Ecrire
Même si elle était l’essence, Elle du mot écrire, l’écrire est. Écrire, c’est écrire pour marcher, pour nager, travailler, aimer, sentir, danser, haïr, chanter, respirer, écrire en se levant et en se couchant comme une prière c’est encore écrire, écrire en lisant, Elle, celle qui écrit écrit en pensant écrire, en rêvant d’écrire elle écrit ce qu’elle ne sait pas écrire. Elle écrit cela, ce je ne sais pas écrire, écrire même si une était une ou une était deux ou l’un l’immensité, elle a toujours écrit cela ou presque, ce quelque chose qui surgit de l’intérieur sans s’arrêter en regardant le ciel tenace de ses mots construits par elle pour écrire, écrire en enlevant le ciel, écrire sans mots, sans articulations ni imagination, écrire comme on s’évade, écrire comme on s’absente, écrire avec sa peau à Elle, avec son sang, ses tripes, sa sensibilité répandue, diluée, dans l’acte d’écrire. Écrire est la force qui la pousse à la nuance Elle a toujours voulu écrire cela, ceux la des fragments de peau avec sa peau
Même si elle était une et multiple Elle se souvient du mot écrire, avoir écrit en écoutant les dissonances de ces assemblages de peau qui au son d’autres se transforment s’harmonisent en une musique translucide, écrire pour devenir translucide, écrire pour être une abstraction, rejoindre la finesse d’un souffle, écrire le rien avec tout. Elle se souvient de l’écrire et se souvenir de l’écrire c’est écrire encore, se souvenir pour écrire, écrire pour ne pas oublier, recueillir d’autres pour écrire, les laisser écrire en soi leur donner la place du silence cette mémoire construite par strates, écrire ce mythe vorace, écrire encore et encore, écrire la projection d’un présent, écrire là, tout de suite, le présent, le futur se construit en arpèges où le verbe écrire respire, le passé laisse le temps écrire Elle se souvient de tout cela. Elle se souvient de tout cela en pensant écrire,
Même si elle était un être unique, Elle qui écrit au présent, celle dont le savoir est écrire, celle, elle, qui laisse tomber ses phrases, ses mots entiers ou pas encore tout à fait construits, encore fluides, tremblants de peur d’approcher, de s’imaginer, de se concevoir dans cet acte-là, écrire. Elle, celle qui écrit l’envolée de leurs tremblements imperceptibles, leurs désirs de naître. Elle, celle qui écrit le dire de l’écrit ; écrire une absence de sens, écrire le non-sens, en sens inverse Elle ne voit plus la fin du mot écrire, elle qui ne finit pas d’écrire Elle, celle pour qui écrire est cela, elle est son contraire, des milliers de reflets, de combinaisons, d’assemblages, de possibles. Elle est eux, ce quelqu’un qui écrit pour s’immerger, écrire l’immersion, écrire l’infinitude de l’écrit, écrire pour donner sens à sa vie, à d’autres vies, d’autres ailleurs. Écrire, écrire, est croire ; elle croit si elle écrit, elle écrit quand elle croit si demain elle croit à l’inexistence de l’écrire, sera-t-elle encore Elle, celle qui écrit pour croire qu’elle existe, Elle, celle dont l’acte d’écrire est là.