Il a passé commande. C’était il y a un peu plus d’un an. Un livre sur lui, sur sa vie, il veut toujours, malgré mes silences. Du peu que je sache, ça a très mal commencé. Mais quand il a quitté le cercle familial, tout s’est ouvert sur sa route et dit-il, avec un étonnement qui lui colle à la peau, il n’a cessé d’avoir « de la chance ». Son prénom est Antoine mais tout le monde l’appelle Antonio, parfois Antonino. Je sais aussi qu’à l’âge légal de l’époque il avait demandé une intervention de stérilisation. Pour toujours, ligaturés les canaux déférents comme on les nomme dans le milieu du scalpel à visée chirurgicale. Il a déjà le titre. En hommage à sa vie qu’il juge digne d’un roman, à ses trois pontages qui ne l’ont pas laissé choir sur la table d’opération, il veut voir en page de couverture cette phrase qu’il répète à l’envie « ma vie est une escroquerie ». Le printemps est de retour. La guerre nous entoure, de près, de loin. Je ne sais quoi dire à mon amie libanaise qui vit à Paris, tremble pour ses parents là-bas, se réfugie dans le sommeil sans rêve ni cauchemar, une boite de Lexomil sur la table de chevet. Je ne sais quoi dire à mon ami iranien qui vit à Paris, tremble pour sa famille là-bas, s’acharne sans compter les heures du jour et de la nuit à soigner des personnes âgées. Je ne sais quoi dire en ce moment à qui que ce soit, je ne sais en ce moment quoi écrire sur quoi que ce soit. Je pourrais me plonger dans l’écriture de ce récit aux allures Feel Good. Faut se méfier des apparences. Histoire, entre rafales de tragiques nouvelles des quatre coins du monde et colère sourde qui gronde à deux pas de là, de faire une pause apnéique.
I wonder….Antonio! J’arrive !
*I wonder, Sixto Rodriguez, Album Cold Fact