde complément d’objet direct ou indirect, le sujet, le verbe. Ce verbe dit Je. est le vecteur de l’apocalypse. Je. a décidé de dissoudre toute la grammaire malfaisante, ce qui reste du langage, des onomatopées, du silence même, trop fort, assourdissant, murmurant encore quelques bribes de mots. Je. a voulu que les mots ne disparaissent pas totalement dans le néant. Je. peint l’Être. Quel Je. peint l’Être en couches chromatiques d’un bleu inexistant? Je s’écarte, regarde l’intérieur et l’extérieur de la phrase où il vit désormais, seul, mais pas entièrement seul. Je. veut continuer de vivre au dessus, en deçà, par ci, par là, dans l’absurde. Je. vit sans logique, Je. transcende, car l’illogique est poésie. Je. se pose un instant, tout à coup habité, tourmenté par les autres, tous les autres, par la poésie des mots, de ses maux. Je. est celui qui est, celui qui dit être Je. Je. reprend forme, redevient celui qui attend. Je. a des visions, là bas, dans un rêve. Je. découvre l’invitation au voyage poétique, dans la froideur d’une lune sans nuit, d’un soleil sans jour, même dans des lieux communs. Il sait être Je.

Je. entre dans l’aboutissement pictural de L’Invitation au voyage. Je. rentre chez lui, en moi.

A propos de Martine Lyne Clop

J'ai débuté ma vie professionnelle par l'obtention d'une licence en psycho-pédagogie en tant que professeure des écoles, mon mémoire portait sur le langage et la communication, très inspirée dans ma pratique pédagogique par Piaget et Montessori j'ai suivi des enfants autistes, trisomiques 21 ou enfants ayant des difficultés d'expression de langage. J'ai animé pendant sept ans des centres de vacances et de loisirs, accueillant pour la plupart des enfants orphelins issus de l'Aide Sociale à l'Enfance. Décidant de changer d'orientation professionnelle, j'ai présenté et réussi en continuité un DESS en droit privé, un master en systèmes de management de la qualité, une école d'ingénieurs - CESI – reconnue par la Conférences des Grandes Écoles où j'ai obtenu un master spécialisé en sécurité et risques industriels puis un master 2 en audit social et GRH tout en travaillant pour différentes entreprises. Lectrice assidue, intéressée malgré mon background scientifique par la transmission littéraire, je rencontre lors d'un atelier d'écriture Kossi Efoui, grand prix littéraire d'Afrique noire. Kossi Efoui me donne à lire puis à écrire, me fait découvrir ses textes incantatoires me prodigue conseils et soutien, m' encourage à publier La barbarie des exils Editions l'Harmattan Collection Amarante à compte d'Editeurs.

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