#40jours #17 | femmes-jardins

Sept heures. Pour elle, la journée a commencé à six. Dans la fraicheur du jardin. En attendant les clients du jour, elle est assise sur le seuil d’une devanture de magasin encore fermé. Coffre de la voiture ouvert. Chargé des fruits et légumes du jour. Comme chaque matin, elle regarde la rue à l’affût de ses âmes errantes à qui elle glisse une mangue ou un avocat selon la saison. Sa petite radio vissée sur l’oreille, elle écoute France Inter. De l’autre côté, c’est la guerre. Son visage se durcit pour encaisser la brutalité du monde.

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Le marché est calme ce matin. Elle prépare son étal. Tranquillement. Sucrines et haricots verts du jardin. Racines. Ananas. Mangues. Tomates. Concombres. Navets. Betteraves. Confitures d’abricot pays et de barbadine. Jus maison. Quelques œufs. Du miel d’un cousin de Grande-Terre. Elle note à la craie, appliquée, les mots et les chiffres. Ses gestes sont lents. Elle grimace en soulevant la caisse rouge de citrons verts. Son épaule la fait encore souffrir depuis que le cabri l’a violemment heurtée voilà un an.

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Marques bio. Légumes bio. Fruits bio. Pour une alimentation saine. Contre le gaspillage alimentaire. Votre magasin s’engage. Réduisons notre empreinte carbone. Nouvelle lubie. Elle soupire. Encore des grandes phrases et de grands principes. En attendant, combien de fruits et de légumes dans les avions ou les bateaux pour voir des mangues en hiver. Elle s’est levée du mauvais pied ce matin. Et cette réunion a fini de l’exaspérer. Se mettre au vert, voilà ce qu’il lui faut ! Demain, elle démissionne !

A propos de Émilie Marot

J'enseigne le français en lycée où j'essaie envers et contre tout de trouver du sens à mon métier. Heureusement, la littérature est là, indéfectible et plus que jamais nécessaire. Depuis trois ans, j'anime des ateliers d'écriture le mercredi après-midi avec une petite dizaine d'élèves volontaires de la seconde à la terminale. Une bulle d'oxygène !

2 commentaires à propos de “#40jours #17 | femmes-jardins”

  1. Une seule ou trois ? Pas important. Mais vivante(s) et en désir de liberté, de rencontre, en ces lieux qui le sont de moins en moins, bonne suite à elle(s) ! (Et à vous)

  2. Merci Catherine d’être passée me lire ! Trois variations disons. Oui, et comme tu le dis. C’est dans cet esprit que je les ai écrites !